CHAPITRE PREMIER
Le Pays'.
L'Australie est un continent massif, à peu près grand comme les trois quarts de l'Europe. Sa partie occidentale et toutes ses régions intérieures reçoivent très peu de pluies ; ce sont presque toujours des steppes couvertes
(1) Sur la situation générale de l'Australasie, particulièrement les questions économiques, la législation ouvrière et foncière : Pierre Leroy-Beaulieu, Les nouvelles sociétés anglo-saxonnes, Paris. 1895, in-16 (au point de vue de l'économie politique libérale, opposée à l'intervention de l'Etat) : — Louis Vigouroux, L'évolution sociale en Australasie, Paris, 1902, in-16 (publié à la suite d'une mission remplie par l'auteur pour le Musée social de Paris en 1898) ; — William Pember Reeves (ministre du Travail en Nouvelle-Zélande, puis agent général de la colonie à Londres), State Experiments in Australia and New Zealand, Londres, 1902, 2 vol. in-8° (exposé le plus complet de la politique démocratique et sociale à laquelle M. Reever a collaboré: voir aussi note de la p. 4) ; Comte de Courte, La Nouvelle-Zélande, in-8° ; — Biard d'Aunet, L'aurore Australe, in-8°, ouvrage d'ensemble sur l'Australie. M. de Courte était consul à Wellington, M. Biard d'Aunet, consul général à Sydney lors de mon voyage.
Sur la Nouvelle-Zélande, André Siegfried, La démocratie en Nouvelle-Zélande . Paris. 1904. in-16. L'auteur a visité la Nouvelle- Zélande à la même époque que moi-même.
Il existe en anglais beaucoup d'ouvrages contemporains très intéressants en outre de ceux de M. W. P. Reeves, et de nombreux annuaires qui sont fort utiles. J'aurai l'occasion de citer plusieurs de ces publications dans les autres paragraphes de ce chapitre et au cours du livre.
M ET ix. 1
d'herbes dures, de brousse, parfois des déserts avec des dunes de sable et des étangs salés ; ces solitudes ne seraient connues que par les explorations si les éleveurs de moutons et les chercheurs d'or ne les avaient envahies dans ces dernières années.
Les parties fertiles, arrosées, propres à l'établissement de colons forment une bande sur la côte Estet Sud-Est ; elles sont séparées à l'intérieur par des montagnes, abruptes en arrière de Sydney, partout larges et couvertes de forêts.
Les colons se sont d'abord établis à Sydney et en Tasmanie, île montagneuse et bien arrosée, puis sur les côtes de Sud-Australie, à Adélaïde, de Victoria, à Melbourne et au nord sur celles du Queensland. De là, ils ont franchi les montagnes et ont pénétré dans l'intérieur.
Le climat du littoral est tropical au Queensland et sur toute la côte Nord ; il y permet la culture de la canne à sucre. Sydney et Adélaïde ont à peu près le climat de la Méditerranée, avec des variations plus brusques ; l'oranger et la vigne mûrissent dans leurs campagnes. Le sud de Victoria et laTasmanie ont un hiver assez froid et pluvieux avec de la neige sur les montagnes, parfois des gelées. Partout l'air est sec, agréable, pur, sauf dans les parties mal abritées, où le vent de l'intérieur apporte ses tourbillons de poussière.
Sur la côte occidentale, le désert et la brousse s'étendent presque jusqu'au rivage. Les établissements fondés de ce côté végétèrent longtemps : les mines d'or de l'intérieur ont été reconnues et exploitées seulement depuis quelques années.
Les indigènes, peu nombreux, demeurés au degré de
LE PASSÉ ET LE PRÉSENT DE l'aUSTRALASIE 3
civilisation le plus bas, ne vivaient que de la chasse, de la pêche, de la cueillette1. Quand les Européens s'établirent en Australie, le continent était une vaste forêt d'eucalyptus hauts et touffus sur la côte et les montagnes, rabougris et clairsemés dans les steppes : c'est le bush qui couvre encore la plus grande partie du continent. Pour mettre le sol en culture, il faut couper les arbres et arracher leurs fortes et profondes racines.
Ce pays sec, monotone, caché sous une forte végétation primitive, ne promettait pas ce qu'il a donné. On le méconnut d'abord. L'officier envoyé en 1802 pour fonder le premier établissement sur la baie où s'élève maintenant Melbourne, l'une des deux grandes villes australiennes quitta bientôt le pays, en déclarant qu'il était juste assez bon pour les kangourous.
