‹ Le socialisme sans doctrines, la question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-ZélandeChapitre 18 sur 98 · TOTAL · texte numérisé non relu

TOTAL

Hommes.

Femmes.

Garçons.

Filles.

Nouvelle-Galles .

Victoria

Queensland . . .

Sud-Australie . .

Ouest-Australie .

Tasmanie ....

Commonwealth .

La proportion s'est élevée de o p. 100 de la population totale en 1901, à 6 p. 100 en 1903.

On comptait, en 1903, 31,2 ouvrières pour 100 ouvriers; en 1907, 34,58, avec maximum en Victoria. 52,20 p. 100. La proportion des enfants augmente aussi.

D'autre part, la population occupée dans le commerce équivaut, suivant le recensement de 1901, à plus de la moitié de la population industrielle, et elle comprend une proportion beaucoup plus considérable de femmes et d'enfants ; la population occupée dans les transports équivaut à plus du quart de l'industrielle.

En Nouvelle-Zélande, la statistique ne permet pas une comparaison rigoureuse avec les données précédentes ; on peut dire toutefois que les conditions y sont sensiblement les mêmes l.

Il) Officiai Ybk of the Commonwealth, 1909, pp. 534-549; N. Z Officiai Ybk, 1908, p. 185.

Histoire de l'organisation ouvrière. — Action syndicale et partis politiques

L'histoire du mouvement ouvrier commence à l'époque de l'or et de la grande immigration ; elle se divise en deux périodes : celle de l'action purement corporative, celle de l'action politique, séparées par la grande grève maritime de 1890.

Avant 1890, les ouvriers australiens restent fidèles à la méthode du vieux trade unionisme anglais : ils forment des syndicats, traitent avec les patrons et obtiennent par marchandage collectif la journée de huit heures 1 et d'autres avantages. Us ne demandent pas au gouvernement d'intervenir dans le contrat de travail ; tout au'plus appuient-ils les demandes de réformes démocratiques comme le suffrage universel, l'indemnité des représentants. Quoiqu'ils possèdent une influence politique très supérieure à celle des ouvriers de la Grande-Bretagne, pays de suffrage restreint, ils ne la mettent pas au service de leurs intérêts corporatifs ; en cette matière le syndicat traite, dans chaque profession, avec les patrons.

Les trade unions, en Australasie, ont été tolérées tout d'abord dans les limites prescrites par la loi anglaise de 1824. Elles ont obtenu la personnalité civile dans les différentes colonies par des lois votées de 1876 à 1877 et imitées de deux importantes lois anglaises de 1871 et 1875. Plusieurs d'entre elles ont formé des fédérations de métiers s'étendant à plusieurs colonies et même à toute

! Voirie chapitre v. pp. 146-150.

100 l'E SOCIALISME SANS DOCTRINES

l'Auatralasie ; tels sont les tondeurs, manœuvres, ouvriers des ports, gens de mer.

Dans chaque centre industriel , les divers syndicats locaux de toutes les professions se sont groupés sous In direction d'un conseil des métiers (Trades Courte il) installé dans le Trades Hall, qui correspond à nos Bourses du travail. Les conseils correspondent entre eux, organisent des congrès; depuis 1886, ils travaillent;) organiser une fédération des syndicats australiens. Aujourd'hui les organisations ouvrières prennent part aux élections. Autrefois elles ne s'en mêlaient point : se grouper, traiter avec les patrons, et si ceux-ci n'accordaient rien, employer la grève, telle était la tactique des ouvriers australasiens avant 1890.

Elle leur avait valu beaucoup d'avantages, car les différents conseils et syndicats se prêtaient un mutuel appui : mais, a l'exemple des ouvriers, les patrons s'associèrent ; ils opposèrent organisation à organisation, et la lutte changea de face. La bataille définitive fut livrée en 1890. A cette époque les syndicats australasiens avaient une haute idée de leur puissance et de leurs ressources. Ils venaient de recueillir par souscription des sommes très importantes destinées aux dockers de Londres engagés dans la grande grève de 1889, et cet acte de solidarité avait été célébré par tous les journaux favorables à la cause ouvrière. On commençait à parler des heureux travailleurs des antipodes; on disait qu'ils avaient obtenu les salaires les plus élevés, les journées de travail les plus courtes du monde. Justement fières de leurs succès, les trade unions australasiennes voulaient les assurer en obligeant les patrons à n'employer que des syndiqués ou des

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ouvriers travaillant aux conditions fixées par le syndicat. Or les patrons s'étaient associés précisément pour lutter contre cette prétention. La période des accommodements était passée. Après plusieurs escarmouches, une grève éclata qui devait être la plus importante de toute l'histoire d'Australasie '.

