LE « FARMER
des livres aux bibliothèques municipales ou particulières qui sont nombreuses, même à la campagne ; ils se déplaceront facilement, iront visiter leurs amis à cheval ou dans leur carriole ; en véritables Anglais, ils ne sont point parcimonieux et ne se refusent aucune dépense . S'ils ont de l'argent, ils viendront, à la morte-saison, visiter la ville. La capitale et l'étranger sont d'ailleurs un constant sujet de préoccupation pour eux parce qu'ils comptent y vendre ce qu'ils produisent. Le marché local, dans ces colonies immenses et peu peuplées, n'est pas, en effet, assez important pour les produits agricoles. Le vin, les fruits, le blé^ la viande, les beurres et fromages sont par conséquent destinés à être expédiés dans les grandes villes de la colonie, en Angleterre, enfin partout où l'on pourra les vendre avec profit.
Le f armer australien est donc une sorte de propriétairenégociant comme le f armer américain. Il vend à peu près tout ce qu'il récolte, il achète à peu près tout ce qu'il consomme. Aussi a-t-il sans cesse l'attention fixée sur les cours. La conversation du f armer est toute remplie de chiffres, de prix, de cotes; s'intéresse-t-il à l'économie politique et à la statistique ? Non, mais il possède la petite partie de leurs données. qui concerne ses affaires. « A combien le blé, le beurre, la viande gelée ? » Voilà les grands soucis du farmer. Le reste le préoccupe moins.
Nouveau venu sur une terre nouvelle, il n'est attaché à aucune tradition et les préjugés qu'il peut avoir ne sont paint différents de ceux des immigrés ou fils d'immigrés qui habitent les villes. Dans le hush comme à Melbourne ou Sydney, la politique est une affaire d'intérêts très étroits
mais très précis. Pourquoi le f armer s'affligerait-il de voir les partis avancés dominer certains parlements? Pour lui, il ne fait aucune objection contre la forward policy, la politique du mouvement, tant qu'elle sert ses intérêts. Il voit le gouvernement intervenir en faveur des ouvriers ; il se déclare contre le « laissez-faire, laissez-passer », h condition que Tintervention s'étende jusqu'à lui. Il réclame donc des chemins de fer, des tarifs de faveur, des primes à l'exportation, des magasins et des réfrigérateurs il bon marché, des travaux d'irrigation, enfin la plus grosse part possible du revenu public.
Si les recettes actuelles ne suffisent pas pour satisfaire à ses demandes, il acceptera des taxes nouvelles, à condition qu'elles frappent les citoyens plus riches que lui et il appuiera les projets d'impôt progressif sur le revenu et la propriété foncière qui sont présentés par les radicaux et les ouvriers.
Les atteintes au droit général et abstrait de propriété le laisseront absolument indifférent, tant que sa propriété personnelle sera respectée.
Mesures en faveur des petits cultivateurs (Nouvelle-Zélande) .
Pour acquérir la moyenne propriété, pour devenir un f armer à l'aise, un colon doit avoir des capitaux ou du crédit. En effet, depuis l'application du système Wakefield, c'est un principe en Australasie qu'aucune concession de terres n'est gratuite, que le domaine doit être une source de revenus pour le trésor*. La très petite propriété même
(1) Aux États-Unis, où pourtant l'immigration est beaucoup plus
n'est pas donnée ; mais les gouvernements ont mis à son acquisition des conditions de plus en plus commodes, et cela pour plusieurs raisons.
D'abord ils ont considéré les très petits propriétaires, ceux qu'on appelle les villageois {villagers) comme des gens qui auraient besoin, pour vivre, de travailler en journées chez les grands ou moyens propriétaires : par conséquent, favoriser l'établissement des villagers, c'était donner aux squatters et aux farmers la main-d'œuvre qui est si rare dans les campagnes australasiennes. Tel est le point de vue auquel se placent encore aujourd'hui en Australasie la plupart des partisans de la très petite propriété.