La Nouvelle-Zélande n'est colonisée que depuis un demisiècle, et elle avait en 1906 977 215 habitants, avec une superficie qui ne dépasse point celle de l'Italie. La colonisation de ce pays rencontra pourtant de grandes difficultés: l'éloignement, car la Nouvelle-Zélande est séparée de l'Australie par une mer généralement mauvaise que les vapeurs mettent cinq jours à franchir; les indigènes Maoris2, guerriers très braves qui se battirent pendant
(1) Le recensement de 1901 estime leur nombre à 41 389, dont 5 261 en Ouest-Australie, 5137 dans l'arrière-pays du Queensland, 26 433 tant en Sud-Australie que dans le Territoire-Nord dépendant de cette colonie.
Voir Roth, The Aborigènes of Queensland (publié parle gouvernement), Brisbane, 1899, in-8». — B. Spencer et F. Gillen. The Native Tribes of Central Australla, Londres, 1899, in-8° ; The Northen Tribes of Central Australia, Londres, 1904, in-8°. — Ces trois ouvrages sont illustrés.
(2) Le nombre des Maoris, après avoir diminué augmente d'une-
huit années pour défendre leurs terres et qui en ont conservé une partie dans l'île Nord. Mais le sol y est excellent dans les plaines et les vallées : les deux îles ont des montagnes très élevées, avec des neiges éternelles dans l'île Sud : l'eau coule en abondance. Les pâturages sont plus gras, la culture souffre moins de la sécheresse qu'en Australie. Le climat, analogue à celui de Sydney dans le nord, de la Tasmanie au sud, est un des plus salubres du monde. On envoie aujourd'hui les phtisiques faire des cures d'air en Nouvelle-Zélande.
Les débuts de la colonisation. La déportation. Les squatters '.
La cote orientale fut reconnue en 1770 par Cook qui l'appela Nouvelle-Galles du Sud parce que ses montagnes
façon lente, mais continue. En 1896, il s'élevait à 39 854, en 1906, à 43 793, et le nombre des métis avait passé, entre ces deux dates, de
5 762 à 6 516, dont 2 578 vivant à l'européenne ^Maoris et métis sont compris dans le total donné plus haut, d'après le recensement de 1906.
Au sujet des Maoris, voir Sir George Grey (gouverneur, puis premier ministre de Nouvelle-Zélande), Polynesian Mythology. — J. White, Ancient history of the Maoris (publication officielle). — DrShortland. Maori Religion and Mythology. — Maning, Old New-Zealand, — et pour une étude plus rapide, les très intéressants chapitres de W. P. Recves, The Long White Cloud, London, 1898, in-8°.
(t) Consulter G. -W. Rusden, The History of Auslralasia, nouvelle éd., Melbourne, 1897, 3 vol. in-88; le même, The History of New- Zealand, nouvelle éd., Melbourne, 1896, 3 vol. in-8°.
Sur la Nouvelle-Zélande, voir de préférence l'étude générale et très intéressante de l'ex-ministre du Travail, aujourd'hui agent général de la colonie à Londres, W. P. Reeves, The Long White Cloud (Ao TeaRoa), Londres, 1898. in-8».
Il existe une foule d'histoires sommaires telles que E. Jenks, The History of the Australasian Colonies, Cambridge, 1895, in-8°.
J'ai exposé les faits importants de l'histoire d'Australasie et donné une bibliographie dans les tomes X, XI et XII de l'Histoire générale publiée sous la direction de MM. Lavisso et Rambaud, Paris, 2«édit., 1904-1905.
et ses profondes échancrures lui rappelaient les rivages du l'ays de Galles. Le naturaliste de l'expédition fit une description enthousiaste de la végétation qui couvrait les bords de la baie de la botanique (Butany Bay). Lorsqife l'Amérique se fut rendue indépendante, le gouvernement anglais songea à mettre en valeur le rivage découvert par Cook. Il commença par y déporter les criminels. En 1788, un premier convoi de condamnés escorté par des gardiens et un régiment d'infanterie de marine vint fonder Sydney ; la déportation continua pendant plus de cinquante années. Ceux qu'on envoyait n'étaient pas tous des meurtriers ou des brigands; beaucoup portaient la peine de délits qui sont aujourd'hui punis moins sévèrement, vol domestique, braconnage, vagabondage, beaucoup expiaient des faits de grève ou des crimes politiques ; un grand nombre d'Irlandais furent envoyés en Australie après la révolte de 1798.
