LES HUIT HEURES OBTENUES PAR L* ACTION SYNDICALE
Les autres centres industriels fêtent le même anniversaire ; dans certaines villes, les écoles et les édifices publics sont fermés à Toccasion de cet événement. Hors de Victoria, les syndicats célèbrent l'anniversaire de la journée de huit heures à la date où elle a été introduite dans leur colonie. Ces manifestations et réjouissances rappellent la plus remarquable victoire de la tactique exclusivement syndicale, au temps où les ouvriers ne faisaient point de politique. Les gouvernements n*y ont pas contribué. Ils se sont bornés à suivre le mouvement et à prescrire la journée de huit heures dans tous les chantiers et ateliers publics et dans tous les travaux faits pour le compte de Tétat. C'est ainsi qu'ont procédé en Angleterre le Conseil de comté de Londres et ceux des villes progressistes, pour les travaux municipaux.
Le terme consacré de journée de huit heures ne doit pas faire illusion, hn journée est souvent de plus de 8 heures, mais la semaine de l'ouvrier australien ne comprend guère que 48 à 5:2 heures, car il se repose non seulement le septième jour, mais encore la moitié du sixième. L'usage de ne travailler ni le samedi après-midi, ni le dimanche, est général en Australasie comme en Grande-Bretagne. Il a été importé de la métropole : son origine vient du puritanisme protestant; on ne doit rien faire le dimanche, pas même se promener ou s'amuser; il faut donc consacrer le samedi après-midi aux distractions que les Européens du continent se donnent le dimanche; il faut encore l'employer à faire des provisions, parce que tout sera fermé le dimanche. Les ouvriers. adultes chôment donc un jour et demi par semaine, mais ils n'y sont obligés que par les
usages. Aussi consentent-ils aisément à travailler même le dimanche, pourvu qu'on leur paye un salaire plus élevé, habituellement une fois et demie le tarif ordinaire.
D'une manière générale, c'est la coutume qui a établi le repos hebdomadaire du moins en ce qui concerne les ouvriers adultes. La loi n'intervient pour limiter leurs journées que dan^ la dernière mesure de protection ouvrière adoptée par le gouvernement de Victoria (1896). D'après cet acte, le travail à tout âge et pour les deux sexes dans tous les ateliers où l'on fabrique des meubles, et de plus dans toutes les blanchisseries où un Chinois est employé, n'est permis que de 7 heures et demie du matin à 5 heures du soir, et est interdit sans exception du samedi après midi à 2 heures, jusqu'au lundi matin.
Cette mesure ne s'applique donc qu'à deux industries, celles où une enquête de 1893, sur laquelle je reviendrai plus loin, a révélé des exemples scandaleux de Sweàling System. On remarquera, de plus, qu'elle est dirigée contre les Chinois, ouvertement dans le cas des blanchisseries, indirectement dans l'autre, car la plupart des petits ébénistes en boutique et en chambre sont des Chinois. Ces articles de la loi de 1896 sont donc moins un progrès dans le développement de la protection légale qu'un cas particulier de la lutte contre les Chinois, lutte où les ouvriers européens ont l'appui du gouvernement victorien.
Lois pour protéger les femmes et les enfants employés dans l'industrie.
La limitation légale du travail des femmes et des enfants est un des principaux objets des nombreuses lois de pro-