‹ Le socialisme sans doctrines, la question agraire et la question ouvrière en Australie et Nouvelle-ZélandeChapitre 38 sur 98 · TOTAL · texte numérisé non relu

TOTAL

de a dette.

lianes.

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DETTE par tête habitant.

lianes.

Le chiffre par tête d'habitant est partout plus élevé qu'en France. Mais peut-être ne suffit-il pas de comparer les nombres et faut-il mettre en parallèle les résultats. Les colonies auslralasiennes ont, en effet, fort peu dépensé en armements et frais de guerre, sauf Nouvelle-Zélande pendant les guerres avec les Maoris, et sauf les envois de contingents au Transvaal. Elles peuvent, pour l'argent déboursé, montrer ce qu'elles appellent avec orgueil des Reproductive Works, des travaux qui rapporteront. Sans doute ils ont coûté cher, sans doute plusieurs sont aujourd'hui sans utilité, comme certaines voies ferrées victoriennes que le gouvernement juge inutile d'exploiter après les avoir construites ; maison espère bien qu'elles

serviront un jour, et l'on affirme que toute la dépense fait de la réclame à la colonie, la rend plus habitable, plus facile à exploiter, plus attrayante, et contribue ainsi à lui donner ce dont elle a le plus besoin, de nouveaux colons.

Pour faire connaître la multiplicité des fonctions de l'État en Australasie, il suffira d'énumérer celles de Nouvelle-Zélande, colonie la plus avancée et la plus entreprenante1.

En Nouvelle-Zélande, l'État est le plus grand propriétaire foncier. Il possède les trois quarts des écoles primaires et instruit les neuf dixièmes des enfants; il est le principal propriétaire et le seul entrepreneur de voies ferrées dont il détient 3 945 km. contre 180 à des particuliers; il est le plus grand patron et occupe près de la moitié des ouvriers ; il a créé une banque nationale qui prête à un taux plus bas que les banques particulières, trois administrations d'assurances d'Etat, une caisse nationale des dépôts et consignations, un système de retraites pour Ja vieillesse.

Quand on considère ce développement des services publics, on est tenté de croire à une évolution nouvelle qui aboutirait au socialisme d'Etat; cette vue semble être confirmée par la profession de foi que faisait, le 25 mars 1895, à New-PlyniQuth, M. W. P. Reeves, alors ministre du Travail et aujourd'hui agent général de Nouvelle-Zélande à Londres. « Plus l'État fait pour les citoyens, déclarait M. Reeves, plus il remplit sa fonction... Les attributions

(1) The State and Ifs Fttnctions in New Zealand, brochure n°7» de la Fabian Society, Londres.

de l'État doivent être étendues le plus possible... La vraie démocratie consiste dans l'extension des attributions de l'État. »

Ce langage peut plaire dans une colonie radicale ; mais il ne traduirait pas toujours le sentiment des ministres qui gouvernent à Melbourne ou à Sydney.

Dans la plupart des colonies, en effet, ce n'est pas au nom d'un principe ni en application d'un système, c'est pour répondre à des nécessités que l'État est intervenu dans un domaine partout ailleurs réservé à 1 initiative particulière. Si Victoria a donné l'exemple des chemins de fer nationaux, c'est que la compagnie à qui elle avait confié sa première ligne ne la construisait pas. Nouvelle- Zélande elle-même s'est longtemps engagée dans le socialisme d'État sans le savoir. Depuis quelques années seulement, des hommes politiques jeunes et instruits ont aperçu le but où leur pays marchait, ils l'ont accepté, ils l'ont justifié, en important chez eux les doctrines européennes. Tel est le cas de Nouvelle-Zélande, et de Sud-Australie, tel est le sens dans lequel marchent les autres États. Mais cette évolution est récente. Pour la faire comprendre, j'examinerai rapidement certaines fonctions de l'État qui ne sont pas des innovations socialistes quoiqu'elles en aient toute l'apparence. J'étudierai ensuite dans un chapitre spécial, l'institution des retraites pour la vieillesse, où se manifeste nettement un esprit nouveau de démocratie sociale.

L'État et l'exportation des produits agricoles. Uuand on arrive à Adélaïde, on trouve sur la ligne de

chemin de fer une bifurcation qui conduit à un grand magasin de bois et de tôle ondulée construit sur le quai

maritime de Port-Adélaïde. Le jour, cette petite ligne de chemin de fer est sans animation. La nuit, les wagons grillés à deux étages, remplis de moutons comme une bibliothèque de livres, commencent à arriver. Les moutons sont débarqués, poussés vers l'abattoir sur un plan incliné entre deux barrières, tués et dépouillés par seize bouchers et rangés dans les cbambres de la glacière en attendant d'être expédiés en Angleterre. Les lapins, naguère peste de l'Australie, aujourd'hui articles d'une exportation profitable, arrivent fraîchement tués et rangés par douzaines dans des caisses plates à claire-voie ; de même pour les volailles. Toutes ces carcasses, suivant le mot consacré, sont examinées par des inspecteurs. Si elles sont acceptées, on les envoie à la glacière après avoir imprimé un timbre officiel sur l'une des planches de la caisse.

Cette entreprise appartient à l'Etat de Sud-Australie 4, elle est faite pour épargner les tracas et les dépenses au producteur de la campagne. Le gouvernement vend à ce dernier la congélation, l'emmagasinage, le transport au plus juste prix. Tous les agents qui manipulent les produits, tous les employés de la maison, depuis les garçons bouchers jusqu'aux mécaniciens et chauffeurs des deux macbines qui produisent la glace, sont des fonctionnaires de la colonie de Sud-Australie.

La sollicitude de l'État est plus paternelle encore pour

(1) South Auslralia, Report of the Ministerof Agriculture aniiii'l). — Uan&book of South Australia, (908, pp. 93 et 321.

LES FONCTIONS DE i/ÉTAT 241

le vin. Les tonneaux arrivent dans l'une des annexes du magasin ; là, le vin est goûté par le professeur de viticulture du collège agricole du gouvernement; si le vin est approuvé, le récipient reçoit la marque officielle, est envoyé à Londres et emmagasiné dans un local loué par la colonie. Des échantillons de vin sont prélevés pour être exposés et offerts au consommateur dans les bureaux de l'agent général, c'est-à-dire du représentant de Sud-Australie à Londres. C'est ainsi que l'on conçoit dans toute l'Australasie, le rôle de l'agent général : a II nous faut dans ces postes, m'a-t-on dit, des sortes de voyageurs de commerce, capables de créer un débouché à nos produits. >■>

Si le succès de ces innovations répond aux désirs des Australiens, c'est une question difficile à trancher. Au point de vue financier, l'exportation par l'État a coûté jusqu'ici plus d'argent qu'elle n'en a rapporté. Les entrepreneurs particuliers cherchent des bénéfices. L'État — disent ses adversaires — se contente d'être payé en popularité et en suffrages, Aux élections dont je fus témoin en 1899, le journal satirique d'Adélaïde, organe conservateur, représentait le dépôt d'exportation sous la forme d'un squelette de mouton et d'un tonneau devant lesquels le ministre des Finances s'agitait en criant : « Entrez ! entrez ! Vous verrez bien d'autres phénomènes à l'intérieur! » Telle est l'opinion de ceux qui payent la plus forte part des impôts.

Ceux qui se déclarent satisfaits de l'initiative prise par le gouvernement sont les petits agriculteurs, qui payent peu dans un pays d'impôts progressifs et qui gagnent

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