IV PRÉFACE
l'Etat. La secte peut s'isoler; l'isolement est même une condition de sa pureté doctrinale ; le parti politique ne peut exister que s'il est mêlé à la vie générale, s'il est un organe dans un organisme. Le socialisme devient, de plus en plus, en France, un mouvement ouvrier dans une démocratie*
Lorsque la deuxième édition du livre de M. Colajanni a paru en 1898, on a reproché à l'auteur de ne pas avoir assez discuté les théories marxistes ; cette critique n'était pas, à mon avis, bien fondée, d'autant plus que M. Colajanni annonçait la publication prochaine d'un ouvrage consacré à l'économie et à la politique ; il est clair que c'est dans cette publication qu'il devra exposer en détail les doctrines de Marx ; ici il est question des sélections sociales.
Pour bien apprécier la valeur de ce reproche, il serait nécessaire de comparer le livre de notre auteur avec celui que publia, dix ans après lui, M. E. Ferri sur des sujets analogues. Ayant récemment adhéré au socialisme, sur lequel il allait jeter tant d'éclat, M. E. Ferri ne pouvait oublier qu'il avait été en Italie un des représentants les plus écoutés de la philosophie évolutionniste. Il était donc tenu de justifier sa conversion devant le public universitaire, en montrant que le marxisme peut se concilier avec les théories qu'il avait jusque-là enseignées. De là le titre un peu énigmatique de sa brochure: (1) Socia-
(1) Traduite en français chez les éditeurs Giard et Brière ; Paris, 1897.
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lisme et science positive ; Darwin , Spencer et Maroc. Concilier les trois conceptions qui se rattachent à ces trois grands noms, était une œuvre hérissée de difficultés, que M. E. Ferri a abordée avec une très grande ingéniosité et avec une rare liberté d'esprit. Il ne semble pas qu'on lui ait tenu grand compte de cet effort ; car si on a reproché à M. Colajanni de négliger Marx, on a accusé M. Ferri de l'avoir défiguré (i) ; l'idée de rapprocher Marx de Spencer devait paraître quelque peu- impertinente aux personnes qui pensent, avec le professeur Antonio Labriola, que Spencer est un (2) c raisonneur à vide, prolixe et ennuyeux • .
Rien n'obligeait M. Colajanni à aborder une tâche pareille ; il se préoccupe seulement des idées générales qui intéressent l'homme d'Etat et il ne cherche pas à constituer une philosophie. C'est ainsi qu'il a pu laisser décote (comme l'a fait aussi d'ailleurs M. E. Ferri) la théorie dialectique qui, d'après Engels, serait caractéristique de la nouvelle manière de penser; le professeur Labriola nous en a parlé en ces termes (3) : « le concept de la dialectique est inintelligible aux évolutionnistes vulgaires... qui n'expriment pas dans le mot évolution l'acte de comprendre, mais l'incompréhensible ; au contraire, dans la conception dialectique on se propose d'exprimer un rythme de la pensée, qui exprime le rythme le plus général de la réalité qui devient ».
(i) A. Labriola. Socialisme et philosophie, p. 122 (Giard et Brière éditeurs, Paris, 1898).
(2) A. hABRiOLA.Essais sur la conception natérialiste de V histoire, p. 90 (Giaid et Brière éditeurs, Paris, 1897).
(3) A. Labriola. Socialisme et philosophie, p. 188.