PROTECTION DES FEMMES, DES ENFANTS BANS LES MAGASINS
mum des heures de travail est de 9 1/2 par jour, sauf un seul jour par semaine où il peut être de 11 1/2 (pratiquement le samedi) et de 52 par semaine. Les heures supplémentaires ne doivent pas dépasser 3 par jour et ne peuvent être demandées pendant plus de 52 jours par an.
En Queensland, les dispositions sont à peu près les mômes. Dans ces deux colonies, si le travail d'atelier s'ajoute aux soins de la vente au détail, le total des heures ne doit pas dépasser 8 par jour.
En Sud-Australie, un projet de loi pour fermer les magasins de bonne heure {Early Closing Bill) a été soumis . au parlement et semble avoir pour lui la majorité de l'assemblée élue en 1899. U propose de fermer les magasins à 6 heures du soir pendant 4 jours, à 9 heures un seul jour, et de donner une après-midi de congé par semaine comme en Victoria et Nouvelle-Zélande.
Il faut noter que ces lois ont été adoptées seulement par les villes, bien que plusieurs textes, entre autres le projet sud-australien^ donnent au ministre le droit de les étendre à la campagne. De plus, elles ne s'appliquent pas aux pharmacies, pâtisseries, confiseries, débits de tabac, de journaux, cafés, pensions, hôtels, magasins de poissons, • de fruits, de légumes, ni aux détaillants qui emploient seulement des personnes de leur famille. Telle est la liste * des exceptions, du moins pour Nouvello-Galles et Queensland, car Victoria et Nouvelle-Zélande l'ont sensiblejnent diminuée et menacent de la réduire encore.
Ces deux colonies ont placé sous le contrôle des inspecteurs du travail les bureaux de placement pour servantes. Les domestiques-femmes de Nouvelle-Zélande auraient
voulu être protégées par une loi spéciale ; plusieurs d'entre elles ont envoyé à ce sujet une députation au premier ministre M. Seddon. Celui-ci a reçu et écouté avec bienveillance les déléguées, mais sans leur faire aucune promesse formelle. Il est vrai que la situation des servantes est plus favorable en Australasie que partout ailleurs, sauf peut-être aux États-Unis. Leur nombre ne suffit pas à la demande, parce qu'il n'est pas augmenté par l'immigration depuis la suppression des subventions et passages gratuits (sauf en Queensland), et parce que beaucoup de jeunes filles préfèrent au travail domestique celui de l'atelier ou du magasin, réduit et mieux rémunéré depuis les nouvelles lois. Les servantes obtiennent d'assez bons gages, la libre disposition de leurs loisirs et de leurs soirées, l'après-midi du dimanche. Dans toutes les maisons, le repas du dimanche soir se compose invariablement de viande froide et de thé, car les servantes ou la cuisinière ont congé. En Nouvelle-Zélande, les domestiques ont, souvent, une autre après-midi par semaine. Elles sont parfois traitées comme des personnes de la famille, viennent, leur ouvrage fait, causer au parlour avec leurs maîtres et les amis de leurs maîtres, lire le journal et jouer du piano. On m'a dit à Wellington que le mot serinant qui rappelait la sujétion d'autrefois et l'infériorité sociale, était repoussé par certaines domestiques et changé contre celui de lady help (dame auxiliaire), équivalent au mot officieux de notre Révolution.
L'élévation des gages et les habitudes des domestiques ont obligé un grand nombre d'habitants à prendre des habitudes de vie simples et des mœurs démocratiques.
l'inspection du travail 12^,
On ne trouve presque plus de maison montée à Teuropëenne, sauf chez les gouverneurs et chez quelques personnages des grandes villes.
L'inspection du Travail ^
L'application des lois de protection ouvrière est confiée à des inspecteurs et inspectrices qui relèvent habituellement d'une direction, et, dans certaines colonies, d'un ministère du travail {Labour Department), Ces ministères, tous créés après 1890, sont généralement réunis à d'autres, l'Instruction publique, par exemple, et n'ont pas de titulaire spécial. Outre l'inspection du travail, ils dirigent un service de placement gratuit, dont il sera parlé plus loin dans le chapitre sur le chômage'.