Le prétexte fut le renvoi par une compagnie de navigation d'un employé qui était membre d'un syndicat. Aussitôt l'union des matelots et chauffeurs boycotta le navire auquel appartenait l'employé congédié. Cet incident eut pour effet d'aggraver un différend qui s'était élevé entre l'association des officiers de la marine marchande et les compagnies de navigation. Les premiers réclamaient une augmentation de leurs appointements et une réduction des heures de service. Les secondes répondirent qu'elles ne feraient aucune concession tant que l'association des officiers continuerait à faire partie du Trades Council (Conseil des syndicats) de Melbourne. L'association refusa de quitter le Council ; et comme les compagnies maintenaient leurs prétentions, elle déclara la grève et ordonna à ses membres de quitter le service : l'union des matelots, celle des garçons et cuisiniers, celle des ouvriers du port de Melbourne cessèrent également le travail. Seuls les mécaniciens restèrent à leur poste moyennant un arrangement qui augmentait leurs salaires pour une durée de trois ans.

Ainsi commença la grande grève maritime ; elle s'éten-

(1) Voit' les volumineuses publications de la commission formée en Nouvelle-Galles pour l'aire une enquête sur tes grèves et les moyens de les prévenir. Report of the Royal Commission of Strikes : Minutes of Evidence ; Appendices, Sydney, 1891, in-40..

dit bientôt de Melbourne aux autres ports, car les matelots étaient fédérés dans toute l'Australasie ; mais en dehors de Victoria, elle ne prit d'importance réelle qu'en Nouvelle- Galles et dans quelques parties de Queenslànd. Là, en effet, les tondeurs lièrent partie avec' les ouvriers des ports ; les derniers refusèrent de charger la laine qui n'était pas coupée par des ouvriers syndiqués, et les membres de l'Union des tondeurs cessèrent le travail partout afin d'obliger les squatters à n'employer que des tondeurs syndiqués.

La question était nettement posée. Elle intéressait toutes les associations ouvrières et toutes les associations des patrons de l'Australasie. Toutes prirent à la lutte une part au moins indirecte. Les Trades Councils organisèrent des souscriptions et firent appel à tous les partisans du contrat collectif et du syndicat obligatoire. Le Comité de défense ouvrière de Sydney recueillit à lui seul pendant les trois mois de grève près d'un million de francs. Un congrès ouvrier intercolonial se prononça unanimement en faveur de Y Union Labour, du travail aux conditions du syndicat. D'autre part, les armateurs et les propriétaires de moutons adressèrent à tous les patrons un appel qui fut entendu : un congrès des patrons australasiens siégeant à la Chambre de commerce de Sydney se prononça énergiquement pour « la liberté du contrat », c'est-à-dire le droit pour le patron de prendre ses ouvriers où il lui plaît et aux conditions qu'il juge les meilleures.

Toutes les tentatives de conciliation échouèrent. Les syndicats tinrent jusqu'à l'épuisement de leurs ressources : au bout de trois mois, ayant vidé leurs caisses, ils durent capituler. L'Union des officiers de marine

quitta le Tractes Council, et les tondeurs reprirent le travail.

Voici comment un témoin, M. H. II. Champion qui avait été en 1889 l'un des organisateurs de la grande grève des dockers à Londres, jugeait la grande lutte de 1890. « L'événement, écrivait-il, a établi d'une manière définitive que la fédération ouvrière la plus gigantesque, à moins d'être dirigée par des stratégistes plus habiles que ceux d'Australie, s'écrasera comme un œuf contre une cuirasse, si elle se heurte à l'opposition systématique des patrons fédérés. » A quoi l'un des stratégistes incriminés répondait que les élections générales allaient permettre l'inauguration d'une tactique nouvelle.

