ET NOUS AVONS REAUCOUP DE BESOGNE SUR LES RRAS
(When y ou hâve disposed off your business, please trott. We know ail about the weather, we hâve read the neiospapers andice hâve plenty oficork to go through.)
Si les bureaux sont assaillis de demandes c'est qu'ils trouvent réellement du travail aux ouvriers qui n'en ont point ; il est vrai que, dans la plupart des cas, ils les adressent aux chantiers et entreprises de l'État, le grand patron de Nouvelle-Zélande *.
Depuis sa fondation en 1891 jusqu'en mars 1908, le Labour Bureau a fourni du travail à 58.794 hommes, desquelles dépendaient 93. 154 femmes et enfants. Il a donc assisté en moyenne plus de 3.000 unemployed chaque année2. Le chiffre est aujourd'hui de 6 à 7.000.
Le gouvernement de Nouvelle-Galles a procédé à peu près comme celui de Nouvelle-Zélande. Il a organisé sous la direction du ministère du Travail un Labour Bureau qui fonctionne depuis 1892. L'objet de ce bureau est de placer les sans-travail et de les aidera gagner l'endroit où on les demande.
Le système de placement gratuit s'étend à toute la colonie. Le bureau central se trouve à Sydney ; sous son con-
(1) Voir le chapitre suivant.
2) The New Zealand Officiai Year Book, 1908, p. &21. V&ir New Zealand. Report ofthe Department of Labour (Annuel).
trôle et en communication directe avec lui fonctionnent 4:2 agences provinciales; elles envoient chaque mois des renseignements relatifs à la situation des ouvriers et de l'industrie.
Ces rapports et un rapport annuel sont soumis au ministre duTravailet de l'Industrie, lequel est le chef suprême du service de l'inspection ouvrière, de celui de la concilia, tion ' et de quelques autres moins importants, tels que les Relief Works. Son département (Department of Labour and Industry), constitué en 1895, a généralement été réuni au ministère de l'Instruction publique.
Le bureau de placement fonctionnait déjà avant la constitution du département; il date réellement de 1891-1892. De cette époque à 1899, il a inscrit, dans ses divers offices environ 75.800 unemployed, et il a fourni du travail dans 83.000 cas. La différence entre ces deux chiffres s'explique par le fait qu'une même personne est inscrite une fois pour toutes, mais qu'elle peut revenir à plusieurs reprises demander du travail. Le chiffre de 75.000 indique donc exactement le nombre des individus qui se sont adressés au Labour Bureau, le chiffre de 83.000 le nombre des cas où il les a placés.
Le bureau ne se contente pas d'indiquer à l'ouvrier l'endroit où il sera employé ; il lui fait l'avance de son transport sur les chemins de fer dont les réseaux appartiennent à l'État, par mer ou par toute autre voie ; il peut encore lui procurera crédit un permis de mineur iMiners' Rightj.En échange, l'assisté doit signer une reconnaissance par la-
(1) Voir pages l~2'o-\-21 <'t 1W-155.
22 i LE SOCIALISME SANS DÔCTBINES
quelle il s'engage à rembourser les avances faites par le bureau. Les remboursements effectués en 1899 s'élevaient à 45 000 francs, représentant une assez forte proportion de sommes avancées. Il faut noter du reste que les passes de chemin de fer et les Minera Rights ne coûtent en réalité rien au bureau: l'État les donnait d'abord gratuitement dans certains cas ; s'il borne maintenant sa générosité à faire crédit, c'est pour être sûr de ne pas accorder de faveurs imméritées et de rendre service simplement à des ouvriers qui ont l'intention sincère de travailler. Cette précaution prise, l'Etat est un créancier patient et accommodant.
Le Labour Bureau emploie dans les provinces des fonc- I ionnaires chargés d'autres services ; au centre, il y a un personnel composé d'un surintendant et de 7 employés, dont les appointements s'élèvent à 32.675 francs par un an1.
