‹ Le socialisme municipal à travers les sièclesChapitre 64 sur 222 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

que la vente se trouvait circonscrite dans un rayon « trop étroit » ; mais, avec la liberté de circulation, les magistrats de l'ordre administratif ou judiciaire, soucieux, seulement, des intérêts qui mettaient en jeu leurs pouvoirs réguliers ou irréguliers, n'auraient pas eu à déployer un zèle indiscret et maladroit, en vue de répartir, à bref délai, les céréales.

Il est à propos de remarquer que les troubles survenus, pendant les crises alimentaires, perdirent leur fréquence et leur gravité, lorsque les gouvernements cessèrent de croire à l'efficacité d'une intervention, qui n'avait jamais, ni prévenu, ni atténué la cherté des vivres. Ainsi, en 1854 et 1855, la France fut accablée par trois fléaux : la guerre, le choléra et la disette; à elle seule, l'épidémie entraîna un excédent de 105.000 décès, sur les naissances, et la guerre un déchet de 150.000 adultes. Cependant, il n'y eut aucun désordre ; le seul moyen employé, pour compenser le déficit des subsistances, consista dans la liberté d'importation, en franchise de tous droits.

Chose étrange : jusqu'au xix e siècle, la législation française était censée « protéger » le consommateur, sauf à persécuter le producteur de céréales; même en des temps où l'ignorance des principes économiques était absolue, nul n'avait élevé la voix, pour

éloigner les apports de grains, quoique bien des causes rendissent précaire la condition de cultivateur national. Il était réservé à une époque, où les lumières de la science se trouvaient assez répandues, d'assister à un revirement complet, dans les esprits, et d'entendre des gémissements, sur la concurrence étrangère, alors, d'ailleurs, que la statistique agricole suppose, depuis 1806, une progression notable de la surface des blairies.

En définitive, on peut dire que toutes les mesures officielles, ayant pour but de € protéger » les consommateurs, vis-à-vis des producteurs et vice versd, déterminent un double résultat: elles frappent, à coup sûr, ceux qu'il s'agit d'atteindre; mais, elles préjudicient, par voie de conséquence, à ceux qu'elles sont réputées favoriser. Il y a là comme un projectile qu'on lancerait obliquement, vers une surface plane, en ne calculant que l'angle d'incidence, sans savoir, ni qu'il existe un angle de réflexion, ni que les deux angles sont égaux. Cette figure n'a rien de fantaisiste. Ayant fait l'homme sociable, la nature devait rendre solidaires les intérêts des êtres destinés à échanger leurs services ; il n'entrait pas, certes, dans les vues providentielles que les avantages fussent d'un côté, les inconvénients de l'autre. Or, gouverner à rencontre des lois qui président à

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