‹ Le socialisme municipal à travers les sièclesChapitre 59 sur 222 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Privilège d'exclure des marchandises, pour avantager les

producteurs locaux

Sous divers prétextes, qui furent accueillis, comme se liant au recouvrement des impôts, un certain nombre de villes françaises obtinrent, aux xiv e et xv e siècles, pour les viticulteurs, le privilège d'écarter les vins non récollés sur le territoire à «c protéger ».

Garcassonne paya finance, à cet effet, en faisant réserver une permission éventuelle desConsuls(427), qui, naturellement, ne la délivraient qu'à titre onéreux. Au Buis (Dauphiné), l'apport des vins ne pouvait se faire qu'après enlèvement de ceux du territoire (428). Pour jouir du même droit exorbitant, Albi (429), Castres (430) et Grenade (431) excipèrent de. la ruine causée par les guerres; Limoges (432) invoqua la médiocre qualité de ses vins, qui les faisait délaisser : il fallait donc soumettre les habitants au régime obligatoire d'un breuvage détestable, pour que des producteurs mal avisés pussent continuer la culture qu'ils se refusaient à remplacer par une autre mieux appropriée à la nature du sol.

Aiguës Mortes (433) et Béziers (434) prétendirent que le vin recueilli, dans leurs vignes, n'était pas de conserve ; en conséquence, il fallait attendre jusqu'au carême, pour en introduire d'autre.

La nomenclature précédente ne comprend pas toutes les cités languedociennes qui fermaient leurs portes aux vins du dehors (435).

Limoux (436), Sens (437), Agen (438), Beaune (439), Bourg (440), Nîmes (441), provoquèrent la même mesure, sans qu'on en ait donné le motif.

Metz, Vitry-le-François, Mâcon (442), plusieurs villes de Provence (443) s'étaient arrogé une prérogative semblable.

A la fin du règne de Louis XV, encore, le Parlement de Guyenne consacrait la raison d'être de la demande des villes de Montpensier (444) et Badesal (445), tendant à faire défendre le débit, parles aubergistes, de vins étrangers, jusqu'à épuisement de ceux des campagnes dépendant des dites localités.

Les Etats de Béarn avaient pris, dans le même sens, en 1745, pour la province, une résolution que les Etats de Bigorre firent annuler (446). Mais, jusqu'à la moitié du xvm e siècle, on accordait encore, exceptionnellement, à quelques cités, le droit de prohiber l'entrée des vins du dehors (447).

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