COLONIE OUVRIÈRE DE LEONGATHA (VICTORIA
Le nombre des colons semble augmenter légèrement d'année en année. De 1897 à 1898 on a compté 110 présences en moyenne; il y eut en tout, dans le cours de la même période, 611 admissions, 200 colons placés chez les fermiers, 315 partis pour chercher de l'ouvrage, 50 renvoyés.
Des trois buts que s'est proposé M. Goldstein, deux semblent avoir été atteints : 1* on a transformé un certain nombre d'ouvriers non qualifiés en défricheurs. Ce résultat conforme aux vues des fondateurs, ne satisfait pas tous les victoriens. Des villagers, de petits fermiers s'en sont même plaints vivement devant moi : « Que ferons-nous, que feront nos enfants, disaient-ils, si la colonie augmente le nombre de travailleurs des champs et fait baisser les salaires? »
2*^ On a fait une belle ferme expérimentale pour un district mi-pastoral, mi-agricole ; mais ce point touche à peine mon sujet.
Quant au troisième point, savoir si l'établissement peut faire ses frais, il n'est pas encore acquis. Lors de mon passage, les colons coûtaient en moyenne 7 shillings 6 pences (plus de 10 fr. 50) par semaine, c'est-à-dire le double de prix prévu ; ce mécompte était dû à l'augmentation du prix de la farine et de la viande : en outre lat ferme expérimentale avait perdu plusieurs animaux et avait fait une mauvaise récolte de racines fourragères. Enfin le sous-directeur était brouillé avec le directeur. Dans ces conditions Leongatha se trouvait en déficit. Mais le colonel Goldstein ne perdait pas l'espoir. D'après lui le territoire serait bientôt défriché et mis en valeur; alors MKTrx. 14
on le vendrait à bénéfice, on paierait Farriéré, et on irait faire une nouvelle entreprise dans un pays vierge.
L'entreprise serait donc une institution mobile destinée à occuper les sans-travail des villes et affaire d'eux les pionniers de la colonisation rurale. Ce projet est fort intéressant, mais il se heurte à une grave objection : le manque de fonds. Or si la colonie ne peut faire ses frais, le gouvernement victorien n'est guère en état de l'aider, car il a un budget fort chargé : on a vu plus haut qu'il avait presque supprimé les avances accordées par la loi de 1893 aux concessionnaires des villages : et pourtant ses membres ont le plus sincère désir de résoudre le problème du chômage, et de contribuer à l'accroissement de la popula^ tion rurale.
Une entreprise qui a certains rapports avec la colonie de Leongatha a été fondée, près de Melbourne, par l'Armée du Salut. Il faut savoir que, dans plusieurs colonies, notamment en Victoria, l'Armée du Salut a pour ainsi dire l'entreprise de l'assistance publique, et se fait accorder à ce titre une subvention de l'état,
Elntre autres institutions, l'Armée du Salut a fondé une ferme expérimentale; elle n'y reçoit que les enfants abandonnés ; elle forme non seulement des manœuvres, comme Leongatha, mais de véritables cultivateurs. Cette ferme, que j'ai visitée, est digne d'être comparée aux belles fermes-écoles qu'ont fondées plusieurs états d'Australasie. Je me borne à indiquer l'existence de cette fondation charitable, car elle sort de mon sujet.
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Fermes ouvrières de Nouvelle-Zélande et de Nouvelle-Ga^es.
. La Nouvelle-Zélande, où toute expérience nouvelle trouve un terrain favorable, a organisé en 1894, une ferme d'état {State Farm), à Levin au nord de Wellington. L'établissement est destiné à recevoir des ouvriers sans travail. Le terrain choisi (800 acres) était, comme à Leongatha, couvert de forêts ; comme à Leongatha, il s'agissait de défricher, puis de commencer par Télevage avant de passer à la culture. Mais le système était fondé sur des principes beaucoup plus libéraux que ceux de la colonie victorienne. A Levin, en effet, on devait apprendre aux colons tout l'art de la culture pour les mettre à même de devenir petits fermiers ; de plus, on pouvait les accepter avec femmes et enfants. Enfin ils travaillaient au même prix que les ouvriers ordinaires, suivant le système de la coopération ou de la commandite qui a été expliqué dans la première partie de ce chapitre. Dans ces conditions, la ferme aurait pu coûter très cher ; mais le ministère du travail, de qui dépend cette institution, ne lui a pas donné une extension considérable. La ferme, en effet, n'emploie guère qu'une vingtaine de personnes à la fois sous la direction d'un agriculteur expert. D'avril 1899 à mars 1900, elle avait occupé un nombre de travailleurs variant de 14 à 24 dont 9 à 10 en moyenne étaient accompagnés de leurs familles.
La Nouvelle-Galles a créé i^écemment une ferme ouvrière (Casual Labour Farm) qui n'est pas sans ressemblance
avec celle de Nouvelle-Zélande. Cet établissement situé à 30 milles de Sydney est la suite d'une colonie coopérative qui s'est dissoute après avoir élevé quelques bâtiments et commencé la plantation d'un verger. Le terrain resté en grande partie sous la forêt primitive, a été confié vers la fin de 1896 au ministère du travail qui a essayé d'en faire une ferme ouvrière.
On se proposait de « donner aux sans-travail un refuge qui n'aurait pas les inconvénients d'un dépôt de mendicité, qui permettrait à ceux qui ont conservé leur vigueur de se remettre et de former par le travail et l'économie un capital qui leur donnerait le moyen de faire face aux difficultés de la vie. On leur offrait des conditions favorables à la santé, mais trop peu attractives pour les détourner du travail *» .
Les ouvriers envoyés à la ferme doivent être choisis par le ministère du travail ; ils ne peuvent prolonger leur résidence au delà d'un certain temps ; ils sont logés, nourris avec interdiction de se procurer des boissons alcooliques ; leurs salaires sont portés à leur actif, et lorsque leur compte dépasse un maximum, ils doivent quitter la ferme.
Les travaux ne consistent pas seulement en défrichement comme à Leongatha, mais les pensionnaires doivent apprendre l'agriculture sous la direction d'une personne compétente. La première expérience commençait lors de mon séjour. Une vingtaine d'hommes avaient été envoyés h la ferme vers la fin de 1898.
Je crois que cette ferme et celle de Nouvelle-Zélande resteront modestes; du reste les ministères du travail des
(I) Note manucrile du Ministère du travail, Sydney.
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deux colonies considèrent ces entreprises comme des essais qui pourraient n'être pas continués.