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CHAPITRE IX

Le paradis des ouvriers.

En Australie et en Nouvelle-Zélande, la législation ouvrière est d'origine récente, au moins €Ous sa forme radicale. Avant 1890, en effet, les lois de protection ouvrière adoptées dans ces pays sont Técho des lois anglaises enrôla même matière (personnalité civile accordée aux trade unions, limitation de la journée de travail des femmes et des enfants, inspection des manufactures). Depuis 1S90, les lois de protection ouvrière deviennent plus nombreuses, plus radicales et, sur beaucoup de points, devancent les projets les plus avancés des parlements européens ; on institue, par exemple, dans toutes les colonies, les journées courtes en faveur des employés de magasin, en Nouvelle-Zélande, l'arbitrage obligatoire, en Victoria, le minimfum de salaire. Dès lors TAustralasie et plus particulièrement la Nouvelle-Zélande et Melbourne commencent à être surnommés, non sans qnielque ^ircHftie, « le paradis des ouvriers ».

C'est le terme d'une évolution qui commence vers le milieu du siècle, lors de la formidable inunaigration qui suivit la découverte de l'or. Les ouvriers arrivent alors en foule, importent d'Angleterre l'habitude de la coalition et

s*en servent contre les patrons. Dès 1856, la trade union du bâtiment à Melbourne gagne la journée de huit heures et pendant longtemps les syndicats obtiennent tout ce qu'ils veulent par une série de marchandages et de contrats particuliers avecjes patrons; ils négligent alors la politique et ne croient qu'à l'action corporative ; mais, contre les unions ouvrières, les patrons s'unissent à leur tour, et les associations capitalistes remportent en 1890 une victoire significative après l'échec d'une grève presque générale. Alors les leaders ouvriers changent de tactique, forment des partis politiques, sont élus facilement, grâce au suffrage universel et arrivent à faire, dans presque tous les parlements, la balance entre les deux partis qui s'étaient jusque-là disputé le pouvoir. Nulle part ils ne gouvernent, rarement leurs membres acceptent un portefeuille ; ainsi Ton considère comme un événement l'entrée récente du leader ouvrier dans le ministère victorien. Mais, sans tenir le pouvoir, les partis ouvriers empêchent qu'on l'exerce contre eux ou sans eux, sauf dans la colonie toute neuve et à peine peuplée d'Ouest-Australie, dans la petite Tasmanie et dans une seule colonie importante, Queensland.. Les gouvernements dépendent donc dans une certaine mesure du parti ouvrier, mais ils ne sont pas le parti ouvrier. Quand ils présentent une loi sur la journée de travail, sur l'inspection des manufactures, ils cèdent presque toujours à leur majorité. Dans les pays où le ministère n'a pas opposé un résistance systématique au Labour Party, les lois ouvrières ont fini par former un code bien ordonné et complet, mais elles ont été présentées par morceaux, suivant les circonstances.

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