Queensland a institué un Labour Bureau organisé à peu près comme les précédents, mais qui parait destiné à assister surtout les immigrants. On a vu, en effet2, que le gouvernement de Queensland n'avait pas cessé de subventionner l'immigration ; il offre des passages gratuits ou réduits, il loge et nourrit les immigrants dans des bâtiments spéciaux en attendant qu'ils aient trouvé à s'employer ; il cherche enfin aies placer le plus rapidement possible, et c'est là le principal objet du Labour Bureau. Ce service se compose d'agences réparties sur tout le territoire, en relations ré-
(1) Les renseignements ci-dessus sont extraits d'une note manuscrite sur les services du ministère du Travail de Sydney, mite qui m'a été remise par ce ministère.
VoiriVeHJ South Wales. Report of ihe Government Labour Bureau (annuel depuis 1892-1893).
(2) Voir pp. 22 et 139.
LA QUESTION DU CHOMAGE l-lo
gulières avec un afiice central, installée Biïsbane dans les mêmes bâtiments que les services d'immigration et le logement des immigrants. Voici comment une circulaire officielle de 1897 définit les devoirs des agences :
1° Envoyer par le télégraphe (dont l'usage est gratuit pour les agents) au Labour Bureau de lîrisbane, des rapports hebdomadaires sur la situation du marché du travail dans la localité ;
2° Être constamment prêtes à recevoir toute demande relative au marché du travail et y répondre, au besoin par télégramme ;
3° Inviter fréquemment les patrons de la localité à faire connaître leurs besoins, la nature du travail, les salaires qu'ils offrent, le genre d'ouvriers dont ils ont besoin.
Le bureau peut accorder aux ouvriers qui se rendent à un emploi très éloigné des passes de chemin de fer gratuites ou remboursables1.
Sud-Australie a fondé un Governemenl Labour Bureau, sur le modèle de Nouvelle-Zélande.
Toutes ces institutions ont rendu de réels services ; elles n'ont pas été très coûteuses, parce que le travail qu'elles nécessitent a été presque toujours réparti entre des fonctionnaires qui existaient déjà. Elles ont servi à placer un grand nombre d'ouvriers, mais l'emploi qu'elles fournissent n'est sur que s'il s'agit de travaux publics. Pour les entreprises particulières, elles ne peuvent que concentrer
(1) Queenslahd, Report of tlie Officer in Charge, Government Labour Bureau and Relief (annuel). Voir, en outre, attaché à ce document, le modèle servant à établir les rapports hebdomadaires est la collection
des pièces à remplir par ceux qui cherchent du travail (Archives de la Direction du Travail, au ministère du Travail).
métix. 15
les renseignements, donner une indication utile, faire prévoir une probabilité de travail. Même dans ce cas, elles rendent service aux ouvriers en leur procurant des passes sur les chemins de fer qui appartiennent presque tous à l'État. Si l'Etat n'employait pas une proportion d'ouvriers relativement considérable (supérieure dans certains cas à celle de l'industrie privée), si les chemins de fer n'appartenaient pas aux gouvernements, les Labour Bureaus ne pourraient être que des offices de statistique, comme il en existe en Europe et aux États-Unis. Le rôle actif qu'ils jouent en Australasie entraîne une importante conséquence ; les ouvriers, qui se considéraient depuis longtemps en droit de réclamer à l'État de l'ouvrage quand ils n'en avaient point, ont vu les gouvernements leur céder sur ce point. On peut dire que le droit au travail, comme on l'entendait en 1848, existe en Australasie, quoiqu'il n'ait été nulle part formellement proclamé ni établi par la loi.
L'emploi d'ouvriers en commandite dans les travaux publics. (« Coopérative Public Works » de Nouvelle-Zélande.;
Nouvelle-Zélande n'a pas cru faire assez en donnant des renseignements et des passes de chemin de fer aux sans-travail. Elle a imaginé pour ses travaux publics un contrat qu'on appelle assez improprement Coopérative System l. Voici dans quelles circonstances ce système a été imaginé. Des entrepreneurs qui s'étaient chargés de construire
(1) II. J. Blow. T/œ Coopérative System of Constructing Public Works (Extrait de The New Zealand Officiai Year Book, 1894). t/lème annuaire, 1908, p. 520.
