IT PRÉFACE
professionnels privilégiés; et M. Colajanni ne tenait nul compte des formules germaniques. Notre auleur se séparait des marxistes de ce temps sur deux points essentiels : il n'a jamais cessé d'attacher une très grande important e iiux considérations morales ; et à cette époque la morale était fort suspecte aux social-démocrates ; — il a toujours été un des champions les plus ardents du fédéralisme en Italie ; et les social-démocrates étaient partisaris fanatiques de la forte centralisation ; ils avaient hérité des préjugés révolutionnaires des hommes de 93 et de 48 ; ils ne tenaient pas grand compte de révolution qui s'était faite dans l'esprit de Marx depuis la ré- Unrlion du Manifeste communiste (1).
Aujourd'hui les idées ont beaucoup changé en Italie : presque tout le monde reconnaît que lés socialistes ne doivent plus avoir la prétention de changer à bref délai la face du monde et que leur rôle consiste à travailler, de concert avec les autres partis populaires, au triomphe de la démocratie. L'esprit sectaire, qui est encore lout puissant en Allemagne, est en décadence chez les Italiens ; M. Turati ne semble pas éloigné de croire que, d'ici longtemps, les socialistes ne devront rien faire autre chose que de combattre dans les rangs des libéraux avancés (2).
En France, l'Affaire Dreyfus a ébranlé toute l'organisation des partis et a provoqué des rapprochements inat-
{{) Cf, tëERtfSTEiN. Socialisme théorique et social-démocratie pt'atigvCj- p. 227 (trad. franc. ; Stock éditeur, Paris, 1900).
(2) CrUka sociale, i* T août 1899, p. 182, col. 2, et 1er sep . tembre 1809, p. 230, col. 1, note.