CHAPITRE VII
LA QUESTION DU CHOMAGE. — LES CONCESSIONS DE TERRES PUBLIQUES AUX OUVRIERS
A la suite d'une crise financière en 1892-1893, les constructions, le commerce, l'exploitation des mines et du sol se ralentirent brusquement ; le coup fut très sensible car il frappait TAustralasie dans une période d'activité fébrile et factice où l'on avait eu trop de confiance dans l'avenir, où l'on avait lancé trop d'entreprises nouvelles. Le travail s'arrêta partout et une foule d'ouvriers se trouvèrent sans emploi. Ces Unemployed firent des manifestations dans les rues des grandes villes, cherchèrent à émouvoir l'opinion et s'imposèrent à l'attention des pouvoirs publics.
Que pouvaient faire les gouvernements? Ils ont d'importants services qui occupent un grand nombre de personnes. Mais, juste au moment de la crise, les différents ministères se voyaient obligés de diminuer leurs dépenses, parce que les dettes publiques étaient devenues trop lourdes et que le déficit s'augmentait dans tous les budgets. Plus de construction de chemins de fer, de routes, de ponts, juste au moment où il aurait fallu ouvrir de grands chantiers aux ouvriers laissés sans travail par la ruine des particuliers. Dans ces circonstances critiques, les gouvernements firent
preuve des meilleures dispositions. Ils reprirent, malgré la pénurie fmancière, des travaux publics qu'ils avaient ajournés par économie et les firent exécuter par les Unemployed. Ces travaux de secours {Relief Wo7*ks) duraient encore à Melbourne, à Sydney lors de mon passage. Ils avaient l'inconvénient de coûter très cher et de n'employer qu'une petite proportion des bras vacants. Aussi les gouvernements les ont-ils envisagés comme des expédients temporaires.
Pour résoudre définitivement la question du chômage, ils ont essayé d'autres moyens. Ils ont développé le système du placement gratuit par l'état ; la Nouvelle-Zélande a institué dans les chantiers de l'état un système de « coopération » ou plutôt de commandite ; ces méthodes feront l'objet de la première partie de ce chapitre. Dans une seconde partie j'étudierai des procédés applicables seulement dans les pays neufs qui ont beaucoup de terres à concéder; ce sont les divers essais pour établir les sans-travail dans la campagne, solution la plus originale et la plus intéressante. Enfin je terminerai par une étude des concessions de petits lots de terrains aux ouvriers. Cette question est, au fond, celle des logements ouvriers, mais on verra qu'elle n'est pas sans rapports avec la question du chômage.
PREMIÈRE PARTIE. — LE DROIT AU TRAVAIL Le placement gratuit par l'État (Labour Bureau).
Plusieurs gouvernements ont eu l'idée d'adjoindre à leur Labour Depai^tment {direction ou ministère du travail) un