La conséquence la plus importante delà grève maritime fut en effet de jeter les syndicats dans la politique. Sans renoncer au contrat collectif ni aux grèves, ils se décidèrent à employer le suffrage universel pour obtenir des gouvernements une législation favorable à leurs intérêts.

Des élections de 1890 date la formation et l'action des partis ouvriers politiques (Labour Parties) dans toutes les colonies. Nulle part ils n'ont conquis définitivement le pouvoir ; mais ils exercent une grande influence, car plusieurs parlements sont divisés en deux partis de force à peu près égale ; pas de majorité sans l'appoint du parti ouvrier ; on ne peut gouverner sans lui.

Or les deux partis ou plutôt les deux coalitions qui se disputent le pouvoir n'ont rien qui les empêche de subir l'alliance du parti ouvrier si elle leur devient nécessaire. Leurs programmes en effet sont assez confus : c'est parfois

une rivalité de personnes qui les divise. Dans un parlement, un membre de l'opposition que je questionnais sur son programme, répliqua en montrant le banc des ministres : «Mon programme? Renverser ces gens-là! » Dans de pareilles conditions la politique de bascule est facile et s'impose naturellement à un groupe nouveau.

Pour comble de chance, les partis ouvriers sont entrés dans la politique au moment où le pouvoir passait aux mains de ministres qui avaient absolument besoin d'eux. On traversait alors une grande crise financière. Les particuliers suspendaient leurs constructions, fermaient leurs ateliers ou leurs usines ; les gouvernements arrêtaient les travaux publics et cherchaient le moyen de payer leurs dettes1. Les budgets étaient en déficit, et les partis conservateurs quittaient le pouvoir parce qu'ils ne voulaient pas augmenter les impôts. Des hommes nouveaux prenaient les ministères, instituaient l'impôt progressif sur la grande propriété et le revenu en Sud-Australie d'abord, puis en Nouvelle-Zélande, et rétablissaient l'équilibre du budget. Pour vaincre les résistances, ils avaient besoin du parti ouvrier, qui, lui-même, recherchait leur appui ; il en résultait un pacte mutuel qui eut pour résultat les nombreuses lois de protection ouvrière votées dans les dix dernières années.

Avant d'étudier les lois elles-mêmes, il est indispensable d'avoir une idée de l'organisation et de l'influence des différents partis ouvriers ; je vais en donner les traits principaux.

(lj Les dettes des colonies vont de 1100 à 2 000 francs environ par tète d'habitant. Voir p. 237.

Tendances actuelles des partis ouvriers.

Sont-ils socialistes ?

Les partis ouvriers australasiens, composés d'hommes qui ne lisent que l'anglais, reçoivent l'influence du jeune trade unionisme de la mère patrie, c'est-à-dire la réflexion plutôt que les rayons directs du socialisme occidental. Ils ont accueilli avec enthousiasme les conférences faites chez eux par Ben Tillett, un des organisateurs de la grande grève des docks de Londres (1889), lorsqu'il a visité l'Australasie en 1898. Ben Tillett a parlé dans plus de cent meetings ouvriers ; il a posé la première pierre de Trades Halls (Bourses du travail) dans les villes de bois et de tôle qu'habitent les mineurs du désert central. J'ai vu son portrait exposé dans les boutiques avec cette légende: « Le Démosthène du travail ». Ou m'a dit aussi que sa figure juvénile et ses longs cheveux l'ont fait surnommer: « Le petit Christ du travail ». Tous les leaders du mouvement ouvrier en Angleterre sont l'objet de l'attention des travailleurs australasiens. Ainsi, Tom Mann, un autre organisateur de la grande grève des docks de Londres, après s'être retiré un instant du mouvement, conçut l'idée de venir s'établir en Australie, l'exécuta et se fit dans le pays une situation comme orateur politique ouvrier.