La Nouvelle-Zélande est allée plus loin . Son gouvernement, tout d'abord, ne se préoccupa guère que de fournir des auxiliaires aux moyens propriétaires. Puis il s'aperçut que le villager n'aurait pas toujours besoin de travailler chez les autres. En effet, l'étendue de terrain nécessaire pour faire vivre une famille n'est pas aussi considérable qu'on l'avait d'abord imaginé ; le sol une fois mis en valeur, un cultivateur actif peut très bien faire subsister sa famille sur quelques acres, comme en Europe. Or la colonie a besoin de cultivateurs. Pourquoi donc ne donnerait-elle pas des facilités spéciales à ceux qui veulent acquérir (Je petits lots? La réponse à cette question devait être affirmative avec un gouvernement démocratique. La Nouvelle-Zélande a donc établi, en faveur de la petite propriété, une législation particulière qui s'est augmentée presque chaque année de
importante et où l'intérieur se peuple plus rapidement qu'en Austr&lasie, tout colon peut obtenir gratuitement 160 acres (64 hectares) de terres vacantes, à condition de résider sur son lot {Homesiead), de le cultiver, ou d'y planter des arbres.
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dispositions nouvelles^ et qui forme un système complet.
Pour exposer l'histoire de la petite propriété en Nouvelle-Zélande, il faudrait remonter à la période des grands travaux publics et de l'immigration subventionnée (1870- 1880) qui suivit les années pénibles des guerres avec les Maoris. A cette époque, on fit venir une foule d'immigrants pauvres, on les répartit par groupes sur des terres vierges ; plusieurs villages s'élevèrent ainsi, formés de misérables wharès ou huttes de bois et de terre à la mode maori : j'en ai rencontré encore quelques-uns dans la plaine de Ganterbury, le grand champ des expériences de législation foncière. Mais ce mode grossier de colonisation a cessé en même temps que l'immigration subventionnée ; il a été remplacé par des systèmes de plus en plus savants dont le premier remonte à la grande loi de 1885 sur la propriété foncière. Les mesures nouvelles accordent aux petits concessionnaires des avantages considérables notamment des avances en argent consenties par l'état, en vertu d'une loi récente qui sera examinée à la fin de ce chapitre. Par contre, les villagers ne peuvent plus devenir propriétaires; en effet, depuis que la nouvelle loi de 1892 a établi, à côté de la propriété pure et simple le bail perpétuel, ce mode de tenure est le seul qui soit concédé dans les établissements dont je vais parler.
Là première expérience de Nouvelle-Zélande a con sisté à créer les villages de petits propriétaires '(Te^Zap^e Settlements) * . On offre à ceux qui s'y établissent des lots de
(1) Report on Village Homes tead Settlements in New Zealand^ 1895, by J. E. March, superintenclent of Settlements, broch. in-S». — Voir, outre les documents néo-zélandais, deux rapports publiés par le
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100 acres au maximum placés les uns à côté des autres (autrefois avec faculté d'achat, aujourd'hui à bail perpétuel). Ils peuvent acheter en môme temps un terrain à bâtir de 1 acre sur l'emplacement où le village doit s'élever. — Au 31 mars d900, 1 838 setUers, pour la plupart mariés et pères de famille (5323 personnes en tout), vivaient dans ces conditions sur 36777 acres. Leur gouvernement leur avait avancé £ 25932, sur lesquelles £ 2 936 ont été rembeursées. L'augmentation de valeur des terrains était estimée à ^152431.
