DEUXIÈME PARTIE. — LES COLONIES OUVRIÈRES
Le meilleur remède contre le chômage ne conststerait-il pas à établir comme petits propriétaires dans la campagne les sans-travail qui désirent vraiment travailler? Voilà ce ' qu'ont pensé plusieurs ministres justement inquiets devaait la proportion anormale de L'élément urbain. La trace* da leurs préoccupations apparaît dans toute une série de lois nouvelles qui ont institué des colonies ouvrières de différents types.
Les villages coopératifs de Sud- Australie.
La plus intéressante de ces expériences est celle des Village Seitlements ou Village ComimmtHes de Sud-Australie *. Elle a été tentée (1894) en pleine crise de chômage,
(1) South Auslralia. Report of the Select Committee on Village Seitlements and Réduction of Rente Amendment Bill, Adélaïde, 1895» in-4«. C'est le rapport de la première commission d'enquête ; il est défavorable à l'expérience. M. Pierre Leroy-Beaulieu s'en est inspiré dans son livre les Nouvelles Sociétés anglo-saxonnes, hostile à l'intervention de l'état.
Une nouvelle commission & été ormée et a rédigé un rapport qui
YILUUîBSl COQPSRiLTIFS DE SUD-AUSTItA.Lm 1^3
pour établir dans un district désert une partie des onvriers s€uis travail. Les unemployed étaient nombreux à Adélaïda. et Port-Adélaïde; ils tenaient des meetings, manifestaient dans les rues., envoyaient des délégations aux: pouvoirs publics. Or l'état venait de dépenser près de 550 060 fraoesi en travaux peu utilfâ destinés à venir en aide auxouvrierSi Il ne pouvait continuer dans cette voie. Aussi fit-il bon, accueil à la proposition du Trades Hall qui lui demandait. d*aider les ouvriers à s'établir dans les districts vierges de la colonie. Voici en quoi consistait le projet :
Le ministère des terres avait fait adopter, en 1893, une loi pour favoriser les groupes de petits cultivateurs.*. Cette loi mettait des terres à la disposition, de touta association comprenant au moins 20 personnes, âgées de d&'ans et plus, qui voudrait fonder un village. Les concessions étaient de 160 acres par tête au maximum. Les col^ms devaient avoir cluicun 1 250 francs de capital au moinst: L^ ministère pouvait leur faire des avances jusqu'à ce même chiffre, mais sans jamais dépasser la moitié de la valeur des améliorations faites au soL
Les améliorations devaient s'élever à 3 fr. 5tO par aère et par an pendant dix années consécutives . Les villageais. devaient payer de plus un fermage annuel de fr. 25 par.
a dû paraître, mais qui ne m'était point parventt au moment de mettre sous presse,
M. Louis Vigouroux, qui a visité les villages en même temps que la deuxième commission d'enquête, a traité le sujet à fond dans ler Bulletin du Musée social, mars 1900. J'y renvoie ceux- qui désireraient plus de détails,. Michaël Davitt, Life and Progress in Australasia, pages 73 et suivantes, a donné un intéressant récit de sa visite aux villages entre les époques fies deux commissions,
(1) On a vu plu&h&ut (ch. ii) qoels encovragemeods ont été donnés récemment, dans plusieurs colonies, à la petite culture.
acre. Enfin les avances faites par le ministère étaient remboursables dans le délai de dix ans, avec intérêt de 6 p. 100, à partir de la troisième année.
Les habitants d'un village formaient une association autonome, faisant ses propres statuts : mais ils étaient responsables solidairement du remboursement des avances ; tant qu'ils n'étaient pas libérés, ils devaient constituer une sorte de société coopérative indissoluble. Les dettes payées, la société pouvait être dissoute, le terrain partagé entre ses membres, dont chacun recevrait de l'état un titre de bail pour 999 ans.
Un seul village s'est fondé exactement dans les conditions imposées par la loi. C'est celui de Murtho, organisé le 19 juillet 1894, par 27 personnes qui voulaient appliquer les principes de Henry George.
Plusieurs autres ont été créés, de février 1894 à janvier 1895, par des groupes d'ouvriers sans travail, auxquels le gouvernement avait accordé certaines faveurs spéciales, le transport gratuit par voie ferrée et une première avance de 5 000 francs au total. Dans le nombre, six villages ont été peuplés par des ouvriers choisis par le gouvernement sur la liste des volontaires qui s'étaient présentés en assez grand nombre; trois l'ont été par des groupes d'ouvriers de Port-Adélaïde qui s'étaient entendus avant de partir et auxquels le Trades Hall avait fait quelques avances.
Murtho et les neufs autres villages * ont été fondés sur les bords du Murray moyen, et en plein bush, parmi les
(1) Deux viHages ont été fondés dans d'autres régions ; je me borne aies citer, car leur existence a été très courte.
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