L'inspection du travail a été instituée dans les colonies à la suite des lois récentes de protection ouvrière ; elle ne s'étend, d'ailleurs, qu'aux districts proclamés, c'est-àdire aux circonscriptions urbaines et industrielles formellement désignées^ et elle n'a dans plusieurs colonies qu'un personnel très faible. Sud-Australie n'a que deux inspecteurs et une inspectrice à Adélaïde ; Nouvelle-Galles, deux inspecteurs et une inspectrice à Sydney, un inspecteur à Newcastle; Queensland, un inspecteur et une ins-
(1) Voir les rapports annuels publiés par le service de l'inspection dans les différentes colonies ; South Australia : Reports of Inspector of Factones ; — Victoria : Report of the Chief Inspector of Factories, etc. ; — New South Wates : Report on the Working of the Factories and Shops Ad ; — Queensland, môme titre ; — New Zealand: Report of the Département of Labour {comprenant les rapports des inspecteurs). Tous ces documents se trouvent aux archives de la Direction du Travail du Ministère du commerce.
(2) Voir chapitre vu, p. 182-188.
pectrice à Brisbane, un dans chacun des cinq autres districts. Dans ces colonies, les inspecteurs demandent qu'on augmente leur nombre. Le service et le personnel de l'inspection se développent de plus en plus à mesure que les lois s'ajoutent les unes aux autres.
Sous ce rapport, l'histoire de Victoria est caractéristique. En 1873, la première loi de protection ouvrière est votée dans cette colonie. L'application en est confiée aux municipalités qui l'abandonnent à la police ordinaire, refusent de nommer des inspecteurs spéciaux, et même négligent tout à fait la mission dont elles sont chargées. La loi de 1806 fait de l'inspection un service du gouvernement central et le confie ù un inspecteur en chef et à onze inspecteurs et inspectrices, dont les rapports sont publiés chaque ai;inée.
En Nouvelle-Zélande, le service est sous le contrôle du ministère du travail : il emploie un directeur et âO inspecteurs ou agents locaux, dont les comptes rendus sont publiés chaque année dans le rapport du ministère du travail. Les inspecteurs sont donc plus nombreux en Nouvelle-Zélande qu'ailleurs ; mais il faut remarquer que, dans ce pays, les communications sont difficiles et que le département du travail remplit le rùle d'une agence de placement.
Il faudrait, d'ailleurs, un nombre immense d'inspecteurs pour assurer l'application de la loi. A chaque amendement, l'espace soumis à l'inspection s'élargit. En Victoria, par exemple, les anciennes lois s'appliquaient aux villes seulement : la nouvelle peut être étendue par le gouverneil) Voir chapitre vu, p. 183-184.
l' INSPECTION DU TBAVAIL 127
ment aux circonscriptions rurales. La loi de 1873 s'a^ppliquait seulement aux établissements industriels employant dix personnes. Celle de 1896 s'applique à tous ceux qui emploient quatre personnes (le petit patron inclus), à tous les ébénistes et h toutes les blanchisseries qui emploient un Chinois. On dit plaisamment, h Melbourne, qu'un seul Chinois compte pour une manufacture.
Sont soumis à l'inspection, d'après la loi de Nouvelle- Galles, tous les établissements : 1® qui occupent au moin-s quatre personnes n'appartenant pas à la même famille ; 2** qui emploient des moteurs à vapeur pour fabriquerdca objets ou les emballer pour ïe commerce, quel que soit le nombre des travailleurs, qu'ils appartiennent ou non à la même famille; 3° qui occupent deux Chinois ou plus.
En Sud-Australie, la loi soumet à Tin speetkm les établissements où six personnes au moins travaillent. L'inspecteur demande qu'on descende auKlessous de ce nombre et qu'on soumette à son. contrôle tous les ateliers où sont employés des Chinois, des Afghans ou des Syrien».