pour l'État une petite ligne de chemin de fer, trouvèrent le travail trop peu rémunérateur et l'abandonnèrent en laissant leurs ouvriers sans emploi. Ceux-ci s'adressèrent naturellement à l'État, qui leur offrit l'entreprise de la construction ; on leur demanda de s'organiser en groupes de cinquante à soixante ; chaque groupe traita directement avec l'État pour une certaine partie du travail; les salaires et le profit devaient être partagés également entre les ouvriers. La voix ferrée fut terminée dans ces conditions et l'application du système fut ensuite généralisée. On l'a essayé d'abord dans les travaux de terrassement, puis dans les ouvrages plus délicats, les ponts par exemple, en commençant par les plus simples, les édifices publics en commençant par les gares rurales et en allant jusqu'à la construction de Ministères et l'agrandissement du Parlement. Aujourd'hui, presque tous les travaux publics sont faits par le Coopérative System. Depuis»! 891, le service des routes et celui des travaux publics ont employé suivant ce système, l'un 26 456 personnes, l'autre 29 470 : le nombre des ouvriers occupés chaque année s'est élevé du 31 mars 1891 au 31 mars 1908 par une progression à peu près régulière de 261 a 2 132 dans le premier service, et de 527 à 3 000 dans le second.
Les demandes d'emploi sont adressées au Labour Bureau. Si elles viennent en grand nombre, le bureau donne la préférence : 1° à ceux qui n'ont pas encore fait l'expérience du système ; 2° à ceux qui résident dans le voisinage des travaux ; 3° aux gens mariés ; 4° à ceux qui ayant travaillé pour l'Etat suivant le Coopérative System, sont restés le plus longtemps employés. Tous les postu-
lants doivent être sans travail depuis une semaine, d;m> les cas ordinaires, depuis quinze jours, .-'ils étaieml employés par l'État suivant le Coopérative System. On tient compte aussi du genre de travail et des antécédents du postulant. Lutin, si les demandes sont trop nombreuses, on recourt à la voie du sort.
Quand le gouvernement a décidé de faire exécuter un I ravail par le Coopérative System, il demande à l'ingénieur local un devis qui indique les différentes catégories d'ouvrage, défrichement, terrassement, maçonnerie, etc., et la somme qui doit être payée en salaires pour chacun ; ces chiffres sont établis d'après le tarif local des salaires, légèrement majoré, de manière à laisser aux ouvriers une partie du bénéfice qu'aurait pris l'entrepreneur, le surplus revenant à l'Elit. Les devis une fois établis sont soumis à l'examen de l'ingénieur en chef; après approbation, ils sont retournés à l'ingénieur local qui s'occupe de traiter directement avec de petites équipes d'ouvriers, prenant suivant leurs aptitudes tout ou partie d'une des sortes d'ouvrages indiquées plushnul. Chaque équipe se forme volontairement et désigne un délègue chargé des rapports avec l'administration. Les ouvriers apportent leurs pelles, pics et outils portatifs, et se procurent les chevaux et les bêles de somme. Le gouvernement fournit les tentes et baraques nécessaires dans les solitudes où le travail s'accomplit le plus souvent ; il fournil encore le gros matériel, raiL. wauuns, grues, etc., en Baisant sur les salaires une déduction correspondant à la valeur de ses avances; enfin, il venelles explosifs et fournit les matériaux nécessaires, si les ouvriers le désirent.
LA QUESTION DT CIIuM.Mil-; 229
Chaque mois, l'ouvrage fait est estimé d'un commun accord entre les délégués et les ingénieurs : la valeur du travail accompli est versée ensuite à chaque équipe et partagée enrtre les membres.
Ce système est très favorable aux ouvriers : il doit en effet leur assurer un salaire plus élevé qu'à l'ordinaire, puisque l'Ktat veut qu'on leur attribue une partie du protit qu'aurait fait l'entrepreneur.
Mais l'avantage principal du système, d'après ses partisans, serait d'augmenter les chancre d'emploi pour les ouvriers âgés «ra maladroits: la situation de ces derniers est en effet particulièrement inquiétante' dans les pays où I - salaires sont élevés et la journée de travail plus courte, car les patrons ne veulent plus employer que des travailleurs vigoureux et expéditifs1. Que deviennent les autres ? Leur sort est assuré par le Coopérative System, affirmet-on. En effet, les équipes se formeraient par sympathie ; les ouvriers se feraient un cas de conscience d'exclure un maladroit ou un vieillard sans faute grave de sa part. Ils peuvent d'ailleurs ne pas manquer à la solidarité sans mettre en péril leurs intérêts, car ils exercent l'un sur l'autre un contrôle1 mutuel ; dans le travail en commun, chacun se rend exactement compte de ce que fait le voisin et peut, sans hésiter, évaluer sa part de rémunération. Telle est l'argumentation des optimistes ; on a tout fait pour qu'elle fût justifiée. Ainsi. 1rs équipes ne sont plus que de six à douze hommes, afin que leurs membre- se connaissent bien et que la solidarité puisse naître entre
il) Voir chapitre vi. notamment p. 17t>. 171' et 183.