Les partis ouvriers d'Australasie ressemblent au trade unionisme anglais par leur charpente composée de syndicats, par leur caractère exclusivement pratique, parleur programme de réformes limitées et immédiatement réalisables, par la rareté et le vague de leurs déclarations socialistes et des principes généraux qui peuvent se trouver

dans leurs publications officielles. D'autre part, ils ressemblent à nos groupements socialistes par leur organisation en parti politique. spécial, laquelle n'existe en Angleterre que depuis les dernières élections générales. En apparence, ils sont ce qu'on appelle chez nousim parti de classe menant la lutte contre les bourgeois ; en réalité, ils acceptent le patronat, le salariat, et cherchent simplement à s'assurer de bonnes conditions de travail dans le monde tel qu'il est. C'est ce que va montrer une revue rapide de leurs tendances générales.

Les partis ouvriers réclament la journée de huit heures et l'augmentation des salaires. Us demandent, comme les syndicats anglais , que le nombre des apprentis soit réduit au minimum. Ils veulent être libres de faire grève quand ils le jugent à propos et d'employer les procédés traditionnels des syndicats anglais, notamment le picketing, c'est-à-dire le planton fait par les grévistes devant les usines ou les chantiers. J'ai passé à Lithgow (Nouvelle- Galles), pendant une grève des mineurs de charbon. La gare et la route qui conduit à la ville étaient garnies de grévistes qui dévisageaient les arrivants pour tâcher de reconnaître et de détourner les ouvriers qui seraient venus s'embaucher. A Lyttleton, le port de Ghristchurch (Nouvelle-Zélande), j'ai vu les ouvriers du port faire une démonstration sur le quai en face d'un vaisseau où le capitaine employait ses matelots à charger du charbon. Là, il s'agissait de protester pour le vieux principe des syndicats anglais : « One man, One job ! » c'est-à-dire « à chaque travailleur, une seule besogne », afin qu'un plus grand nombre de personnes trouvent à s'employer. Ce principe

L ACTION OUVRIERE i ii>

est rigoureusement appliqué, surtout en Nouvelle-Zélande, et les syndicats flétrissent ceux qui acceptent de faire deux tâches. Un conservateur m'affirmait, en Nouvelle-Zélande, que son domestique avait reçu un blâme du syndicat parce qu'il était en même temps cocher et jardinier.

Tout cela est général dans le monde ouvrier anglais. Voici trois articles conçus dans le même esprit, mais spéciaux à l'Australasie :

1° Les ouvriers sont protectionnistes parce qu'ils veulent écarter les produits étrangers et rester maîtres du marché local. Ils l'avouent sans détour, et tout en exprimant leur opinion sous cette forme philosophique : «Nous voulons écarter la concurrence de gens d'une civilisation inférieure jusqu'à ce qu'ils aient adopté les mêmes conditions de travail que nous ». On a vu que la politique douanière fédérale, comme celle de Nouvelle-Zélande, se conforme sur ce point au vœu des ouvriers1.

2° Les ouvriers australasiens cherchent à faire supprimer les dépenses destinées à favoriser l'immigration, telles que propagande, passages gratuits. Par là, ils semblent reconnaître que les hauts salaires et les courtes journées de travail dont ils bénéficient sont dus à des circonstances exceptionnelles, comme la rareté de la main-d'œuvre; ils semblent douter que l'organisation syndicale puisse les maintenir si le nombre des ouvriers augmentait. J'ai discuté plusieurs fois cette question avec eux, je leur ai demandé s'ils ne croyaient pas politique de sacrifier sur ce point l'intérêt de leur

(1) Voir p. 16.

MÉTIN. X

classe à celui des colonies. En effet, l'Australasie est trop peu peuplée et elle a besoin d'habitants nouveaux. Mes- interlocuteurs m'ont paru résolus à ne point risquer une expérience qui semblait avoir quelque danger pour Irais intérêts.

3° Pour écarter une concurrence gênante, les ouvriers d'Australasie ont réclamé et obtenu partout des lois contre l'immigration chinoise.

