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LE PARTI OUVRIER A MELBOURNE

de son espèce à la surface du globe, et il le serait s'il ne lui manquait une chose, d'être achevé. La partie construite ne forme, en effet, qu'une aile du grandiose édifice rêvé par les syndicats de Melbourne et dont le secrétaire montre aux visiteurs le plan et l'élévation encadrés et suspendus au-dessus de son bureau.

Si les syndicats de Melbourne n'ont pu exécuter le projet tout entier, c'est que les circonstances ne se sont pas prêtées à leurs ambitions. Ils avaient cru que le développement de la colonie et de sa capitale continuerait indéfiniment. La crise de 1892 survint, les constructions restèrent inachevées, beaucoup de fabriques et d'ateliers se fermèrent, un grand nombre d'ouvriers durent émigrer pour chercher du travail. Depuis cette épreuve, les syndicats ont diminué de moitié, et ils sont loin aujourd'hui d'avoir réparé leurs pertes.

En outre, les syndicats avaient trop présumé de la faiblesse des patrons. Ceux-ci se coalisèrent et, nous Tavons vu, firent échouer la grande grève maritime de 1890. A Melbourne, comme dans le reste de l'Australasie, les chefs ouvriers se décidèrent alors à entrer dans la lutte politique. Le parti ouvrier de Victoria a été constitué comme les autres par les délégués des Trades Halls et des sociétés politiques réunis en congrès. Lors de mon passage, il comptait dans l'Assemblée législative dix-sept membres, les uns anciens travailleurs manuels, arrivés par les syndicats, les autres avocats, médecins, journalistes, issus des clubs ou des comités électoraux.

La concorde ne régnait pas toujours entre les deux éléments du parti. J'ai assisté aune réunion du Conseil gêné-

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ral des syndicats (rradijs Council) de Melbourne, siégeant au Trades Hall, réunion dans laquelle étaient discutés les rapports entre les organisations ouvrières et les députés qui se réclament du Labour Party. Il s'agissftit de décider si le Trader Council, composé exclusivement d'ouvriers syndiqués, admettrait désormais à ses séances tous les députés dits ouvriers, ou s'il resterait ouvert seulement à ceux qui ont débuté dans la vie comme salariés, qui appartiennent aujourd'hui encore à un syndicat, et qui joignent à leur qualité de représentant du peuple une délégation formelle de leur syndicat. La majorité des délégués présents se prononça contre les simples députés.: « A quoi servent-ils ? s'écriait un des orateurs. Ils touchent leur 7 000 francs par an et c'est tout ! Quand vous leur, demandez de présenter une loi, ils prétendent qu'ils sont là pour les affaires de leurs électeurs, non pour celles des syndicats! Leur groupe s'intitule parti ouvrier ! Allons donc ! C'est un 6?o You please Pm^ty ! » finalement, l'admission a été refusée aux députés qui ne sont pas membres d'un syndicat.

Si-peu cohérent qu'il sait, le parti ouvrier de Victoria a pris beaucoup d'influence à l'Assemblée. Il n'y forme qu'une minorité, mais comme le gouvernement et i'oppo* sition ont à peu près les mêmes forces, le ministère, pour obtenir les voix du Labour Party, lui a accordé la législation ouvrière la plus complète du monde, avec celle de la Nouvelle-Zélande.

La journée de travail a été réduite à huit heures en moyenne et le travail de nuit aboli pour les femmes et les enfants. Leur semaine se termine le samedi à midi et ne

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recommence que le lundi matin. Ces avantages ont été étendus aux employés de magasin. Le Sweaiing System «i été pourchassé par une série de. mesures -successives, inspection des petits ateliers, des ouvriers* ^hioQis,'CO»** trôle du travail à domicile, enfin.le soin 'de fixer un tarif minimum de salaires dans certaines industries a été confiée à des conseils mi-partis de patrons et d'ouvriers i.

L'importance de la législation industrielle en Victoria montre comment une capitale congestionnée et une habile organisation des intérêts ouvriers peuvent avoir une influence considérable sur un parlement et un ministère qui ne sont pas. socialistes.

La ville de Sydney et la colonie de Nouvelle -Galles du Sud; Un parti ouvxieY divisé '.

La Nouvelle-Galles du Sud, la « colonie mère », la plus ancienne et la plus peuplée, a pour capitale Sydney, Tune des deux grandes cités australasiennes, tantôt plus, tantôt moins peuplée que sa rivale Melbourne, suivant les fluc*tuations du commerce, de l'industrie, de l'immigcation. Le territoire de la colonie étant plus étendu et renfermant plus d'habitants que celui de Victoria, Sydney ne domine pas la Nouvelle-Galles autant que Melbourne domine Victoria. Il y a môme quelque antagonisme entre les districts, éloignés et la capitale ; lors du vote de la Fédération, Syd*

(1) Pour le détail de ces mesures, voir p. 114-146.

(2) G. Black (député), Lahor in Polilics, brochure, Sydney. Une collection de brochures et journaux, relative à l'agitation ouvrière, à Sydney depuis 1890, se trouve à la bibliothèque du Ministère du Commerce.

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ney était pour le statu quo, et la plupart des circonscriptions extérieures pour l'union des colonies ; on parlait même de séparation, de nouveaux états, de rattachements possibles à Victoria. Un jou,rnal fédéraliste représentait la Nouvelle-Galles sous la forme d'un pauvre mouton dont Sydney, représenté par un oiseau de proie, se repaissait et s'engraissait. Rien d'étonnant si les partis sont plus instables et plus divisés encore en Nouvelle-Galles que dans le reste de l'Australasie.

Le parti ouvrier a comme bases importantes : Sydney et ses faubourgs ; trois centres houillers dont le plus important est Newcastle, qui produit les 4/5 du charbon ausiralasien et qui possède un port très actif; — plusieurs centres miniers, dont le principal est Broken Ilill (les plus grandes mines d'argent d'Australasie), élevé sur un rocher au milieu d'un affreux désert, près des frontières de Sud-Australie. Enfin les circonscriptions rurales, qui forment la majeure partie du territoire, donnant au parti ouvrier les voix des tondeurs de moutons. La Nouvelle- Galles est, en effet, la première des colonies pour la production de la laine ; elle compte 50 millions de moutons, autant que l'Angleterre et la France tout ensemble.

La colonie est divisée, comme les autres, par la question du libre échange et de la protection ; seule, en Australasie, elle est restée fidèle au libre échange, à part quelques exceptions. Le libre échange est cher surtout à Sydney devenu, grdce à lui, le port le plus fréquenté des mers australes.

La diversité des intérêts en Nouvelle-Galles a créé, entre les partis, des divisions dont le parti ouvrier n'est point

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