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LES GRANDS PROPRIÉTAIRES ET LES SQUATTERS

§eule personne peut acquérir ou louer. Ces mesures se justifient par l'intérêt qu'ont les colonies à augmenter leur population trop faible. Or, la grande propriété, quand elle est mise en valeur, fait vivre sur un môme espace moins de personnes que la petite, car le landlord, le seigneur foncier, cherche à réduire le nombre de ses intendants, de ses fermiers, de ses travailleurs pour diminuer ses frais. De plus la grande propriété, surtout dans les pays neufs, n'est pas toujours cultivée*. Elle est occupée souvent par des spéculateurs qui attendent le moment où le travail des colons qui entourent leur terrain et les travaux publics exécutés aux environs auront augmenté la valeur du placement qu'ils ont fait. Beaucoup de landlords australiens demeurent en Angleterre, et laissent les eucalyptus et les ^ broussailles croître sur des propriétés qu'ils n'ont jamais visitées, attendant que la valeur de la terre s'élève pour vendre avec bénéfice. Un pareil placement est excellent dans une colonie qui se développe. Aux environs des capitales, par exemple, des lots où la forêt primitive restait vierge, mais qui étaient propres à l'établissement de vignes, de vergers, de jardins ont été vendus 80 fois plus cher qu'ils n'avaient été payés dans la première partie de ce siècle. Dans les villes, les prix des terrains à bâtir ont atteint plus de mille fois le chiffre auquel ils avaient été adjugés soixante années auparavant. Aujourd'hui, toutes les bonnes places sont prises depuis longtemps. Les gou-

(1) Plus les propriétés sont petites, mieux la terre est cultivée en Australasie. Voir : Works and Wealth of Queensland (publication officielle) ; Epps, The Land Systems of Australasia, p. 130; Woods, The Colony of South Australia, p. 210 ; De R. Walker, p. 64-68 ; Michaël Davitt, et la plupart des publicistes qui ont écrit sur la colonisation dans TAustralasie contemporaine.

vememe»ts ont limité trop tard l'étendue de la propriété. On verra plu& loin qu'ils ont dû racheter des terres aliénées aux époques du système VVakefield ou de la sélection libre pour les morceler et les vendre en petits lots.

Le domaine public comprend, il est vrai, dans chaque colonie d'immenses espaces; mais ce sont les terraJoas qu'on croit impropres à la culture, ceux dont les capitalistes n'ont pas voulu : ce sont les déserts intérieurs, couverts d'une brousse de plantes grasses et d'épines, sous laquelle pousse , pendant la courte saison des pluies^ un gazon éphémère. Ces terres ont été logées en concessions immenses, grandes parfois comme un de nos départements. La seule industrie qui ait paru jusqu'ici profitable, àans ces régions, consiste à élever des moutons à laine : on les parque par milliers dans d'immenses enclos de palissades et de fil métallique où ils cherchent leur pâture en liberté, sans bergers ni chiens. Ces enclos sont disposés par groupes de trois ou quatre autour d'une source, d'un puits, d'une citerne, où des pompes mues par des moulins à vent puisent, pour la distribuer dans de grandes auges ^ l'eau nécessaire à abreuver les moutons. De loin en loin, on construit une hutte dans laquelle un surveillant vit seul avec sa Bible, son accordéon, sa pipe et un ou deux chevaux» qu'il monte pour faire sa ronde autour des clôtures. Au centre, s'élève la maison de l'intendant général, faite de planches, couverte de fer galvanisé, entourée par d'autres constructions de bois blanc et de tôle, la remise des voitures, Técurie (parfois simplement un en«los) le grand hangar où les tondeurs ambulants viendront opérer pendant la saison. Tel est l'aspect habituel de la station à

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montons-. Elle s'étend parfois sur plusieurs centaines de kilomètres carrés, compj?enant des plaines, des montagnes^ des marais salés et des criques, formant à elle seule une région aux aspects dirers, avec 80 à 1©0 0€O bétes, et seulement 18 à 20 habitants à demeiarre, qu'autant de tondeurs renforceront t la saison penidant trois ©tu quatre semaines^. Sans doute, il y a die petites stations; mais la tendance actuelle est aux grandes entreprises faites par des sociétés d'actionnaires. On appréciera l'importance de ces compagnies pastorales, si Ton sait qu'une seule d'entre elles avec quatre stmMon» seulement, s'étend sur près de 800 kilomètres du lac Torrens àla frontière du Oueeaslawttd. Les stations sont nombreu'ses surtout dans les trois colonies qui possèdent d'énormes morceaux des steppes intérieures, Nouvelle-Galles, Queen^and, Sud-Australie. Dans ks partîmes oè l'herbe est savoureuse et l'eau en quantité suffisante, on a tenté avec succès l'élevage des vaekes, à lait (Victoria, Nouvelle-Galles) et des bœufs de boucherie (Nouvelle-Galles, Oueensland). Les paropriétairesr de stations forment, avec ceux des mines, la claisse riche des capitales australiennes.

Si les terrains qu'ils occupent n'étaient bons qu'à nourrir des moutons, il est probable que les petits fermiers ne les leur disputeraient pas. Mais d>epuis que la mue côitière, la meilleure du pays, a été aliénée, on prétend que l'intérieur n'est pas aussi impropre à La culture que les premiers colons l'imaginaient : avec des travaux d'irrigation , oa peut, en beaucoup d'enéroits> faire produire à lia terre

(1) Wo7^ks and Wealth of Queensland (publication officielle), p. 18. — • De R. Wallteir. Axtstraiasian Demooi'acy, p. 69.

des récoltes. Les adversaires de la grande propriété rappellent qu'il y a cent ans on croyait l'Australie bonne seulement à nourrir des kangourous, tout au plus des moutons et que les cultures actuelles ont été introduites sur des régions occupées d'abord uniquement par la brousse ou les arbres. Le meilleur exemple à l'appui de leur thèse est fourni par les plateaux des Darling Downs, au sud-ouest de Queensland ; on les a pendant longtemps utilisés comme pâturages, et quand le gouvernement s'est mis à y établir des agriculteurs, les éleveurs ont déclaré que les Downs ne pouvaient pas produire une seule tête de chou. Pourtant cette contrée est devenue en quelques années l'une des régions les plus belles de l'Australie. De même la Nouvelle-Zélande a établi avec succès des cultivateurs sur des terrains qu'on croyait destinés à rester éternellement landes de pâturage : il est vrai que la Nouvelle-Zélande et môme les Darling Downs sont mieux arrosés que l'Australie intérieure; mais enlin le désert australien lui-même a des sources, des mares, des cours d'eau parfois ; avec des travaux d'irrigation, on pourra conserver l'eau, la bien répartir, n'en pas perdre une goutte. Tous ces raisonnements et le besoin pressant de peupler les campagnes ont convaincu les gouvernements qu'il valait la peine d'essayer de développer la colonisation aux dépens de l'élevage.

On a donc imposé des limites dans l'espace ou dans le temps aux locations de pâtures. Victoria ne loue que 4 000 acres au maximum ; Nouvelle-Zélande ne loue pas pour plus de 4 000 têtes de bétail ou de 20 000 moutons et n'accorde qu'une seule location par personne. Ces deux

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