‹ Le socialisme reformiste françaisChapitre 4 sur 11 · PRONONCÉ A FIRMINY LE 13 JANVIER · texte numérisé non relu

PRONONCÉ A FIRMINY LE 13 JANVIER

Messieurs,

Je suis assuré de traduire fidèlement le sentiment de mes collègues comme j'exprime le mien propre, en disant que nous emporterons un souvenir ineffaçable du voyage que nous venons de faire à travers votre département, et, en particulier, de l'admirable réception que nous réservaient aujourd'hui la ville de Firminy et ses élus.

Rien ne pouvait nous être plus réconfortant et plus doux que le spectacle qui nous est offert depuis samedi, que l'accueil enthousiaste dont la population de cette républicaine et laborieuse région a, pendant ces deux journées, salué son éminent représentant, l'orateur incomparable, l'homme d'Etat émérite, le républicain courageux et dévoué dont nous sommes fiers d'être les collaborateurs.

La reconnaissance réfléchie de la démocratie, autant que la rage impuissante des ennemis de la République, permettent de mesurer la gran-

deur et la nécessité de la tache dont, depuis plus de deux ans et demi, M. Waldeck-Rousseau est le premier et le principal artisan.

Chacun de nous, à sa place et dans la limite de ses attributions et de ses forces, lui a apporté son plus absolu concours.

En insistant pour me laisser l'honneur et la charge de prendre le premier la parole à ce banquet , mes excellents amis et collègues , MM. le général André et de Lanessan, me permettent de m'expliquer sur la part qu'à leurs côtés j'ai prise à l'œuvre commune.

Ils offrent, et je les en remercie, au ministre socialiste que je suis, parlant à nos amis socialistes de Firminy, l'occasion de définir une fois de plus, en toute clarté et en toute précision, le caractère et la portée de la collaboration socialiste à l'œuvre gouvernementale.

Les dangers trop réels courus par la République ont été l'occasion naturelle de l'accession au pouvoir, à côté des représentants de toutes les autres fractions du parti républicain, d'un républicain socialiste.

Ce serait se leurrer étrangement que de tenir le fait pour un incident ou un accident sans lendemain comme sans précédent.

Il n'était, au fond, que la conclusion logique et nécessaire de l'attitude observée et de la conduite suivie depuis de longues années par le parti socialiste français.

Le parti socialiste s'était, en effet, rendu compte que, dans une république de suffrage

universel, il serait plus vain encore que criminel de ne pas accepter la loi de la majorité et, par un déconcertant paradoxe, d'attendre de je ne sais quel hasard de la force le triomphe des idées de justice et de paix;

Virilement, il s'était mis à l'œuvre pour l'éducation des esprits et pour la conquête des pouvoirs publics, et, si quelque désaccord apparaissait encore parfois entre les mots et les actes, les actes pourtant étaient trop clairs pour permettre aucun doute sur les intentions.

Ses représentants, dans les hôtels de ville, dans les assemblées locales, au Parlement, déployaient un zèle efficace et une intelligente activité pour obtenir des réalisations immédiates et préparer, plus sûrement que par de sonores paroles, par des actes et des réformes, la transformation qui était dans leurs vœux.

Le jour où M. Léon Bourgeois décidait avec ses amis du parti radical d'inscrire dans sa déclaration ministérielle et de poursuivre la réforme fiscale, les députés socialistes, vous vous en souvenez, mon cher Souhet, ne lui ménageaient ni leur approbation ni leur concours. Ils démontraient ce jour-là la fermeté de leur esprit politique, et qu'ils étaient résolus à assumer toutes les responsabilités qu'implique, pour un parti digne de ce nom, l'acceptation loyale de la participation à la vie publique.

Par quel sophisme distrairait-on de ces responsabilités les plus lourdes et les plus fécon* des ? Et n'est-il pas évident que le parti socialiste, s'il veut rester un parti, n'a pas plus 1

droit de se dérober de propos délibéré aux charges et aux responsabilités du gouvernement, que le parti républicain ne serait autorisé à lui en interdire systématiquement l'accès.

Mais si toute responsabilité traîne après elle son cortège de charges et de soucis, celle du gouvernement, précisément parce qu'elle est de toutes la plus haute, ne va pas sans d'étroites et d'impérieuses obligations.

« On gouverne avec son parti pour son pays. » L'aphorisme n'a pas cessé d'être exact. Il est, dans sa concision, tout un programme.