En Nouvelle-Zélande, la loi soumet à l'inspection toirtie salle où deux personnes au moins sont employées.-
Le travail à domicile même est contrôlé. En Victoria, Nouvelle-Galles, Queensland, les patrons sont obligés d'inscrire sur un registre les noms, les adresses, les salaires des personnes auxquelles ils confient du travail à em* porter. En Nouvelle-Zélande, tous les objets fabriqués à domicile, en Victoria tous les objets fabriqués par un Chinois doivent porter une marqiie spéciale^ destinée évidemment à prémunir le public contre eux. Les ouvriers de Melbourne se plaignaient, lors de mon passage, que la
marque ne fût pas mise à une place plus apparente. Ces mesures sont destinées à réprimer le Sweating System, dont la principale cause paraissait être le travail à domicile. La législation très nouvelle de Victoria sur ce sujet sera examinée dans le chapitre suivant.
Les nombreuses prescriptions que je viens d*énumérer doivent être observées par les patrons sous peine d'amende, et, sous peine de fermeture de l'usine ou de l'atelier, en cas de récidive habituelle.
Si ces innombrables prescriptions allaient à rencontre des habitudes, tous les inspecteurs et toutes les sanctions du monde auraient peine à les imposer. Mais il ne faut pas oublier que TAustralie et Nouvelle-Zélande sont des colonies éloignées où Varmée de 7^éser\)e des travailleurs en quête d'emploi n'existe guère, où les patrons sont parfois heureux de prendre un ouvrier ou un employé à des conditions que nous jugeons exorbitantes. Les avantages accordés aux travailleurs par la loi étaient donc à peu près établis par l'usage avant que le parlement vînt les consacrer pour toujours. Il les a garantis, il a pu les préciser, les augmenter même ; il ne les a pas créés. Si les inspecteurs de Queensland et de Nouvelle-Galles se plaignent qu'on n'observe pas la loi, surtout dans le commerce au détail, ceux de Victoria, Sud-Australie, Nouvelle-Zélande, se félicitent de rencontrer souvent de « bons patrons » disposés à se conformer aux nouvelles mesures parce qu'elles ne font pas trop violence à leurs habitudes. Ils constatent pourtant beaucoup de contraventions et reconnaissent que la plus grande partie d'entre elles leur échappe.
L'iNSPECTrON DU TRAVAIL 129
Les inspecteurs ne suffiraient donc pas à la besogne s'ils n'étaient secondés par une foule de volontaires. Cette collaboration s'explique par les mœurs démocratiques de ces pays neufs, où chacun exerce sans crainte ses droits de citoyen, n'hésite pas à écrire aux journaux, à faire des réunions, à adresser des pétitions au ministre. Il faut ajouter que les journaux locaux sont extrêmement nombreux, prêts à recueillir toutes les informations possibles, et qu'il est ainsi très facile de donner de la publicité à un grief fondé ou non. Les inspecteurs n'opèrent donc pas au milieu d'un public indifférent et habitué à se laisser gouverner, mais parmi des gens qui prennent parti et considèrent comme leur devoir d'intervenir dans un sens ou dans l'autre. C'est le cas à Melbourne surtout.
Melbourne, depuis les lois de 1890 et 1896, fourmille d'associations spontanées dont l'objet est de protéger les ouvriers. Contre le Sweating System, s'est formé VAntisweating League présidée par un pasteur et composée d'hommes politiques, de secrétaires de syndicats, de philanthropes. Elle se réunit chaque semaine, recueille les plaintes qui lui sont adressées, essaye de les contrôler, si le patron incriminé s'y prête, et les transmet aux inspecteurs des manufactures.
De même, un Comité des mesures contre le chômage, formé d'éléments analogues, a été élu par les ouvriers sans travail, convoqués en meeting par des agitateurs pleins d'excellentes intentions. Ce Comité s'est fait donner un local dans un ministère et il a réussi à obtenir tous les pouvoirs d'une commission officielle d'enquête, notamment le droit d'obliger les témoins à comparaître devant lui.
MÉTIN. 9
On* trouve là une collaboration bénévole du public avec les services administratifs mais elle n*est possible qu'avec l'organisation démocratique et l'absence de traditions de l'Australasie.
Les collaborateurs les plus assidus de l'inspection sont naturellement les syndicats ouvriers auxquels l'opinion austraiasienne est parfaitement accoutumée et qu'elle considère absolument comme elle considérerait une assemblée politique ou une administration.
