CHAPITRE III
nous avons appelé c la perversion » du pouvoir de police : il n'a pas été cilé an chapitre II, parce qu'il se rattache directement à la concurrence communale s'exerça nt contre l'activité individuelle.
A Manchester, la municipalité a opéré de même, pour les brasseries, bars et hôtels ; de 1892 à 1897, elle acquit 29 établissements, en ferma 21 et en revendit 3 ; le tout revint à plus de 2.150.000 fr., déduction faite des reventes.
Il n'échet de rechercher si ces sortes d'installations prospèrent ou déclinent; les partisans du système ont, en effet, une réponse prête à tout événement. Le bilan constate-t-il un bénéfice ? Ou l'attribue à l'excellence du mode de gestion ; met-il en relief une perte ? On fait remarquer qu'elle se compense avec les avantages procurés aux consommateurs.
Or, il est impossible que les frais d'une régie officielle ne montent pas plus haut que ceux d'une entreprise privée, car, si capables, si intègres, si zélés qu'on suppose des agents administratifs, il leur manquera toujours le ressort qui fait mouvoir, avec tant d'énergie et de précision, les organes du commerce : le profit personnel. Les compagnies de chemins de fer allouent à leurs directeurs des primes d'économie; les industriels, banquiers et négociants
savent reconnaître, par des moyens équivalents, le concours de leurs collaborateurs. Qui a jamais songé à rémunérer, dans cet ordre d'idées, le personnel de l'Etat ou des établissements publics ? Quelle est la Chambre qui oserait adopter pareille mesure ? Sur quelle base serait assise la rétribution proportionnelle destinée à stimuler l'habileté des serviteurs dont les actes peuvent atténuer le montant des frais de gestion ? Allouerait-on une quote-part de la différence entre les crédits ouverts et la dépense faite? Ce serait, alors, répandre la tendance à enfler, dans le budget, l'évaluation des besoins présumés et à négliger, dans la pratique, la satisfaction d'exigences légitimes.
Du reste, en France du moins, ce stratagème ne réussirait point, car, depuis longtemps, les Assemblées représentatives ont pris pour règle de censurer les économies, comme décelant une tromperie et, en tout cas, une légèreté, dans les calculs estimatifs dé dépenses. Les personnes intéressées, dans des maisons de commerce, n ont pas à craindre de tels reproches, pour deux motifs : d'abord, parce qu'autant que possible le chef d'établissement apprécie lui-même les plus menus frais de son exploitation ou compte, de clerc à maître, au lieu de fixer, à ses subordonnés, des crédits dans lesquels
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ils puissent se mouvoir librement, à charge de justifier de la réalité des dépenses accusées. Avec un mode de gestion comme celui qui fonctionne, dans les services publics, les commerçants seraient grevés de frais généraux beaucoup plus élevés qu'avec le système en usage. Or, pour ne comparer qu'avec certitude et impartialité, nous avons pu, en compulsant des collections financières, acquérir la preuve qu'en France, dans les administrations publique», le taux des frais de gestion tend à augmenter, sans cesse, et qu'on ne paraît connaître qu'un moyen efficace d'en arrêter la progression : c'est ce qui s'appelle « l'abonnement ». Depuis le Consulat, les préfets et sous-préfets reçoivent, pour les dépenses matérielles qu'ils acquittent, une somme fixée à forfait, au prorata de la population, et, s'il y a des économies, les fonctionnaires en bénéficient ; cela revient à dire qu'on renonce, par expérience, à espérer aucune diminution dans les dépenses. Cependant, il est incontestable que, depuis 1800, le papier se fabrique à meilleur compte ; que le chauffage à la houille coûte moins cher qu'au bois ; que l'éclairage au gaz revient à plus bas prix qu'un entretien de lampes à huile de colza. Il y a donc, dans le procédé empirique, qu'on suit encore, un aveu d'impuissance à réduire les frais de gestion,
Ht LE SOCIALISME MUNICIPAL A TRAVERS LES SIÈCLES
par des simplifications, perfectionnements et réformes. Le commerce, au contraire, ne cesse de poursuivre la recherche des moyens de restreindre la proportion de ses frais généraux.
Dans l'art d'augmenter la quantité de produits écoulés, les exploitations commerciales entreprises, par l'Etat ou les communes, présentent une infériorité encore plus manifeste sur celles que dirigent les particuliers.
Tout d'abord, on conçoit que les prix qu'exigent les établissements publics ne sauraient être ni supérieurs, ni même égaux à ceux que consentent les marchands, sans quoi, à égalité de bénéfices bruts, les frais étant plus lourds, comment expliquer la fondation de comptoirs municipaux, ayant à subir une rivalité redoutable, ruineuse ? Il faut donc vendre au-dessous des cours, en se résignant à ne réaliser aucun profit sérieux, à éprouver des pertes. C'est l'inverse du mécanisme des unions coopératives, où la somme, que chaque sociétaire paie, comme consommateur, lui revient, en partie, comme actionnaire, tandis qu'avec les régies municipales, l'avantage apparent, que chaque habitant obtient, comme acheteur, il le rembourse, en qualité de contribuable, avec une majoration due aux frais de gestion.
Sous couleur de concurrence, les moyens employés