‹ Le socialisme municipal à travers les sièclesChapitre 76 sur 222 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

plies... Nul de ces dangers n'est à craindre, avec les

agents du commerce... La concurrence commande

l'économie » (530).

Bien loin de reconnaître l'immensité de la faute

commise, Laine voulut attribuer à < l'agiotage » le renchérissement survenu ; il prescrivit une enquête, pour avoir « les noms des personnes s'occupant du commerce des grains » (531). Mais, une particularité, qu'il n'avait pas en vue, lui fut signalée : c'est que des communes, imitant l'exemple de l'Etat, trouvèrent bon de reprendre les errements des siècles antérieurs; d'acheter du blé, pour leurs habitants, et que cette déplorable intervention aggrava, encore, les résultats de la disette factice produite par les agissements de l'administration (532).

Les opérations avaient été combinées de telle sorte qu'au début de l'année 1817, le préfet de police faisait part, directement, à Louis XV111, des craintes d'une famine, au sein même de la Capitale ; cette communication renferme un passage, qui constitue, sans le vouloir, la plus sanglante critique du mode d'approvisionnement suivi :

« Quand, disait Angles, on a contrarié, dans une matière si délicate, par sa nature, la marche du commerce, il fallait se bien rendre compte des conséquences qui pouvaient résulter du système que

Ton adoptait, calculer l'étendue et la durée des sacrifices que Ton s'imposait et s'assurer les moyens de pourvoir, par soi-même, à tous les besoins * (533).

Le magistrat de police était sincère, en exprimant ses angoisses ; il le prouva, par cette offre magnanime, que relève, encore, sa simplicité de forme : « Je renonce volontiers, Sire, à mon traitement (100.000 francs), jusqu'à la prochaine récolte... Les circonstances sont telles que ce n'est point un sacrifice, mais un devoir rigoureux de bon Français ».

L'information officielle démontra, aussi, que la hausse des prix avait été déterminée par l'empressement intempestif, dans les achats, pour les armées françaises ou étrangères et pour la Capitale ; une foule de gens, étrangers au commerce des blés, se portèrent acquéreurs en concurrence et obtinrent, encore, un bénéfice, sur la revente (534). Mais, l'idée et la réalisation de ce gain reposaient sur l'initiative inopportune de l'Etat; en 1817, on assurait qu'une foule de greniers se trouvaient pleins de céréales, la récolte de 1816 ayant été d'un tiers au-dessus de la moyenne (535).

Les développements qui précèdent ont une double raison d'être :

CfiAPITtlE tll 461

1° Ils exposent les objections de doctrine économique et de mécanisme commercial opposables au système, soit de « TEtat-Providence », soit de la « commune socialiste » ;

2° Ils mettent en relief les résultats décevants d'une protection forcée des intérêts particuliers, en matière de subsistances.

On n'a cure de se défendre, contre ces arguments, dans les livres consacrés à l'éloge des « bienfaits » du socialisme municipal ; il parait plus simple de ne parler que du renchérissement survenu, avec le temps, par suite de circonstances complexes, dans la valeur des choses nécessaires à la vie. Le seul remède préconisé (536), c'est l'accaparement officiel et la distribution, « à prix de revient», sans se soucier de savoir quel serait ce prix, dans le cas où les communes se feraient concurrence, et il est manifeste qu'alors, pour prévenir une hausse, aussi excessive qu'inévitable, dans l'avenir comme dans le passé, on en arriverait à instituer l'Etat distributeur suprême, au prorata des besoins allégués, avec tout leur cortège d'amplifications, de stratagèmes, de frais et lenteurs.

Quoiqu'il en soit, après l'échec éclatant des mesures prises, de 1815 à 1817, une réaction salutaire se produisit, dans les tendances administratives!

au centre du pouvoir, mais non dans celles des communes. Après 1830, il fallut résister aux démarches pressantes de municipalités, qui s'obstinaient à vouloir se faire les pourvoyeurs des habitants, comme cela ressort du document ci-après :

« La crainte de se voir dégarnir de grains s'est propagée, malheureusement, dans certaines régions, et ces préventions ont été suivies de désordres préjudiciables, pour les pays qui en ont été le théâtre. En effet, le cultivateur et le marchand ne retournent point à un marché où la propriété n'est pas respectée, où les acheteurs et les vendeurs sont menacés, et où des attroupements coupables réclament une fixation arbitraire du prix des blés... si les prix se sont élevés au delà de ce que les besoins véritables comportaient, c'est, précisément, par l'effet des inquiétudes qu'ont inspirées quelques troubles partiels. L'expérience a prouvé que ces terreurs paniques peuvent, quelquefois, produire une disette factice, là où il existe des ressources réelles.

«Tantôt on demande que des blés soient envoyés dans tel département, soit pour rapprovisionner, soit seulement pour y faire baisser le prix du commerce, en donnant la denrée au-dessous du cours ; d'autres fois, on voudrait que le gouvernement engageât la commune à approvisionner tel ou tel point ;

Page 1