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LA DÉPORTATION. LES DÉBUTS DE LA COLONISATION

alors aux moyens de faire fortune dans ce pays perdu, où sa fonction Tavait exilé. Il eut l'idée que les moutons prospéreraient dans ce pays sec, que Therbe était bonne pour eux, que les eucalyptus ne les gêneraient point, que Télévage ne demanderait aucun frais de défrichement, enfin que la garde des troupeaux, confiée à des convicts, coûterait peu de chose. Mais, pour faire pâturer des moutons^ il fallait une grande concessioa et le gouverneur n'en accordait que de médiocres parce qu'il voulait former une population de petits cultivateurs. Le capitaine se rendit en Angleterre et obtint le droit de pâture sur un espace de 5 000 acres d'un seul tenant. PI usieurs capitalistes imitèrent cet exemple. Plus tard ils ne se contentèrent pas de louer, ils achetèrent ou se firent donner de grands morceaux de bonnes terres.

En Tasmanie on donnait une propriété pour rien à celui qui apportait assez d'argent pour la mettre en valeur. Ainsi commencèrent à se former deux classes dont la rivalité remplit toute l'histoire de l'Australie : !•* petits cultivateurs; 2° possesseurs de grands troupeaux de moutons, les uns propriétaires, les autres locataires de terrains immenses.

La formation de classes distinctes entre les colons fut encore accentuée par l'application du système de Wakefield, économiste et homme d'affaires.

Wakefield proposait de ne plus faire de concessions gratuites, mais de vendre les terres à un pHx élevé, en les divisant par lots d'étendue moyenne sans empêcher d'ailleurs les amateurs d'acheter plusieurs lots à la fois. Les colons seraient obligés de venir avec un capital s'ils

voulaient acquérir des propriétés ; ils ne risqueraient pas de tomber à la charge du gouvernement. Le prix de la vente des terres devait servir à payer le passage d'une classe d'immigrants pauvres, qui, jetés en grand nombre sur le marché du travail colonial, fourniraient une maind'œuvre peu coûteuse aux propriétaires. La déportation pénale ne devait pas exister dans ce système. La colonisation ainsi entendue serait entreprise par des compagnies d'actionnaires; elle était présentée comme une bonne affaire pour les particuliers qui y trouveraient des dividendes et pour l'état à qui on ne demanderait rien.

Deux compagnies de colonisation furent créées par Wakefield et ses amis : la première fonda Adélaïde et Sud- Australie en 1836, l'autre Wellington (Nouvelle-Zélande) en 1839. Ce fut une excellente opération pour les initiateurs qui se firent rémunérer par de grandes étendues d'excellentes terres : plusieurs des grandes propriétés de Sud-Australie et de Nouvelle-Zélande appartiennent encore à leurs descendants. Mais, dans l'ensemble, les compagnies ne réussirent pas : la menace delà banqueroute les obligea à renoncer à leurs privilèges et à céder leurs établisse" ments au ministère des colonies.

Il resta pourtant quelque chose du système. L'idée de vendre les terres à un prix élevé et de consacrer le produit de cette vente à l'immigration fut adoptée dans toutes les colonies. Partout on fixa un tarif minimum qui, en 1842, s'élevait à 25 francs l'acre. Or certains éleveurs de moutons qui n'étaient pas propriétaires ne voulaient pas acheter à ce prix les immenses étendues qui leur étaient nécessaires; ils allaient donc les chercher au delà du territoire

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colonisé, s'enfonçaient dans Tintérieur ou dans les terres inconnues. Melbourne fut ainsi fondé par des éleveurs de Tasmanie entre 1832 et 1836. Plus tard le Queensland eut la môme origine. Ces colons qui s'installaient de leur propre autorité dans les terrains vacants étaient appelés des squatters. Le terme, d'abord pris en mauvaise part, a fini par désigner les propriétaires de grands troupeaux de moutons.

Entre les squatters et le gouvernement se posait la question suivante : la Couronne ayant été déclarée propriétaire de tous les terrains, les squatters peuvent-ils occuper un espace vide sans l'acheter ? La question fut résolue lorsqu'on admit les squatters à payer un loyer peu élevé au lieu d'acquérir la propriété. Mais l'intérêt du gouvernement était de vendre : pouvait-il donc refuser d'accorder un long bail au squatter et déclarer que sa location était précaire et serait rompue dès qu'on demanderait à acheter tout ou partie du terrain qui servait de pâture? La question fut tranchée après bien des difficultés en faveurs des squatters. On leur accorda en 1847, des loyers peu élevés, des baux de huit et quatorze ans renouvelables pour cinq ans, enfin le droit de préemption si quelqu'un demandait à acquérir un ou plusieurs lots sur leur terrain,

L'Australie à cette époque est un pays agricole peu peuplé où les grands propriétaires de moutons &ont toutpuissants.

La découverte de l'or. — Le régime parlementaire. La démocratie.

La découverte de l'or marque, en Australie, le commencement de l'ère contemporaine. Un afflux d'immigrants se

précipite dans les colonies, les villes s'accroissent avec une rapidité merveilleuse, les ouvriers sont nombreux, la société et les institutions deviennent démocratiques. C'est une transformation radicale qui commence au milieu du fiiècle et qui se poursuit de nos jours.

