COLONIES OUVRIÈUES DE VICTORIA
plus haut; 2*^ une ferme expérimentale pour le Gippsland méridional, destine'e à montrer aux nouveaux colons le parti qu'on peut tirer du sol ; 3° un établissement se suffisant à lui-même par la vente de ses produits. C'est au premier point de vue surtout que j'ai étudié la colonie.
On y arrive de Melbourne après avoir parcouru 80 milles sur une voie ferrée destinée à faciliter l'établissement des colons et l'exploitation d'un bassin houiller récemment découvert. A peu de distance de Melbourne commencent les collines et les forêts. Un grand incendie a détruit les arbres sur plusieurs dizaines de kilomètres le long de la voie; il ne reste plus que des troncs noircis et des fragments rougedtres de fougères. Sur plusieurs points, ce sont les colons qui ont, suivant l'usage australien, tué les eucalyptus en tranchant leur écorce en rond. Les feuilles sont tombées, les branches se dressent nues et la forêt dépouillée évoque l'idée triste d'un hiver perpétuel.
Quelques maisons de bois autour d'une gare, un débithôtel, un bazar-épicerie {gênerai store), un maréchal ferrant, une chapelle, une beurrerie indiquent le centre de Leongatha : les fermiers habitent plus loin dans les clairières taillées en pleine forêt; là ils élèvent des vaches dont ils apportent le lait à la beurrerie. Tout le long de la voie, on remarque quelques pauvres Village Communities dont les concessionnaires sont destinés à se placer chez les fermiers comme laboureurs, valets de ferme, laitiers. La main-d'œuvre inférieure, pour les travaux tout à fait pénibles et grossiers tels que le défrichement, devait être fournie par les manœuvres que forme la colonie, située tout près de la gare. Nous y allons et nous trouvons
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lespensioitnairesoccupés aux travaux qu'on veut leur enseigner : les uns comptent: en rond Técorce des arbres pour les faire périr; le& autre» arrachent les troncs déjà morts av^e un levier {fore9i devil) imaginé par M. Goldstein ; d'autres défrichent les taillis ; on trouve,, paraît-il, dans le Imsh (la forêt), quantitéd'énormes serpents dont la morsure est très venimeuse, mais aucun accident mortel ne s'est produit léSL marche des travaux est celle que le ministre de l'agriculture recommande aux colons, c'est-à-dire : d'abord tuer les arbres^ mais laisser les troncs debout, détruire seulement les taillis et les fougères, semer du gazon, y mettre des vaches à lait ; puis quand cette exploitation a produit des bénéfices suffisants, arracher les troncs, ce qui nécessite une assez forte dépense, défoncer le sol, labourer et semer du fourrage, des légumesou des céréales. 386 acres de terrain ont été transformés en pâturage, sous les arbres morts, mais restés debout; lôS ont été complètement débarrassés et mis en culture. Tous les travaux proprement agricoles sont confiés à des ouvriers indépendants payés au tarif ordinaire. C'est le domaine de la ferme expérimentale, ce n'est plus l'affaire delà colonie ouvrière. La besogne des simples colons s'arrête au défonçage. Quand le terrain qu'ils ont préparé est propre à la culture, ils le livrent au personnel de la ferme expérimentale et retournent aux parties couvertes de busk, à la forêt. On les emploie encore à faire des canaux de drainage, car le sol est imperméable, le climat pluvieux, les ruisseaux nombreux, à construire des routes, à élever et à entretenir des palissades, à mouler des briques, et aux travaux de charpente et de bâtisse les plus élémentaires.
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L'ouvrage ae manque pas, earréla!bM99€!Bi<ent possède des bureaux, desétables à vaohea> une crémerie et beurrcrie, une ëtable à porcs nourri» ar^e le petit lait et les résfdusy des greniers, des dortoir». léi encore, tes travauXi qui demandent du soin, tels que la charpente, la menuiserie, les manipulations de la laiterie, etc., sont donnés à des ouvriers ordinaiceseinon aux colons. Cettx-ei en somme ne font qixe les besognes préparatoires et serrent un peu par* tout d'auxiliaires ou de manceui^res.
Ces colons viennent presque tous de la capitale; pour être admis, ils s'adressent au bureau de la Labour Coiony à Melbourne; le bureau leur fait avoir une passe kir le^ chemin de fer qui appartient à. l'état. Deux soM arrivés ainsi pendant ma visite. Dans la colonie, ils dx)ivent accepter le règlement et faire ce qu'on leur ordonne, mais avec le droit de s'en aller s'ils le jugent à propos. I^ul ne peut être retenu malgré sa volonté. La valeur du travail produit par chacun d'eux doit s'élever au moin» à 3 shillings 10 pences 1/2 (un peu moins de 8 francs) par semaine. S'ils n'arrivent pas à ce minimum. Os sont avertis trois semaines de suite, puis renvoyés. S^ils produisent davanvantage, le surplus est porté à leur compte et forme une masse qui leur sera remise à leur départ : durant leur séjour à la colonie ils ne touchent jamais d^argent, mais ils peuvent se procurer jusqu'à coneurrenee de la somme portée à leur actif, les objet» que renferme un magasin appartenant à la colonie (vêtements, chaussure», tabac^ approvisionnements). L'administration ne vend au<5une boisson alcoolique et ne tolère pas qu'on en vende.
En échange d'un minimum de travail, la colonie donne
à Touvrier le strict nécessaire. L'abri se compose de dortoirs en planches recouverts de tôle ondulée où les couchettes sont des cadres de bois superposés comme dans les postes de matelots : elle fournit des couvertures; les ouvriers peuvent acheter le reste si leur crédit le leur permet. La colonie fournit encore trois repas composés de pain et soupe ou plat d'orge le matin, pain, légumes bouillis et viande à 1 heure, pain, légumes et hachis le soir. La ration de viande est au moins le double de celle du soldat français ; il est vrai que la viande est quatre fois moins chère en Australie qu'en France ; la colonie fournit également du thé, la boisson australienne par excellence. J'ai pris part à l'un des repas du midi et j'ai constaté que les portions y étaient larges.
Pendant ma visite j'ai causé avec quelques-uns des pensionnaires. Presque tous sont d'origine anglaise et viennent de Melbourne ou de quelques autres villes : ce sont des travailleurs urbains qui se résignent au défrichement comme pis-aller ; tous semblent avoir été longtemps éprouvés par une misère profonde et semblent disposés à travailler pour vivre, bien qu'ils soient évidemment découragés par le malheur. Quelques-uns sont mariés, fort peu cependant, car le règlement de la colonie n'admet sous aucun prétexte les femmes ni les enfants ; il faut donc qu'un homme marié abandonne sa famille h la charité publique s'il veut entrer dans la colonie. Peu de jeunes gens parmi eux ; personne ne commence par la colonie ouvrière. Pas de vieillards non plus, car il faut avoir gardé quelque vigueur pour accepter cette forme d'assistance par le travail.