‹ Le socialisme sans doctrines, la question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-ZélandeChapitre 37 sur 98 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Attributions de l'État.

Sauf le monopole du tabac et des allumettes, les gouvernements australasiens exercent toutes les fonctions de l'Etat français; ils ont, en outre, un ministère des Crown Lands (ventes des terres publiques) très important dans les pays neufs, l'administration des chemins de fer, déjà pratiquée par plusieurs Etats d'Europe, et une foule d'autres fonctions parfois inédites. Les colonies australasiennes ont créé plus de services publics que les États européens, et l'on aurait plutôt fait d'incftquer ceux qui leur manquent que d'énumérer ceux qu'elles possèdent.

L'Australasie n'a rejeté qu'une seule des charges qui grèvent nos finances publiques, le budget des cultes. Les églises et les Etats sont, en effet, séparés dans toutes les colonies.

L'assistance publique est peut-être moins .nationalisée qu'en France ou en Allemagne ; plusieurs colonies ont peu d'asiles et d'hôpitaux à elles et préfèrent donner des subventions aux établissements fondés par le clergé ou par des sociétés particulières. De ce fait, l'Armée du Salut1

ïl L'Armée du Salut publie chaque année sous un titre différent et avec le sous-titre : Social Works of Salvation Army in Australasia, une brochure sur ses œuvres australasiennes. Rapprochez: Victoria Charitable Institutions, Report oflnspector (Rapport ofliciel annuel'. Voir Victorian Yearbook 1967-8, p. 337.

23t LE SOCIALISME SANS DOCTRINES

reçoit d'importantes annuités et joue un rôle considérable, particulièrement en Victoria.

Le budget de la guerre, comparé aux nôtres, est insignifiant. L'Australasie, en effet, n'entretient qu'une demidouzaine de croiseurs et canonnières, quelques dizaines de canonniers coloniaux, un seul corps de cavalerie à cadres permanents, les lanciers de la Nouvelle-Galles du Sud. Sa défense est assurée par des volontaires organisés en corps d'infanterie montée, et astreints, pour tout service, à de courtes manœuvres.

D'autre part, aucun pays ne dépense davantage — toutes proportions gardées — pour l'instruction, pour les travaux d'utilité publique et ne prend plus d'initiative que les principales colonies australiennes.

Partout, on a abandonné l'ancien système anglais qui faisait de l'enseignement une entreprise particulière et bornait le rôle de l'Etat à encourager par des subventions l'initiative privée. On est allé plus loin que l'Angleterre contemporaine où l'instruction publique est confiée, dans chaque district, à des conseils élus par les contribuables. Les colonies australiennes ont, comme dans la plupart des Etats-Unis, un ministère de l'Instruction primaire, sous la direction duquel sont les écoles publiques, gratuites, obligatoires et laïques. L'enseignement confessionnel est libre, mais ne reçoit aucune subvention ; du reste, aucune église, sauf la catholique, ne fait une concurrence systématique aux écoles de l'Etat, et comme les catholiques sont en minorité, le plus grand nombre des enfants dans chaque colonie reçoit l'enseignement primaire à l'école publique. Les .colonies australa-

siennes consacrent à l'instruction près d'un dixième de leurs revenus. Dans la période d'organisation, la proportion s'est élevée, pour Victoria et Nouvelle-Galles, à près d'un tiers.

L'enseignement secondaire et supérieur est resté partout entre les mains des particuliers ; il n'est pas national et gratuit comme il l'est presque partout aux États-Unis. L'Australasie donne donc un excellent enseignement primaire ; elle accorde des subventions considérables aux universités, corporations privées, mais elle n'assure pas encore au peuple le chemin de l'enseignement supérieur. Comme, en effet, l'enseignement secondaire qui conduit à l'université est payant, les collèges et les universités sont fréquentés presque exclusivement par la classe bourgeoise : l'esprit qui y règne n'est ni très démocratique ni favorable aux nouvelles lois, bien au contraire. Il est vrai qu'il n'est pas nécessaire d'avoir passé par l'enseignement supérieur pour faire son chemin dans les fonctions publiques, et qu'on va chercher à l'université plutôt un développement intellectuel et un certain air de bonne éducation. Il serait pourtant fâcheux qu'il se fit dans la société une distinction permanente entre les « primaires », comme nous dirions, et les University men. Les gouvernements y ont partiellement remédié en instituant des bourses d'enseignement secondaire et supérieur.

L'intervention de l'État contre l'alcoolisme va plus loin que chez nous.

Des mesures ont été prises dans plusieurs colonies pour ne pas augmenter le nombre des débits, pour les fermer de bonne heure en semaine et toute la journée du di-

manche. Eh Nouvelle-Zélande, une loi de 1893, modifiée en 1N!)5, appelle les électeurs à se prononcer, Ions les trois ans, en même tenips qu'ils votent pour le renouvellement des députés, sur le maintien ou la réduction ou la suppression des débits. C'est ce, que l'on nomme V option locale. Déjà quatre consultations ont eu lieu : elles montrent que le nombre des partisans de la prohibition augmente à chaque fois. Ils ont réussi dans 6 des 68 circonscriptions; dans 36 autres, ils sont les plus forts bien qu'ils ne groupent pas encore les 3/5 des suffrages exigés par la loi pour que la volonté de la majorité reçoive exécution.

L.'option locale existe au Queensland depuis 1885; elle a été introduite en Nouvelle-Galles et en Sud-Australie par des lois votées en 1905. Au Queensland, 3 circonscriptions sur 91 ont prohibé les débits. <'ii Nouvelle-Galles 64 sur 90 ont réduit leur nombre, en Sud-Australie, 9 districts ont demandé la réduction, 3' l'avaient obtenu en 1909. Tasmanie depuis 1902 admet les citoyens imposés à réclamer l'option locale. Par une loi de 1906, Victoria établit l'option locale à partir de 1917 et en attendant charge un bureau spécial de réduire le nombre des débits.

Nulle part l'État n'a entrepris autant de travaux qu'en Australasie. La plupart des chemins de fer ont été construits ou achetés par les Etats. Victoria, Queensland, possèdent aujourd'hui tout leur réseau; dans les autres colonies, les lignes particulières représentent une longueur in lime, par rapport aux lignes nationales. On est stupéfait quand on pense aux sommes énormes dépensées en voies

ferrées, routes, irrigations, ponts, édifices coloniaux. C'est là qu'ont passé la plus grande partie des emprunts colossaux faits par les colonies, c'est par là que s'explique le chiffre considérable de la dette publique. Le tableau suivant montre à quelle proportion s'élève la dette par tête d'habitant dans chaque colonie :

Nouvelle-Galles. Victoria ....

Queensland. . .

Sud-Australie. .

Ouest-Australie .

Tasmanie . . .

30 juin 1908 id.

id.

id.

id.

id.

Total pour la Fédération . . .

Nouvelle-Zélande. 131 mars 1899

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