CHAPITRE II
Les Etats de Bourgogne, assez peu conséquents, du moins eu apparence, mais, en réalité, tirant les déductions que pouvait suggérer l'égoïsme local, protestaient, à la fois, contre la liberté de circulation des vins, entre les bailliages de la province (448) et contre l'interdiction qui frappait l'apport, en Bresse et Dombes, du vin de Mâcon (449).
« La Garonne était littéralement fermée, devant Bordeaux, et l'obligation de subir les formalités du péage contraignait tous les producteurs étrangers à consigner leurs marchandises à des habitants de la cité, qui profitaient des bénéfices du transit et de l'exportation » (450).
Ce n'était pas tout : les propriétaires de la Sénéchaussée de Bordeaux pouvaient interdire, dans cette dernière ville, la vente et la consommation des vins ne provenant pas de leur crû ; les producteurs des circonscriptions comprises dans le bassin de la Garonne n'avaient le droit d'emprunter ce fleuve, pour descendre leurs vins, vers la Gironde, que pendant un certain temps de Tannée (451).
Ges entraves disparurent seulement sous le ministère de Turgot (452).
Est-il besoin de mettre en relief ce qu'il y a, tout
d'abord, d'étrange dans la persistance de privilèges
conférés, aux xui'et xiv e siècles, — sous couleur, le
plus souvent, de circonstances momentanées et qui durent quatre ou cinq cents ans ?
Comment s'expliquerque des collectivités entières de consommateurs aient subi, si longtemps, un joug sollicité, en apparence, au nom de la masse des habitants d'un lieu, tandis qu'il ne pouvait être qu'un fardeau établi dans l'intérêt d'une minorité, au grand dommage de la majorité?
La proscription de toute concurrence ne condamnait-elle pas le principe même du privilège? Si, à qualité égale, les producteurs du dehors, ayant à supporter les frais de transport, avaient offert leur marchandise, moyennant un prix inférieur à celui qu'exigeaient les récoltants pourvus d'un droit de préférence, c'eut été la preuve de prétentions excessives et d'un tribut levé indûment, non par le fisc, pour l'avantage commun, mais par un groupe de cultivateurs, pour son enrichissement particulier. Si, au contraire, la qualité des vins, d'un achat obligatoire, l'avait emporté sur celle de boissons moins coûteuses, comment croire que les producteurs n'eussent point cherché à faire valoir cette supériorité, pour en tirer un profit légitime, en étendant la zone de leur trafic ?
Néanmoins, les viticulteurs du Bordelais feignaient d'appréhender un mélange de crûs susceptible de