‹ Le Socialisme sans doctrinesChapitre 14 sur 86 · LA SITUATION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

LA SITUATION GÉNÉRALE

Chacun a le droit de prendre dans les terres publiques^ même celles qui sont louées aux squatters, jusqu'à plusieurs centaines d'acres S à l'endroit qui lui conyient, au prix de 25 francs l'acre, payé un quart comptant et le reste par annuités et sans intérêts pendant les trois premières années : en compensation^ le colon doit enclore sa terre et y élever une maison.

Dès que ces lois eurent été votées, une foule de seleetors s'installèrent dans les bonnes terres qui n'étaient pas vendues. Le squatter voyait tout à coup une palissade et une barrière en fil de fer entourer une partie des terrains sur lesquels il croyait avoir le droit de pâture : c'était le cultivateur^ le cacatois, comme on l'appelait par dérision, qui prenait la place des moutons. Entre squattais et fermiers, les conflits furent nombreux. On comprend que les gouvernements aient pris parti pour les cultivateurs, parce qu'ils augmentaient la valeur du sol en le travaillant et parce qu'ils peuplaient les espaces réservés jusque-là aux moutons. Tels étaient du moins les effets qu'attendaient de la loi les ministres et les petits colons. Elle en eut d'autres encore.

Un grand nombre de prétendus seleetors choisirent et achetèrent des lots pour des spéculateurs ou servirent d'hommes de paille à des squattei^ désireux d'acquérir pour leur compte toutes les parties arrosées et cultivables de leurs pâtures. Gomme on pouvait choisir avant que le cadastre fut dressé, chacun prenait à son avantage et annexait à son domaine des acres qu'il ne payait pas au gou-

(1) 1 acre égale 40 ares ; » acres foat 2 hectares.

vernement. Bref, le système fut, suivant le mot énergique d'un publiciste australien, le « pillage du patrimoine colonial ». Les gouvernements durent en suspendre l'application par une série de mesures de détail, et ils ont remplacé, entre 1884 et [1892, les anciens codes fonciers par des lois nouvelles.

La législation foncière contemporaine est plus radicale en Nouvelle-Zélande que dans les autres colonies, mais son esprit général est à peu près le même partout. Elle impose une limite maxima aux acquisitions et même aux locations de terres publiques : elle va, dans plusieurs colonies, surtout en Nouvelle-Zélande, jusqu'à attaquer la grande propriété particulière, constituée sous le régime précédent. Enfin, elle favorise la moyenne et la petite propriété, considérées comme la charpente de la société coloniale ^

Les grands propriétaires et les squatters (éleveurs de moutons).

Autrefois un colon pouvait occuper autant de terres publiques qu'il en désirait : depuis quelques années tous les états ont limité strictement la superficie du terrain qu'une

(1) Les titres et les dates des lois importantes donnés au cours de cette étude, permettront de les trouver dans la bibliothèque du Ministère du commerce ou aux archives de la Direction du Travail. Victoria a publié un Hand book of the Land Act, Melbourne, 1899, in-8«.

Il faut consulter encore les Régulations, publiées en môme temps que les lois.

Le ministère des terres {Department of Lands) de chaque colonie publie chaque année un rapport ofliciel très important.

On trouvera plus facilement des indications très suffisantes dans The New Zealand Officiai Year Book, The Deven Colonies of Australasiay et les autres annuaires indiqués plus haut.

Epps. The Land Systems of Austvalasia, Londres, 1894, in-8«, donne l'histoire de la législation foncière jusqu'en 1892.

Page 1