CHAPITRE III
factice causée par des opérations mal conduites ;
2° Le dédommagement dû, pour ramener les subsistances à un taux qu'elles n'auraient, peut-être, point dépassé, si on se fût abstenu de tout trafic officiel.
Il aurait été plus simple, à coup sûr, de se borner à venir en aide aux gens dépourvus des moyens de s'alimenter en pain, au prix marchand ; mais, ce procédé eut fait ressortir l'énorme proportion d'individus réduits au dénûment, et il entrait dans les vues souveraines de donner le change, de convaincre les esprits que les intérêts du peuple français étaient sauvegardés, par des lumières et des moyens d'action très supérieurs à tout ce qu'on avait connu dans le passé. Est-ce là une insinuation ? Non certes, on va le voir. Après les épreuves de Tannée 1812. où tout le génie économique des gouvernants se manifesta, par la remise en vigueur des pires dispositions qui pussent être empruntées à l'ancien régime et à la Révolution (518), Vanlerberghe, ex-munitionnaire de l'armée, ne craignit point d'adresser, à Napoléon, un rapport, dans lequel il parla nettement d'un procédé mis en œuvre, pour amener la baisse des céréales, en créant au commerce une concurrence aussi coûteuse, pour le Trésor, que pour la masse des consommateurs. « On
n'a pas encore abandonné, dit le correspondant, une pratique propre à repousser nécessairement tous les apports particuliers qui se feraient, pour la halle de Paris : c'est celle d'y faire délivrer, chaque jour, au prix de 84 francs le sac, 6 à 700 sacs de farine dont le véritable prix est à 92 francs qui reviennent plus cher, encore, au gouvernement ; il est clair qu'aucun marchand ne peut avoir seulement Tidée de rien faire porter à la halle, où il serait obligé de vendre à perte » (519).
Un autre fournisseur de l'armée, dont le nom a été célèbre, Ouvrard, détenu à la prison de Sainte- Pélagie, comme reliquataire envers le Trésor, mit à profit ses loisirs forcés, pour expliquer, également, les causes des disettes de 181 1 et 1812; il signala, comme ayant concouru largement aux résultats dont souffrit la France, les fautes actives du gouvernement : fausses opérations du service des vivres militaires, chargé de l'approvisionnement général ; épuisement des céréales du midi, pour l'armée d'Espagne, etc. (520).
Ces remontrances, dictées par )e bon sens et l'expérience, passèrent inaperçues, aux yeux des ministres de la monarchie restaurée ; car tel était le prestige de celui, qu'après les Cent Jours on n'appelait, tout haut, que « l'usurpateur », qu'il parut