En même temps que le système précédent, le gouvernement de Nouvelle-Zélande avait imaginé les associations de petites fermes qui donnaient droit tout d'abord à la propriété, mais qui, depuis la grande loi de 1882, n'accordent plus que le bail perpétuel. Ces associations (Small Farm Association; Spécial Settlemeyit Association) sont des groupes de 12 personnes au minimum qui prennent à bail perpétuel 1000 à 11000 acres à diviser en lot individuels de 320 acres au maximum. On accorde donc aux concessionnaires la moitié seulement de la superficie maxima (640 acres) qui peut être acquise par les voies ordinaires. En pratique, les lots sont habituellement de 200 acres. Le 31 mars 1900, 733 personnes avaient pris dans ces conditions, soit en toute propriété (ancien système), soit à bail perpétuel (depuis 1892), 130,463 acres.
On ne crée presque plus d'établissements comme les précédents. Le gouvernement, il est vrai, n'a pas abrogé les
gouvomement de Victoria, l'un de M. J. Mac Intyre (1894), l'autre de M. Best, ministre des terres (1899), tous deux chargés par le gouvernement victorien de missions en Nouvelle-Zélande.
mesures qui permettent de les instituer^ mais il applique de préférence une loi nouvelle appelée Improved Farm Seulement Act. Cette loi adonné des facilités plus grandes qu'auparavant aux personnes qui n'ont pas de capitaux et qui désirent s'établir dans la campagne. L'administration leur ofFre — à bail perpétuel seulement — 100 à 200 acres de terrain, suivant la qualité du sol. Elle leur accorde le droit aux avances en argent dont il sera question plus loin. Enfin elle leur fait le* très grand avantage de les engager au service de l'état pour le défrichement, l'ouverture des routes, la construction des édifices publics, enfin tous les travaux destinés à rendre habitable le coin de terre vierge sur lequel on veut les établir. Le nouveau colon est donc assuré de vivre dès les premiers jours de son installation ; s'il utilise ses moments de loisir à améliorer son lot, il pourra subsister avec le produit de sa terre au moment où les travaux publics seront achevés.
On croira sans peine que ce mode d'établissement est très recherché. Pour les Improved Farm Settlements, l'administration reçoit plus de demandes qu'elle n'a de lots. Elle se réserve le droit de classer les postulants en donnant la préférence à ceux qui ont une famille et qui ne possèdent aucune parcelle de terre. Le 31 mars 1900, elle avait créé 46 Improved Farm Settlements couvrant 76 069 acres. Ils étaient occupés par it99Settlers (1 974 personnesen tout). Lestenures étaient de lOOacres en moyenne. 23 674 acres avaient été mises en valeur. Les améliorations étaient estimées à £ 95 394, en y comprenant les avances faites par le gouvernement, qui s'élevaient à £ 64 786. L'administration des terres considère que ce
système vaut mieux que les autres et elle est résolue à rappliquer avec toute l'ampleur possible.
Quand on visite les différents types de colonies de petits propriétaires établies à différentes époques par la Nouvelle- Zélande, on saisit bien vite le véritable esprit des amendements si nombreux apportés aux dispositions primitives. Tout d'abord la Nouvelle-Zélande se propose simplement de fournir aux éleveurs et aux moyens fermiers la maind'œuvre, en établissant à côté d'mix des voisins moins riches. C'est le cas des parties les plus anciennement alloties de la plaine de Ganterbury. Là, en effet, les groupes de petits propriétaires ou de petits tenants sont dispersés méthodiquement parmi les fermes, ou placés à côté des pâturages. Puis, de plus en plus, on s'habitue à considérer le petit cultivateur comme une fin, non comme un moyen. On pense qu'il peut vivre de son bien ; on estime même qu'il vaut mieux qu'il en vive; on le regarde comme un citoyen menant une vie stable, indépendante, saine, une existence souhaitable. En conséquence, on encourage de plus en plus ceux qui n'ont pas de capitaux à
devenir petits cultivateurs, et on met tous les moyens en
« œuvre pour qu'ils soient tentés de prendre possession d'un
lot.
Voici le tableau des lots et domaines de Nouvelle- Zélande, classés par dimensions en 1896-1897 et en 1899-