En Nouvelle-Zélande et en Victoria, la collaboration des syndicats n'a pas été abandonnée à la bonne volonté. Eile a reçu un commencement d'organisation par l'instikution des Spécial Boards ou Wages Boards (Conseils des salaires) à Melbourne et de l'arbitrage obligatoire en Nouvelle-Zélande qui ferontl'objet desdeuxchapitr.es suivants.
La question des heures supplémentaires.
Les femmes et les enfants ne peuvent, on Ta vu, faire qu'un nombre limité d'heures supplémentaires ; mais aucune restriction de ce genre n'a été imposée auxouvriers adultes, sauf les cas particuliers de Tébénisterie et de la blanchisserie en Victoria.
Une idée assez répandue parmi les ouvriers syndiqués en Australasie, c'est qu'il faut réduire les heures de travail des femmes et des enfants, mais laisser aux hommes le droit de faire des heures supplémentaires, payées plus cher que les autres. J'ai entendu bien des fois les ouvriers de diverses calonies se réjouir de travailler la nuit ou le le dimanche, parce que ce travail leur était payé plus de 4 fr. 25 l'heure.
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LA. QUBStlON DES HBURE8 SlTPPtéMÏNT AIRES 131
Les inspecteurs du travail ont un point de vue différent. On le trouvera indiqué non point dogmatiquement, mais par une série de réflexions, de remarques incidentes, dans les remarquables rapports de l'inspecteur en chef des manuÉactures à Melbourne. Ce personnage, et beaucoup de réformateurs européens avec lui, pensent que les lois de protection ouvrière sont faites* dans l'intérêt de la nation et non dans celui d'un groupe particulier. Or l'intérêt de la nation est que les ouvriers aient le plus de repos et de loisirs possible.
L'expérience des trade unions d'Angleterre prouve que les heures supplémentaires consenties par quelques-uns s'imposent bientôt à tous les ouvriers : ceux qui refusent seront obligés d'abandonner leur travail d'une manière ou de l'autre. En effet, le patron tend à considérer comme normale la journée augmentée des heures supplémentaires habituelles; il tend à en ramener le salaire à l'ancien tarif mais sans réduire la durée du travail. Ainsi l'usage trop. fréquent des heures supplémentaires amène à la longue une réduction des salaires ^ La conclusion qui s'impose, c'est que les ouvriers adultes devraient, dans leur propre intérêt, laisser réglementer leurs heures de travail. L'inspecteur cité considère comme un pas dans ce sens l'institution des Spécial Boards; ils ont, en effet, tellement élevé le prix de l'heure supplémentaire, que les patrons regardent à l'employer. De même la loi de 1896, qui obligeait à payer plus cher les heures supplémentaires des femmes et des enfants, en a fait réduire le nombre.
(1) Voir l'analyse do Sydney et Béatrice Webb, Industrial Démoa^aoy, Londres 4898, t. I, p. 330-351.
Les résultats.
La réglementation du travail des hommes est à peu près exclusivement coutumière, obtenue par arrangements entre syndicats et patrons dont les premiers remontent à un demi-siècle.
Les heures de travail des enfants et des femmes sont, au contraire, déterminées strictement par des lois récentes imposées par l'action politique des partis ouvriers.
Si Ton considère TefTet produit sur le public, on constate que ropposition a d'abord été très forte. Elle continue sur la question de l'inspection que les patrons trouvent tracassière, surtout en Nouvelle-Zélande ; sur l'intervention des Spécial Boards et surtout des Conseils de conciliation néo-zélandais. Elle a cessé à peu près contre la réglementation de la journée de travail. Je n'ai trouvé en Australasie personne qui fut contre la journée de huit à neuf heures ; chacun donnait pour expliquer cette opinion la même raison, savoir : que l'intensité du travail est plus grande avec la journée courte.
Le principe de la journée courte (inférieure ù dix heures) est universellement admis en Australasie pour les ouvriers, il est encore contesté pour ce qui concerne les employés de magasin.
Enfin Victoria et Nouvelle-Zélande, les deux colonies qui ont le plus réduit les heures de travail, ont été amenées pour que l'application de leurs lois ne nuisît pas aux ouvriers, à établir le minimum de salaire ; cette innovation n'est point d'ailleurs la conséquence d'une mesure générale, mais se fait peu à peu par les décisions particu-