eux. La distribution du salaire et des profits communs est laissée à l'appréciation de l'équipe. Il paraît qu'on est arrivé par ces moyens à de bons résultats. On m'a montré, dans un chantier pour la construction d'une voie ferrée, des équipes d'ouvriers vigoureux qui avaient accepté, recherché même la collaboration de travailleurs plus faibles ou plus âgés qu'eux, mais aussi plus expérimentés dans le défrichement, le maniement des explosifs, la pose des rails.
Toutefois les cas de ce genre sont trop peu nombreux pour qu'on puisse affirmer que la situation de l'ouvrier inférieur, si menacée par l'application des nouvelles lois, sera partout assurée grâce à l'application du Coopérative System.
Avoir amélioré la situation des ouvriers serait pour l'État néo-zélandais un juste sujet d'orgueil, s'il y réussissait sans demander trop de sacrifices aux contribuables. Or, les auteurs du système prétendent que, loin d'être plus coûteux, il est plus économique.
En effet, disent-ils, les ouvriers ont plus de cœur à l'ouvrage et travaillent mieux. Ils ne fournissent pas les matériaux comme les entrepreneurs, mais les reçoivent de l'Etat, qui s'assure de leur qualité lorsqu'il les achète. Le contrôle de l'Etat sur le chantier est aussi plus direct, car il a le droit de suspendre les travaux après un avertissement de huit jours, de diminuer ou d'augmenter le nombre d'ouvriers. Enfin, l'Etat a le droit de réduire la somme à payer si le travail est plus facile que le devis ne le prévoyait. Mais, dans un pareil cas, les ouvriers réclameront-ils à leur détriment, et l'Etat
osera-t-il leur imposer une réduction? Pour établir que le Coopérative System peut être plus économique, le rapport officiel cite un exemple unique, et ce n'est pas une réduction de prix; il s'agit seulement d'une fourniture de ballast que l'État devait faire venir à grands frais; on découvrit par hasard sur la ligne en construction un gisement de roches volcaniques qui furent utilisées comme ballast à un prix moindre que ceux du devis. Le cas est exceptionnel. Beaucoup plus souvent il arrivera que les équipes trouveront le travail trop mal payé, réclameront un supplément, et que l'État cédera.
Le travail « coopératif» pourrait donc bien coûter un peu plus cher à l'Etat que l'autre. C'était du moins en 1899 l'opinion de toutes les personnes à qui j'ai demandé leur avis, sauf les fonctionnaires et les ouvriers. On se plaint surtout que la crainte de perdre des électeurs entraine le gouvernement à trop de sacrifices. « il y a, me disait-on, un argument irrésistible. Quand une équipe est accusée de paresse et menacée par l'ingénieur, le chef dit : « C'est bien, je vais écrire à Seddon », et cela met fin aux reproches. Je ne saurais, bien entendu, donner cette boutade pour une raison, trouvant assez naturel que dans un pays démocratique les ouvriers de l'Etat demandent que celui-ci soit un patron modèle. J'ai voulu seulement exposer les arguments de part et d'autre ; je ne me hasarderai pas à tirer une conclusion de cette expérience intéressante, mais trop récente et faite sur une échelle trop petite encore pour qu'on puisse l'apprécier justement.
Ce système appelé trop ambitieusement « coopératif », est à peu près la commandite ; il est connu un peu partout
et a été appliqué pard'aftrtre&gauyemementsaustralasiena,
par exemple en Victoria, sous le nom de Butty Gang. La nouveauté est moins dans Le système que dans les dispositions du gouvernement de Nouvelle-Zélande, exceptionnellement favorable aux ouvriers.