‹ Le socialisme sans doctrines, la question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-ZélandeChapitre 35 sur 98 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

A la suite d'une crise financière en 1892-1893, les constructions, le commerce,, l'exploitation des mines et du sol se ralentirent brusquement ; le coup fut très sensible, car il frappait l'Australasie dans une période d'activité fébrile et factice où l'on avait eu trop de confiance dans l'avenir, où l'on avait lancé trop d'entreprises nouvelles. Le travail s'arrêta partout et une foule d'ouvriers se trouvèrent sans emploi. Ces Unemployed organisèrent des manifestations dans les rues des grandes villes, cherchèrent à émouvoir l'opinion et s'imposèrent à l'attention des pouvoirs publics.

Que pouvaient faire les gouvernements? Ils ont d'importants services qui occupent un grand nombre de personnes. Mais, juste au moment de la crise, les différents ministères se voyaient obligés de diminuer leurs dépenses, parce que les dettes publiques étaient devenues trop lourdes et que le déficit s'augmentait dans tous les budgets. Plus de constructions de chemin de fer, de routes, de ponts, juste au moment où il aurait fallu ouvrir de grands chantiers aux ouvriers laissés sans travail par la ruine des particuliers. Dans ces circonstances critiques, les gouvernements firent preuve des meilleures dispositions. Ils reprirent, malgré

la pénurie financière, des travaux, publies qu'ils avaient ajournés par économie, et les firent exécuter par les Unemployed. Ces travaux de secours (Relief Works) duraient encore à Melbourne, à Sydney, lors de mon passage en 1899. Ils avaient l'inconvénient de coûter très cher et de n'employer qu'une petite proportion des bras vacant-. Aussi, les gouvernements les ont-ils envisagés comme des expédients temporaires.

Pour résoudre définitivement la question du chômage, ils ont essayé d'autres moyens. Ils ont développé le système du placement gratuit par l'Etat ; la Nouvelle-Zélande a institué dans les chantiers de l'Etat un système de « coopération » ou plutôt de commandite ; ces méthodes feront l'objet de ce chapitre. Déjà, en traitant la question agraire, j'ai étudié, pages 63 à 83, des procédés applicables seulement dans les pays neufs qui ont beaucoup de terres à concéder; ce sont les divers essais pour établir les sanstravail dans la campagne, solution la plus originale mais non la plus heureuse. Dans la même partie aussi, j'ai traité, pages 83 à 90, les concessions de petits lots de terrains aux ouvriers. Cette question est, au fond, celle des logements ouvriers, mais on s'est rendu compte qu'elle peut contribuer à résoudre le problème du chômage.

Le placement gratuit par l'État iLabour Bureau).

Plusieurs gouvernements ont eu l'idée d'ajoindre à leur Labour Department (direction ou ministère du Travail i un service de placement gratuit appelé Bureau du travail ( Labour Bureau).

LA ©BBSTiûN DU CHOMAC.E 221

Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, l'exemple a été donné par Nouvelle-Zélande.

En 1801, le travail n'allait pas dans cette colonie ; les ouvriers sans emploi s'agitaient et demandaient au gouvernement de s'occuper d'eux. Or, les élections générales venaient de porter au pouvoir la coalition libérale ouvrière ; le cabinet devait par conséquent faire quelque chose pour les Unemployed. Il imagina d'inviter les fonctionnaires de police à recueillir chacun dans son district toutes les informations concernant les salaires, les demandes et offres d'emploi, et à les transmettre chaque mois à un bureau central établi dans la capitale, Wellington. Ce bureau fut le noyau autour duquel se groupèrent bientôt le service de l'inspection ouvrière, celui de la conciliation et de l'arbitrage, enfin tous ceux qui sont aujourd'hui réunis sous une direction particulière et constituentle ministère du Travail.

Les informations relatives au placement des ouvriers sont toujours recueillies dans les campagnes par le fonctionnaire de police ; dans les grands centres, elles ont été confiées aux inspecteurs du travail créés après 1892. 11 parait que les ouvriers préfèrent avoir affaire à ces derniers, et qu'ils n'aiment pas être vus en compagnie du policeman ; en outre, les inspecteurs sont mieux préparés à trouver et à exposer les renseignements qu'on leur demande.

Le service parait fonctionner d'une manière satisfaisante. Les demandes affluent au bureau central de Wellington et aux succursales établies parles inspecteurs provinciaux. 11 faut croire que ces derniers sont parfois débordés car je me rappelle avoir lu, dans le bureau de Dunedin, l'avertissement suivant :

Page 1