CHAPITRE III
romaines, n'eût pas suivi, plus ou moins, l'exemple des anciens maîtres du monde, à l'égard du régime des subsistances.
En Toscane, quand survenaient des disettes, chaque commune réquisitionnait tout le blé produit et le vendait sur bulletins individuels, à ses habitants (538). Mais, si, par malheur, le territoire ne renfermait point de céréales, il est clair que la population devait périr de faim ou, tout au moins, se nourrir misérablement, si elle n'était pas à même de payer des prix fabuleux, pour obtenir des substances alimentaires.
Le duc Léopold II voulut, en vain, proscrire celte pratique : il ne réussit qu'à soulever la populace, comme lui-même l'attestait par ces lignes :
c A Livourne, le peuple commence à saccager ; on lui... accorde tout... Savatti (gouverneur) promet des vivres, des fours etc. A Florence, 60 coquins prennent des cocardes: on les laisse faire; puis, quand, avec dix personnes et deux coups de bâton, on pouvait porter remède et empêcher la dévastation... on laisse piller... on accorde, contre mes instructions formelles, l'abolition du libre commerce; on établit le poids et le prix du pain, etc. » (539).
De l'ensemble des faits rappelés plus haut se dégage une conclusion expérimentale, avec caractère
inductif : c'est que le commerce ne sied point aux personnes morales et publiques, dont le rôle consiste à satisfaire non des intérêts individuels et privés, mais, seulement, des exigences collectives et indivisibles ou à protéger l'exercice libre et sûr de droits formels.
Néanmoins, de nos jours, on voit, en plusieurs pays, des municipalités, sous l'œil complaisant ou indifférent du pouvoir central, assimiler à des services publics de véritables comptoirs, pour le débit de certaines marchandises.
Jusqu'ici, en France, le mouvement a été contenu, par la jurisprudence de l'autorité supérieure; celleci, plus rigoureuse qu'au xvm e siècle, estime que les communes ne peuvent affecter les ressources tirées de l'impôt, soit à la rémunération de médecins, en résidence fixe, qui consentent à traiter gratuitement les pauvres (540), soit à la création d'une « pharmacie municipale », ayant pour but de procurer les médicaments, « à prix coûtant», ou mieux, à perte (541), si l'on classe, comme dépenses non remboursables, l'indemnité à un pharmacien (3.500 francs), le loyer et les frais d'entretien du local.
Il y aurait, en outre, un chef de dépense qui, pour ne pas figurer en ligne de compte, ne saurait