PRÉFACE XIII
reux de celte poésie sociale, ses disciples ont fait, presque toujours, un usage déplorable de la doctrine abstraite de la lutte des classes ; ils ont introduit dans le monde de véritables forces magiques, qui opèrent avec autant de ruses que l'Inconscient de Hartmann et permettent d'expliquer les phénomènes historiques les plus complexes, sans la moindre difficulté. Trop souvent les marxistes ne cherchent même qu'à tirer de cette méthode des résultats paradoxaux ; je connais peu d'exemples plus singuliers que les deux suivants, empruntés à un livre tout récent : 1° on nous apprend que Socrate fut un profond politicien (1), qui créa la morale individualiste de la bourgeoisie comme moyen de maintenir Tordre social ; 2° on nous dit que d'après Marx « la lutte de classes se manifeste d'abord [dans les temps préhistoriques] sous la forme de lutte de sexes » (2).
La conception de la lutte des classes constitue un
(i) Laf argue. Recherches sur l'idée de Justice et sur Vidée du Bien, p. 73* (Giard et Brière éditeurs. Paris, 1900). Cette opinion est exprimée dans un chapitre intitulé V Idéal moral bourgeois\ l'auteur l'inspire, à mon sens, beaucoup plus de M. Loria que de Marx.
(2) Op. cit. y p. 48. Marx n'a point énoncé ce paradoxe ; il a seulement dit qu'à l'origine la division du travail se fondait surtout sur des différences physiologiques et notamment sur la différence des sexes [Capital^ trad. franc.; p. 152, col. 1. — Cf. Engels. V origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat; (trad franc., p. 79), — Il y a beaucoup d'idées marxistes qui proviennent ainsi d'une déformation de la pensée primitive de Marx.