LES OUVRIERS E^ COMMANDITE DANS LES TRAVAUX PUBLICS
travail s'accomplit le plus souvent ; il fournit encore le gros matériel, rails, wagons, grues, etc., en faisant sur les salaires une déduction correspondant à la valeur de ses avances ; enfin il vend les explosifs et fournit les matériaux nécessaires, si les ouvriers le désirent.
Chaque mois l'ouvrage fait est estimé d'un commun accord entre les délégués et les ingénieurs ; la valeur du travail accompli est versée ensuite à chaque équipe et partagée entre les membres.
Ce système est très favorable aux ouvriers; il doit en effet leur assurer un salaire plus élevé qu'à l'ordinaire, puisque l'état veut qu'on leur attribue une partie du pro fit qu'aurait fait l'entrepreneur.
Mais l'avantage principal du système, d'après ses partisans, serait d'augmeîiter les chances d'emploi pour les ouvriers âgés ou maladroits ; la situation de ces derniers est en effet particulièrement inquiétante dans Jes pays où les salaires sont élevés et la journée de travail plus courte, car les patrons ne veulent plus employer que des travailleurs vigoureux et expéditifs K Que deviennent les autres? Leur sort est assuré par le Coopérative System, affirmet-on. En effet, les équipes se formeraient par sympathie ; les ouvriers se feraient un cas de conscience d'exclure un maladroit ou un vieillard sans faute grave de sa part. Us peuvent d'ailleurs ne pas manquer à la solidarité sans mettre en péril leurs intérêts, car ils exercent l'un sur l'autre un contrôle mutuel ; dans le travail en commun, chacun se rend exactement compte de ce que fait le voisin et peut sans hésiter, évaluer sa part de rémunération.
(i) Voir chaupitre v, notamment p. 44i*, 144 et 146
Telle est Fargumentation des optimistes ; on a tout fait pour qu'elle fût justifiée. Ainsi les équipes ne sont plus que de six à douze hommes, afin que leurs membres se connaissent bien et que la solidarité puisse naître entre eux. La distribution du salaire et des profits communs est laissée à l'appréciation de l'équipe. Il paraît qu'on est arrivé par ces moyens à de bons résultats. On m'a montré, dans un chantier pour la construction d'une voie ferrée, des équipes d'ouvriers vigoureux qui avaient accepté, recherché même la collaboration de travailleurs plus faibles ou plus âgés qu'eux, mais aussi plus expérimentés dans le défrichement, le maniement des explosifs, la pose des rails.
Toutefois les cas de ce genre sont trop peu nombreux pour qu'on puisse affirmer que la situation de l'ouvrier inférieur, si menacée par l'application des nouvelles lois, sera partout assurée grâce à l'application du Coopérative System,
Avoir amélioré la situation des ouvriers serait pour l'état néo-zélandais un juste sujet d'orgueil, s'il y réussissait sans demander trop de sacrifices aux contribuables. Or les auteurs du système prétendent que, loin d'être plus coûteux, il est plus économique.
En effet disent-ils, les ouvriers ont plus de cœur à l'ouvrage et travaillent mieux. Ils ne fournissent pas les matériaux comme les entrepreneurs, mais les reçoivent de l'état, qui s'assure de leur qualité lorsqu'il les achète. Le cpntrôle de l'état sur le chantier est aussi plus direct, car il a le droit de suspendre les travaux après un avertissement de huit jours, de dimi-
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nuer ou d'augmenter le nombre d'ouvriers. Enfin l'état a le droit de réduire la somme à payer si le travail est plus facile que le devis ne le prévoyait. Mais dans un pareil cas, les ouvriers réclameront-ils h leur détriment, et l'état osera-t-il leur imposer une réduction ? Pour établir que le Coopérative System ^eut être plus économique, le rapport officiel cite un exemple unique, et ce n'est pas une réduction de prix; il s'agit seulement d'une fourniture de ballast que l'état devait faire venir h grands frais ; on découvrit par hasard sur la ligne en construction un gisement de roches volcaniques qui furent utilisées comme ballast h un prix moindre que ceux du devis. Le cas est exceptionnel. Beaucoup plus souvent il arrivera que les équipes trouveront le travail trop mal payé, réclameront un sup- 'plémcnt, et que l'état cédera.
Le travail « coopératif » pourrait donc bien coûter un peu plus cher ^ l'état que l'autre. C'est du moins l'opinion d3 toutes les personnes à qui j'ai demandé leur avis, sauf les fonctionnaires et les ouvriers. On se plaint surtout que la crainte de perdre des électeurs entraîne le gouvernement à trop de sacrifices. « Il y a, me disait-on, un argument irrésistible. Quand une équipe est accusée de paresse et menacée par l'ingénieur, le chef dit : « C'est bien, je vais « écrire à Seddon, et cela met fin aux reproches. » Je ne saurais bien entendu, donner cette boutade pour une raison, trouvant assez naturel que dans un pays démocratique les ouvriers de l'état demandent que celui-ci soit un patron modèle. J'ai voulu seulement exposer les arguments de part et d'autre ; je ne me hasarderai pas à tirer une conclusion de cette expérience intéressante, mais trop récente MÉriN. 13
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et faîte sur ime échelle trop petite eneore ponic qu'on puisse Tapprëcier justement.
Ce système appelé trop ambitieusexnemt ce coopératif »>. est à peu près la commandite ; il est conora un peu partout et a été appliqué par d'autres gouvernâaa&eiijts australasiens^ par exemple en Victoria, sou» Le nom de buUy gang. La nouveauté est moins da»ns le système cpie dans les disposi*tions du gouvernement de la Nouvelle^lande, exceptio^nr neliement favorable aux ouvriers.