Les dépôts se trouvaient à Sydney, aux îles Norfolk, en ïasmanie. Les condamnés travaillaient d'abord dans des bagnes; beaucoup d'entre eux furent ensuite employés à des travaux publics, défrichements, routes, constructions, ou prêtés à des particuliers qui s'engageaient à les nourrir. La colonisation pénale coûtait beaucoup plus qu'elle ne rapportait. Elle était un sujet de plaintes pour les colons libres. Enfin, les philanthropes dénonçaient l'inhumanité avec laquelle les gardiens traitaient les prisonniers. Tout cela fit que la déportation fut supprimée en 1840 dans la Nouvelle-Galles, de 1847 h 1852 dans la Terre de Van Diemen, aujourd'hui Tasmanie. 83 290 convicts avaient été déportés dans la première de ces colonies de 1788 à 1840,
55 000 dans la seconde de 1803 à 1845. Dans l'une et l'autre, 30000 environ s'étaient établis définitivement, les autres étant morts au bagne ou revenus en Europe après l'expiration de leur peine. Or en 1851, la Nouvelles-Galles avait 360 000 habitants : de plus, les autres colonies, sauf les deux moins peuplées, Tasmanie et Australie occidental*', n'ont jamais reçu de condamnés. Le peuplement de l'Australie n'a donc pas été fait par les convicts : l'émigration libre y a contribué dans une proportion infiniment plus forte. Les descendants de déportés qui peuvent se trouver aujourd'hui à Sydney et à Hobart sont noyés dans le reste de la population et le souvenir de leur origine est perdu.
La véritable colonisation — d'où sort la population australienne — a commencé presque en même temps que la déportation. En 1793, Sydney reçut pour la première fois des paysans d'Angleterre ; d'autres arrivèrent dans les années suivantes : on leur donnait quelques hectares de terres, à condition de payer une redevance après la troisième année; on leur fournissait des vivres pendant deux ans; on leur assignait des convicts qu'ils devaient habiller après la première année et nourrir après la deuxième. Les premiers colons essayèrent de cultiver le blé et le maïs, mais la sécheresse fit manquer la première récolte et le gouvernement dut acheter du grain pour les nourrir.
Ce n'était là qu'un expédient. On voulait en effet que l'Australie put se suffire à elle-même, pay for itself, suivant la maxime constante de l'Angleterre en matière de .colonisation. Le moyen fut trouvé par d'ingénieux capi-
talistcs qui commencèrent l'élevage du mouton. En 1797, un navire amena en Australie quelques moutons mérinos achetés au Cap. Un officier d'infanterie de marine songeait alors aux moyens de faire fortune dans ce pays perdu, où sa fonction l'avait exilé. Il eut l'idée que les moutons prospéreraient dans ce pays sec, que l'herbe était bonne pour eux, que les eucalyptus ne les gêneraient point, que rélevage ne demanderait aucun frais de défrichement, enfin que la garde des troupeaux, confiée à des convicts, coûterait peu de chose. Mais, pour faire pâturer des moutons, il fallait une grande concession et le gouverneur n'en accordait que de médiocres parce qu'il voulait former une population de petits cultivateurs. Le capitaine se rendit en Angleterre et obtint le droit de pâture sur un espace de 2 000 hectares. Plusieurs capitalistes imitèrent cet exemple. Plus tard, ils ne se contentèrent pas de louer, ils achetèrent ou se firent donner de grands morceaux de bonnes terres.
En Tasmanie, .on concédait une propriété pour rien à celui qui apportait assez d'argent pour la mettre en valeur. Ainsi commencèrent à se former deux classes dont la rivalité remplit toute l'histoire de l'Australie : 1° petits cultivateurs ; 2° possesseurs de grands troupeaux de moutons, les uns propriétaires, les autres locataires de terrains immenses.
La formation de classes distinctes entre les colons fut encore accentuée par l'application du système de Wakefield, économiste et homme d'affaires.
"Wakefield proposait de ne plus faire de concessions gratuites, mais de vendre les terres à un prix élevé, en les
b LE SOCIALISME SANS DOCTRINES
divisant par lots d'étendue moyenne, sans empêcher d'ailleurs les amateurs d'acheter plusieurs lots à la fois.
