LA CONSCIENCE OUVRIÈRE
•nombre dôs enfants comme un acte louable de prévoyance sociale. Il n'est pas rare d'entendre des dames s'exprimer sur ce sujet sans ambages et sans s'attirer la moindre mauvaise plaisanterie. La Nouvelle-Zél(\pde et l'Australie, ainsi que les plus anciens des États Unis^ sont vraisemblablement destinés à a,voir de moins en moins d'enfants^ et leur cas semble devoir être celui des pays où le bien-être se répand dans toutes les classes.
La conscience ouvrière.
Le bien-être est plus général en Australasie qu'en Angleterre, mais ce serait une exagération de Tattribuer uniquement à l'action des lois ouvrières. Ces lois, en effet, n'ont pu jusqu'ici supprimer ni le chômage, ni la misère, ni la prostitution dans les grandes villes où les conditions sont les mêmes qu'en Europe; les régions où ces calamités sont moindres que chez nous se trouvent dans les districts agricoles, où les habitants vivent en petit nombre, où il est par conséquent facile de se procurer de l'ouvrage ou ée la terre. Mais le maintien et le développement de ces conditions favorables sont précisément le but de toutes les lois récentes sur la propriété foncière et sur le contrat de travail. Dans les colonies les plus avancées, sinon dan« toutes, on semble se proposer d'assurer à chaque habitant le droit au travail et le droit à la terre, dût-on pour cela limiter le nombre des émigrants.
Le développement du bien-être est-il accompagné d'un progrès moral et intellectuel ? Oui, sans aucun doute, et si la marche en avant, pour la classe ouvrière, consiste à
se mettre exactement au niveau de la bourgeoisie, le tra- * vailleur manuel d'Australasie s'est élevé' aussi haut que possible; il s'est, en effet, placé dans la catégorie des personnes convenables, du respectable people, et s'est assuré le prestige de la tenue, si utile partout, mais plus puissant dans les pays anglais que dans le reste dé l'univers.
L'ouvrier australasien est devenu un gentleman, un monsieur. Il s'habille après son travail, il se loge, il se conduit comme une personne de la bonne société ; s'il doit aller à une réunion, il y viendra propre, rasé de frais, surveillera son attitude, ne parlera qu'à son tour et respectera l'autorité du président ; s'il est membre du parlement, délégué à un congrès, il tiendra son rang pendant le voyage, prenant une place au wagon-lit, logeant à l'hôtel le plus convenable, et ses mandants approuveront tous les frais qu'occasionnent à leur représentant le souci de soimême et de sa dignité. De plus en plus on voit s'atténuer la différence extérieure entre l'ouvrier et le bourgeois, sauf pendant les heures de travail.
Avec les manières, l'ouvrier adopte les opinions de la moyenne anglaise sur tous les points, sauf sur les Factory Acts et le suffrage universel. Il ne voudrait pas d'un parlement censitaire, comme celui de Grande-Bretagne, mais il manifeste l'attachement le moins équivoque à la monarchie, et la révérence la plus profonde pour le souverain et la famille royale. Dans les banquets de trade unions, on porte la santé de la Reine ou du Roi avant toutes les autres ; à ce propos un socialiste anglais s'était fait honnir, peu de temps avant mon passage, pour avoir déclaré qu'il res-