LA JOURNÉE DE TRAVAIL ET LA PROTECTION LÉGALE DES OUVRIERS
Les deux colonies où le gouvernement s'est le plus préoccupé de réglementer le contrat de travail sont Victoria et Nouvelle-Zélande. La colonie de Victoria, peuplée tout d'un coup à l'époque des mines d'or, renferme beaucoup d'ouvriers ; les villes y sont beaucoup plus peuplées que les campagnes. Melbourne est la plus forte agglomération urbaine d'Australasie : elle renferme les deux cinquièmes de la population de Victoria : elle en a contenu près de la moitié. La législation ouvrière victorienne sort tout entière de Melbourne.
La Nouvelle-Zélande, au contraire, n'a pas de métropole qui la domine ; mais le nombre de ses fabriques, mines, ouvriers est relativement considérable. Elle est la colonie d'Australasie où les usines et ateliers sont le plus disséminés sur tous les points du territoire. En outre, son gouvernement, depuis 1890, est de tous les gouvernements australasiens le plus favorable aux revendications ouvrières.
Il faut ajouter que Victoria et Nouvelle-Zélande ont depuis longtemps adopté un tarif protectionniste, on pourrait presque dire prohibitif; d'abord établi au profit des
LES HUIT HEURES OBTENUES PAR l' ACTION SYNDICALE 109
entrepreneurs d'industrie, ce tarif est aujourd'hui considéré par les gouvernements et par les ouvriers comme un moyen de sauvegarder et de développer la protection légale des travailleurs, en écartant la concurrence des pays où la législation ouvrière est moins avancée.
Dans les autres colonies, les lois de protection ouvrière sont, pour la plupart, imitées de Victoria ou de Nouvelle- Zélande ^
La journée de huit heures obtenue par raction syndicale.
L'Australasie a réalisé plus qu'aucune autre terre britannique le vœu traditionnel des ouvriers anglais :
Eight Hours to Work, Eight Hours to Play, Eight Hours to Sleep, Eight Shillings a Day.
c'est-à-dire huit heures de travail, huit heures de loisir, huit heures de repos et 8 shillings par jour. Ce dernier huit est dépassé en Nouvelle-Zélande où les salaires tendent vers 10 shillings par jour ; il n'est pas encore atteint dans les colonies agricoles de Sud-Australie, Tasmanie, Queensland. Mais les trois autres huit sont des réalités partout.
(1) Les traductions et analyses de lois données dans les revues spéciales (où l'on trouve d'ailleurs beaucoup d'excellents articles) ne suffisent pas pour une étude complète sur la législation ouvrière.
Voir les textes des différentes lois (Factories and Shops Acts) et des réglementations {Régulations) qui y sont annexées.
Les lois ouvrières de Nouvelle-Zélande sont réunies dans un code spécial, intitulé The New Zealand Labour Laws, Wellington, in-8<».
A consulter les rapports des commissions officielles qui ont fait des enquêtes pour la préparation ou sur l'application des lois ouvrières, par exemple : Queensland Shops Factories and Wot^kshops ; Royal Commission of Inquiry, Brisbane, 1891, in-4°. Victoria Factories Act Inquiry Board, doux rapports, 1893 et 1895 (Voir p. 135).
iiO LA PROTECTION LÉGALE S6S aUVRIKBS
La journée de huit heures pour Fourrier aduUe a été établie et maintenue par accords entre syndicats et patrons, sans Vinteriôention de la loi. Soa histoire est curieuse ^
L'idée de la jouroée de huit heures apparaît dans les syndicats anglais yers 1838, au marnent de la grande agi- J^tion des disciples d'Owen et des chartistes ^, Elle est propagée surtout par les ouvriers du bâtiment. Quelques années plus tard, la fièvre de l'or éclate en Victoria, l'émigration anglaise augmente, beaucoup d'ouvriers arrivent et apportent avec eux l'organisation syndicale, l'idée du suffrage universel, celle de la journée de huit heures qui ont échoué dans la métropole et qui réussiront dans les colonies.
Les conditions étaient, à vrai dire, favorables aux revendications des ouvriers. On défrichait, on construisait partout, et les capitalistes avaient besoin de plus de bras que l'immigration ne leur en offrait. Le travail faisait prime et l'ouvrier pouvait dicter ses conditions. Aussi voit-on les défricheurs et arpenteurs écossais de la Compagnie de colonisation d'Otago (Nouvelle-Zélande) réclamer la journée de huitheures au début même de l'entreprise, en 1848-1849. Le directeur a beau répliquer que « d'après la bonne vieille coutume d^Écosse, dix heures font la journée légale de travail », les ouvriers ont gaio de cause.
A Sydney, un association de maçons a réclamé et obtenu
(1) W. E. Murphy, Uistory of the Eight Rours Movement, Melbourne, 1896, iû-lô.
(2) Sydney et Béatrice Webb, Histoire du Trade-Unioni^me (trmL franc.). Paris, Giard et Brière, 1897, in-8».