CHAPITRE III
Si les efforts des gouvernements pour créer une classe de moyens et petits propriétaires réussissent, la population deviendra plus stable, prendra un esprit particulier, et le monde ne tardera pas à connaître une nation australasienne bien caractérisée. Jusqu'à ces dernières années, TAustralasie — comme les autres colonies anglaises — a été pour la métropole un champ d'entreprises et de spéculations dans lequel on se lançait pour gagner de l'argent. Combien de fois j'ai entendu dire par tel ou tel Anglais établi aux antipodes : «Si j'étais riche, je serais en Angleterre », ou encore : « L'Australie n'est bonne que pour /faire fortune. »
L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont donc été des pays 4'affaires, peuplés par deux classes bien différentes : le§ capitalistes qui venaient pour s'enrichir par la spéculation sur les terres, l'élevage des moutons, l'exploitation des mines ; les ouvriers sans travail d'Angleterre amenés par le mécanisme du système Wakefield^ ou attirés par les mines et les travaux publics.
L'histoire contemporaine de l'Australasie, c'est la lutte
(1) Voir page 7.
60 l'action ouvrière
entre ces deux classes pour la possession du sol et pour les conditions du contrat de travail. Ces conflits se mêlent, parce qu'un ouvrier des antipodes n'hésite pas à se faire colon en achetant de la terre s'il en a le moyen, et parce que le sol appartient souvent à de grands propriétaires qui emploient des salariés dont les intérêts sont les mêmes que ceux des villes. Petits fermiers et ouvriers ont, jusqu'à présent, soutenu d'un commun accord les gouvernements hostiles aux capitalistes industriels et fonciers.