La présence de l'or fut connue dès 1841 ; tout d'abord le gouvernement la tint secrète pour ne pas arrêter les progrès de l'agriculture; mais dix ans après, la découverte de pépites énormes en Victoria (Ballarat, Bendigo), fut publiée partout et la fièvre dé l'or commença. Jusqu'alors l'Australie ne recevait que quelques capitalistes et un petit nombre d'ouvriers dont le passage était payé avec le prix des terres; de 1852 à 1834, elle reçoit 224 000 émigrants libres tous attirés par la fièvre de l'or et 46 373 émigrants assistés. I^a population de la colonie de Victoria, centre principal de l'or, passe de 76000 habitants en 1850 à 397 000 en 1856. Victoria est dès lors la colonie la plus peuplée de l'Australasie.

L'aristocratie des squatters est débordée par les nouveaux venus. Elle les boude, elle essaie de leur refuser tout droit politique, de leur imposer des taxes exorbitantes. Mais les émigrants s'agitent, font une émeute à Ballarat pour la suppression des droits sur la recherche de l'or et réclament des parlements élus. Plusieurs d'entre eux avaient pris part en Angleterre au mouvement chartiste pour le suffrage universel et à l'agitation ouvrière pour le droit d'association et la journée de huit heures : ils apportaient en Australie les projets de réforme qu'ils n'avaient pu réaliser chez eux. De la période de l'or datent la lutte contre les squatters et les grands proprié-

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taires*, le mouvement ouvrier ^ enfin les institutions parlementaires et démocratiques.

L'autonomie avec des assemblées élues a été accordée à toutes les cjolonies, sauf l'Australie occidentale, en 1885. Chaque parlement comprend un Conseil législatif ou Chambre haute et une Assemblée législative ou Chambre basse.

La Chambre haute se compose de membres nommés à vie ou élus par des censitaires : aussi est-elle conservatrice et par conséquent .mal vue des partis démocratiques. Les ouvriers et les radicaux demandent partout qu'elle soit élue au suffrage universel. Il est vrai que le pouvoir du Conseil législatif n'est pas considérable. Lorsque ses membres sont nommés à vie, les premiers ministres y déplacent la majorité par des fournées. Dans tous les cas la Chambre haute, suivant l'usage anglais, ne vote pas le budget.

L'Assemblée législative est le véritable dispositaire du pouvoir. Les membres sont élus au scrutin secret {ballot) tous les trois ans. Le suffrage universel a été partout adopté pour leur élection. Les femmes ont obtenu le droit de vote pour. les élections législatives en NouvellerZélande (1893) et en Sud-Australie (1895). Le parlement néo-zélanr dais a refusé, par une faible majorité, d'accorder aux femmes le droit de siéger parmi ses membres ; mais Sud- Australie n'a établi aucune restriction de ce genre, de sorte que la colonie pourrait en théorie, avoir un ministère entièrement féminin. Les électeurs femmes ont

(1) Voir chapitre ii-

(2) Voir chapitre m.

déjà pris part à trois élections générales en Nouvelle- Zélande, à deux en Sud-Australie ; elles ont voté en très grand nombre. Leur intervention a été favorable, dans les deux colonies, aux gouvernements démocratiques qui ont conservé la majorité : en Nouvelle-Zélande, le parti de la tempérance, religieux et anti-alcoolique, qui comptait beaucoup sur les voix féminines, a fait peu de progrès *.

Après avoir élargi le corps électoral, les démocrates parlent d'augmenter ses attributions; on a déjà employé le référendum pour des questions d'intérêt considérable, comme celle de l'enseignement laïque en Sud-Australie, celle de la Fédération politique, dans toutes les colonies. Peut-être son usage serait-il généralisé.

Enfin Tindemnité aux membres du parlement qui, — en Angleterre, n'existe pas plus que le suffrage universel, — a été instituée en Australasie après de longues résistances de la part des Chambres hautes (1873-1889). Les Assemblées de deux colonies, après plusieurs échecs devant le Conseil législatif, ont imaginé de faire passer l'indemnité comme

(1) Il existe dans les colonies, particulièrement en Nouvelle-Zélande, un mouvement féministe important. Les féministes ont réclamé des lois de protection en faveur des servantes, des ouvrières, des vendeuses, et en général des femmes employées dans le commerce et l'industrie. Elles réclament encore le droit do vote et l'accès à tous les emplois pour les femmes dans toutes les colonies, l'interdiction de la vente des alcools et boissons alcooliques, des réformes dans les méthodes d'éducation. Elles sont en général d'origine bourgeoise et s'inspirent de la morale chrétienne. La plus importante de leurs associations est la Womens Christian Tempérance Union, dont le nom est caractéristique.

Voir National Council of the Women of NewZealand, 4* Session, Auckland, 1899, in-8». — Wolstenholme, le Mouvement féministe en Australie; André Siegfried, Enquête sur la Nouvelle Zélande, — deux articles de la Revue politique et parlementaire (Paris), le premier publié en 1898, le second en 1900.

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