Les Chinois, à l'étroit dans leur pays, travailleurs, sobres et économes, s'étaient mis à émigrer en Australasie : ils apprenaient tous les métiers et les exerçaient pour des salaires très réduits. Les ouvriers européens, mangeurs de viande, n'ont pu lutter contre ces mangeurs de riz, et, comme aux Etats-Unis et au Canada, ils ont obtenu que les gouvernements prissent des mesures contre leurs rivaux. En 1881, Victoria, puis Nouvelle-Galles et Nouvelle- Zélande ont saisi le prétexte d'une épidémie de petite vérole pour interdire aux Chinois d'arriver plus d'un par cent tonneaux sur n'importe quel navire et de débarquer sans acquitter un droit de 250 francs. En 1888, Nouvelle- Galles a porté la proportion à un immigrant par 300 tonneaux et décuplé le droit. Les autres colonies l'ont imitée. A ce procédé pour arrêter l'immigration chinoise, le gouvernement fédéral ajoute celui de la dictée en langage européen1.

On voulait prendre des mesures analogues contre les lndous, mais ils sont sujets de la reine ; contre les Japonais, mais ils ont un gouvernement qui les fait res-

(1) Voir p. 123.

l'action OUVRIÈRE 115

pecter. Du reste Japonais et indous sont encore peu nombreux en Australasie, mais leur effectif s'accroît

Enfin le gouvernement fédéral, dès sa constitution, interdit l'importation et l'emploi de travailleurs polynésiens et canaques, qui se faisait encore dans la partie tropicale de Queensland.

Toutes ces mesures ont pour but principal la défense des hauts salaires et des journées courtes. On les justifie encore par des considérations politiques etsociales. « Il est, dit-on, impossible d'admettre un nombre indéfini d'asiatiques et d'océaniens dans un pays démocratique et égalitaire. Nous avons la chance de n'avoir pas de difficultés de couleur et de race, n'en créons pas! » On ajoute que le Chinois travaille aussi mal que bon marché, on lui reproche de ne rien dépenser et d'emporter dans son pays tout. ce qu'il a gagné en Australasie. Au fond le raisonnement des ouvriers est le suivant : « Les conditions de travail présentes nous sont favorables, conservons-les ! » Les syndicats australasiens veulent être pratiques, c'est pourquoi ils limitent leurs efforts et leurs pensées. Ils ne s'inquiètent point de savoir si l'évolution de la société tend vers le collectivisme ou le communisme, ils ne cherchent pas à en précipiter la marche comme nos socialistes.

Le socialisme n'a pas séduit les Australasiens ; le mot même a conservé chez eux. le sens péjoratif qu'il a pour les adversaires de la doctrine. « Nous avons bien ici des socialistes, me dit le secrétaire de la Bourse du travail de Melbourne ; mais nous ne sommes pas d'accord avec eux: ce sont des extrémistes, et nous sommes avant tout pra-

tiques. » A Christchurch (Nouvelle-Zélande) un jeune mécanicien, récemment émigré d'Angleterre, essaie de faire un peu de propagande; il est vaguement socialiste chrétien, il a fondé un petit groupe appelé Socialist Church (Eglise socialiste). « Église, me dit-il, fera passer l'épithète, car ici les ouvriers sont très pieux et ils ont une grande défiance du socialisme. » Je m'en suis bien aperçu moi-même, à la surprise que j'ai causée, dans la Bourse du travail de Christchurch, en déclarant que Beaucoup de grands syndicats français s'affirmaient socialistes.

Le socialisme, tel que nous le connaissons, n'est guère représenté en Australasie que par de petites sociétés qui travaillent activement à pénétrer le mouvement ouvrier mais qui restent en dehors des organisations ouvrières. Leur ambition de représenter le socialisme tel que l'Europe occidentale le conçoit est parfaitement légitime, mais il ne faudrait pas confondre leurs groupes avec les grands partis ouvriers qui, jusqu'à présent, ne se déclarent pas socialistes.

Pour avoir une idée de la force du mouvement ouvrier, il faut — ici comme en Angleterre — considérer d'abord les syndicats professionnels et les Bourses du travail.

11 en a été dressé une statistique, incomplète et sujette à caution, puisqu'elle repose sur déclarations demandées aux sociétés et que celles-ci ne sont point tenues d'apporter.

Sous ces réserves, voici les données qu'elle fournit pour la Fédération et les syndicats enregistrés sur le territoire du Commonwealth en 1906 :

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