CHAPITRE II
pris un caractère définitif (475), on rencontra, de tous côtés, des résistances qu'il fallut briser (476).
Avec beaucoup de peine, l'Assemblée constituante put maintenir ce principe (477), mais non le faire respecter (478). Sous la Restauration, encore, on dut réprimer des tentatives de municipalités, pour retenir les grains, à usage alimentaire (479), et déployer la force, pour sévir contre des désordres graves (480).
Ce n'est pas assez que la justice et le bon sens prolestent, contre une intervention malencontreuse, qui aboutit à aveugler et surexciter les populations, au lieu de les satisfaire : il convient de faire toucher du doigt l'incohérence des efforts tentés, pour résoudre ce problème invraisemblable : favoriser le meilleur emploi des subsistances, en dressant obstacle sur obstacle, pour s'opposer à leur répartition, au prorata des besoins !
An xvn e siècle, l'empêchement mis à la sortie des blés du Languedoc et de la Bourgogne amena, en 1698, notamment, une disette factice, en Guyenne (481) et en Bourbonnais (482). Plus d'un Intendant dut reconnaître que les entraves apportées à la libre circulation des grains causaient * la ruine en pleine abondance » (483).
D'après Boisguillebert, on labourait, « avec plaisir et utilité, toutes les plus mauvaises terres », et ou améliorait les plus fécondes, quand le prix do froment atteignait 12 ou 14 deniers la livrepoids (484). Garder les grains, dans une province ou une ville, sous prétexte d'y conserver l'abondance, c'était donc faire quatre choses :
1° Produire une baisse factice et excessive du blé dont les populations étaient pourvues, au delà des besoins connus ;
2°Mettre le découragement, la ruine même, parmi les cultivateurs déçus et spoliés;
3° Pousser ceux-ci à restreindre la superficie cultivée, afin d'avoir à supporter de moindres avances et frais absolus, puis de rendre aux grains des cours plus rémunérateurs ;
4° Diminuer, ainsi, le rendement du sol et les bénéfices des cultivateurs, pour en arriver, en fin de compte, à faire payer, aux habitants, la même somme que si la concurrence inter-provinciale avait existé.
Ici, encore, Boisgui Hébert déclarait que c le grand avilissement des prix » tendit, outre l'encombrement, à « l'obligation trop étroite de vendre » (485). Ce dernier terme peut s'entendre dans deux sens ; en effet, le préjudice souffert tenait à ce