RENOUVELLEMENT DE LA CHAMBRE
Citoyens,
Je viens vous demander le renouvellement lu mandat que vos suffrages m'ont confié il y a [uatre ans.
J'ai conscience de l'avoir rempli avec loyauté.
Je n'ai rien à modifier du programme au bas [uquel nous avons, en 1889, apposé, vous et aoi, nos signatures. Qu'il me soit permis seusment de préciser ici les idées supérieures qui inspirent et le vivifient.
La République a mis vingt années à réduire
l'aveu de leur impuissance les partisans des égimes morts. Forte du consentement général, ire de son avenir, elle n'a plus le droit de attarder à la défense d'un principe qui n'est pas
menacé. De nouveaux devoirs s'imposent à elle.
La Révolution française trouva le serf courbé sur la glèbe. Elle le redressa, elle en fit un homme libre.
En 1848, la République fit de chaque Français un citoyen en lui donnant le droit de vote.
Bénéficiaires des œuvres de nos pères, héritiers de leurs principes, nous avons pour devoir de poursuivre et de compléter leur tâche en facilitant, au lieu de les contrarier, les transformations nécessaires.
La question sociale est la question des élection de 1893.
En vain les pourvus et les satisfaits tentent de reculer dans un avenir indéterminé une solution qui menace leur jouissance égoïste; en vain les défenseurs intéressés des iniquités économiques jettent sur le socialisme la raillerie et la calomnie; il dépend de notre fermeté, de notre sagesse et de notre union d'avancer l'heure inévitable où chaque travailleur touchera le produit intégral de son labeur, où l'ordre, l'harmonie et la justice régleront la production et la répartition abandonnées à l'arbitraire du hasard.
Ce n'est point d'un coup de baguette, par un miracle ni par un coup de force, que s'opérera la transformation de l'état social ; c'est par la volonté intelligente et persévérante de tous ceux qui en sont victimes: commerçants expropriés par la concentration des capitaux; rentiers dépouillés par les krachs financiers ; patrons rançonnés par l'usure ; travailleurs des bras el du cerveau exploités sans limites.
Un scandale sans précédents a jeté sur le mal qui nous ronge une lumière éclatante. L'affaire du Panama a montré toutes les forces sociales de ce pays au service et sous les ordres de la haute finance.
C'est contre elle qu'il nous faut concentrer nos efforts. La nation doit reprendre, sur les barons de cette nouvelle féodalité cosmopolite, les forteresses qu'ils lui ont ravies pour la dominer: la Banque de France, les chemins de fer, les mines.
En même temps que cette besogne nécessaire, la Chambre prochaine devra poursuivre une tâche parallèle : affranchir le travailleur de toutes les entraves dont la loi l'enchaîne, par la refonte de notre législation économique et de notre système fiscal.
Mais toutes ces réformes sont condamnées à un avortement certain si la revision par une Constituante ne donne pas enfin à ce pays l'instrument nécessaire du progrès : une Constitution démocratique où le gouvernement du peuple par le peuple devienne une vérité
Citoyens,
Cette politique pacifique et réformatrice, vous l'avez approuvée de vos votes, il y a quatre ans.
Depuis 1889, je l'ai défendue sans relâche, par la parole et par la plume, dans la presse, à la tribune de la Chambre, d'un bout à l'autre de la France.
Elle a provoqué dans le pays un puissant
courant d'opinion. Elle a conquis l'adhésion d'un grand nombre de comités. C'est d'elle que se réclament auprès des électeurs les républicains socialistes.
Je la soumets, avec confiance, à l'approbation de tous les républicains de bonne foi et de bonne volonté, qui veulent détourner de ce pays les hasards d'une révolution, en travaillant à l'évolution sociale.
PROFESSION DE FOI