‹ Le socialisme municipal à travers les sièclesChapitre 70 sur 222 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ce ne furent pas seulement des villes qui se livrèrent à l'opération de Tachât et de la revente des céréales, mais des provinces (505) et l'Etat (506).

Chost déplorable : ces pratiques accréditèrent l'idée qu'il fallait des dépôts publics, placés sous la main de l'administration, pour garantir les réserves de blés, et des vœux furent formulés, dans ce sens, au moment de la rédaction des cahiers de 1789 (507).

Sous la pression d'un sentiment populaire, alors menaçant, l'Assemblée constituante suivit des errements dont les essais géminés des xvn e et xvin 6 siècles avaient mis en relief le caractère décevant (508).

Pendant le régime directorial, des villes sollicitèrent encore l'autorisation d'emprunter, pour Tachât de grains (509).

Avec l'avènement d'un dictateur, il fallait s'attendre à la centralisation des marchés, en vue d'approvisionner notre pays (510). Cependant, des représentations avaient été faites, à ce sujet, par quelque fonctionnaire assez haut placé, sans doute, pour ne pas craindre que son langage courageux lui valût une disgrâce. Les aveux consignés sont trop nets pour ne pas être reproduits :

« S'il (le gouvernement) agit par lui-même, il intervertit, sans le vouloir, ï ordre des spéculations, en les assujettissant à ses règles ; il intimide le commerce. . .

« Si le gouvernement se charge de 1 approvisionnement, les frais faits, pour son compte, sont prodigués, avec si peu de mesure, et deviennent si énormes, la manutention des grains est si négligée que la subsistance, qu'il offre au peuple, monte, inévitablement, à un prix excessif.

« D'ailleurs, lorsque le gouvernement ordonne des achats... le commerce particulier, qui en est instruit sur-le-champ, par l'étendue de l'opération et parla manière dont elle estconduite, se retire... il n'ose point se mettre en concurrence avec des négociants chargés des fonds du gouvernement, parce qu'il sait que, sans exposer leur fortune, [ceux-ci] peuvent, par des diminutions arbitraires, ruiner tous ceux qui seraient pourvus de la même denrée et qui voudraient les empêcher de réunir, dans leurs mains, un négoce qu'ils font avec si peu de risque et un si grand bénéfice. Le gouvernement devient, alors, le seul commerçant; il reste seul chargé de l'approvisionnement, et si le négociant, à qui il a confié l'entreprise, échoue dans ses achats ou les néglige, les départements dépourvus essuyent une disette fâcheuse.

a Ces inconvénients ne sont pas les seuls qui résultent de pareilles opérations. Le gouvernement donnera, par exemple, aux négociants qu'il prépo-

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