Le socialisme a de hautes ambitions. Son idéal est le plus élevé et le plus noble qui puisse faire battre un cœur d'homme, puisqu'il ne sera complètement réalisé que par le développement intégral de l'individu, affranchi des servitudes de l'ignorance et du mal, et investi par sa participation à la propriété sociale de la puissance économique sans laquelle il n'est pas de liberté.

Mais ce n'est ni d'un Dieu, ni d'un Maître, que le socialisme attend la libération de l'humanité ; c'est des seules forces humaines, de son libre et tenace effort, qu'il entend tenir la victoire.

Ainsi il est engagé à mêler sans cesse à la poursuite des fins idéales le souci des contingences pratiques. Il ne lui est permis ni d'ignorer les obstacles qu'oppose à son essor l'intérêt etle préjugé, plus fort que l'intérêt, ni d'oublier; que le dédain des transactions n'est que le dédain de l'action et de la vie.

Nous sommes des Français de 1902, et ce

n'est pas une notion négligeable que la connaissance du point précis de l'espace et du temps où nous sommes situés. Elle détermine les conditions exactes de notre activité.

Un parti qui veut transformer le monde se doit d'abord de modifier le milieu où il se meut.

Et comment Tessaierait-il s'il ne commençait

par prendre conscience des besoins et des intérêts de ce milieu ?

En vain il voudrait se payer de mots, lui et les autres. Il court à la banqueroute s'il entend s'acquitter avec des phrases vides et des formules creuses; il n'échappera pas aux réalités qui le pressent.

Si notre idéal ne doit jamais être absent de notre pensée, il faut pourtant et d'abord garantir la sécurité de la maison qui abrite, avec l'idéal du lendemain, la réalité du jour.

Sur toutes les questions actuelles de politique extérieure comme de politique intérieure, sur celles qui intéressent notre développement économique ou notre domaine colonial, comme sur celles qui touchent à la défense nationale, le parti socialiste est ainsi heureusement condamné à prendre position.

1 Les responsabilités qu'il s'est engagé à assumer, du jour qu'il a pris figure de parti, ne lui permettent de s'arrêter à une solution qu'après avoir mûrement étudié tous ses éléments comme aussi la répercussion qu'elle est susceptible d'avoir sur la situation de la France dans le monde. Étude qui, pour inspirée et vivifiée qu'elle soit par nos vues d'avenir, par les

principes directeurs de notre doctrine républicaine et socialiste, n'en est pas moins commandée par les conditions de fait, par les nécessités vitales qui s'imposent aux nations comme aux individus.

Savoir allier la recherche constante du mieux, la préoccupation incessante de l'idéal au souci indispensable des réalités contingentes : tel est le problème.

J'ai confiance que le parti socialiste saura le résoudre, qu'il saura s'imposer la discipline nécessaire à la vie et au développement d'un grand parti. Je le souhaite ardemment pour mon pays et pour la République. Et j'ose croire que l'expérience qui vient de se poursuivre, les résultats qu'elle a apportés aux travailleurs, et dont le bilan sera prochainement établi, ne contribueront pas peu à maintenir le parti socialiste dans la voie des réalisations pratiques, par lesquelles s'annonce et se prépare l'avenir. Dans le grand parti républicain réformiste, que ce sera l'honneur du Cabinet actuel d'avoir constitué et groupé en face du parti conservateur que rallient publiquement à cette heure, à la veille de la lutte électorale, les bataillons de l'empire, de la royauté et du plébiscite, dans ce grand parti républicain réformiste, les socialistes tiennent une place nécessaire ; ils lui apportent une force et un élan incomparables.

Mais pour être efficaces, cet élan, cette force ont besoin d'être réglés. J'ai dit comment il réapparaissait qu'ils pouvaient l'être.

J'ai essayé, comme je l'ai toujours fait, à Fir-

miny aujourd'hui, comme hier à Lille, à Lens, à Nouzon, de dégager la vérité et de servir ainsi mon pays, la République, et l'idéal socialiste qui est le mien.

Quelle que soit la place que m'assignent les circonstances et mon devoir de socialiste fidèle à mes idées et aux décisions de mon parti, je n'aurai jamais ni d'autre souci, ni d'autre ambition.

Messieurs, je vous demande de vous joindre à moi pour lever vos verres en l'honneur de la Municipalité qui représente et qui défend, avec tant de résolution et d'autorité, à l'hôtel-deville de Firminy, les idée9 de progrès démocratique et de justice sociale.

DISCOURS

PRONONCÉ A CARMAUX A LA FETE ORGANISEE EN L'HONNEUR DE L'ÉLECTION DE JAURÈS

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