En conséquence, les colons seraient obligés de venir avec un capital s'ils voulaient acquérir des propriétés; ils ne risqueraient pas de tomber à la charge du gouvernement. Le prix de la vente des terres devait servir à payer le passage d'une classe d'immigrants pauvres, qui, jetés en grand nombre sur le marché du travail colonial, fourniraient une main-d'œuvre peu coûteuse aux propriétaires. La déportation pénale ne devait pas exister dans ce système. La colonisation ainsi entendue serait entreprise par des compagnies d'actionnaires ; elle était présentée comme une bonne affaire pour les particuliers qui y trouveraient des dividendes et pour l'Etat à qui on ne demanderait rien.
Deux compagnies de navigation furent créées par Wakefîeld et ses amis : la première fonda Adélaïde, capitale de Sud-Australie en 1836, l'autre Wellington capitale de Nouvelle-Zélande en 1839. Ce fut une excellente opération pour les initiateurs qui se tirent rémunérer par de larges étendues d'excellentes terres ; plusieurs des grandes propriétés de Sud-Australie et de Nouvelle-Zélande appartiennent encore à leurs descendants. Mais, dans l'ensemble, les compagnies ne réussirent pas : la menace de la banqueroute les obligea à renoncer à leurs privilèges et à céder leurs établissements au ministère des Colonies:
Il resta pourtant quelque chose du système. L'idée de vendre les terres à un prix élevé et de consacrer le produit de cette vente à l'immigration fut adoptée par toutes les
colonies. Partout on fixaun tarif minimum qui, en 1842, s'élevait à 25 francs l'acre, soit 62 francs l'hectare. Or, certains éleveurs de moutons qui n'étaient pas propriété ires ne voulaient pas acheter à ce prix les immenses étendues qui leur étaient nécessaires: ils allaient donc les chercher au delà du territoire colonisé, s'enfonçaient dans l'intérieur ou dans les terres inconnues. Melbourne fut ainsi fondé par des éleveurs de Tasmanie entre 1832 et 1836. Plus tard le Queensland eut la même origine. Ces colons qui s'installaient de leur propre autorité dans les terrains vacants étaient appelés des squatters. Le terme, d'abord pris en mauvaise part, a fini par désigner les propriétaires de grands troupeaux de moutons.
Entre les squatters et le gouvernement se posait la question suivante : la Couronne ayant été déclarée propriétaire de tous les terrains, les squatters peuvent-ils occuper un espace vide sans l'acheter? la question fut résolue lorsqu'on admit les squatters à payer un loyer peu élevé au lieu d'acquérir la propriété. Mais l'intérêt du gouvernement était de vendre : pouvait- il donc refuser d'accorder un long bail au squatter et déclarer que sa location était précaire et serait rompue dès qu'on demanderait à acheter tout ou partie du terrain qui servait de pâture ? La question fut tranchée après bien des difficultés en faveur des squatters. On leur accorda en 1847 des loyers peu élevés, des baux de huit et quatorze ans renouvelables pour cinq ans, enfin le droit de préemption si quelqu'un demandait à acquérir un ou plusieurs lots sur leur terrain.
L'Australie est à cette époque un pays agricole peu
peuplé où les grands propriétaires de moutons sont toutpuissants.
La découverte de l'or. — Le régime parlementaire. La démocratie.
La découverte de l'or marque, en Australie, le commencement de l'ère contemporaine. Un afflux d'immigrants se précipite dans les colonies, les villes s'accroissent avec une rapidité merveilleuse, les ouvriers sont nombreux, la société et les institutions deviennent démocratiques. C'est une transformation radicale qui commence au milieu du xixe siècle et qui se poursuit de nos jours.
La présence de l'or fut connue dès 1841 ; toutd'abordle gouvernement la tint secrète pour ne pas arrêter les progrès de l'agriculture; mais dix ans après, la découverte de pépites énormes en Nouvelle-Galles à Bathurst, en Victoria à Ballarat et Bendigo, fut publiée partout et la fièvre de l'or commença. Jusqu'alors l'Australie ne recevait que quelques capitalistes et un petit nombre d'ouvriers dont le passage était payé avec le prix des terres : de 1852 à 1854, elle reçoit 224000 émigrants libres tous attirés par la fièvre de l'or et 46 373 émigrants assistés. La population de la colonie de Victoria, centre principal de l'or, passe de 76 000 habitants en 1850 à 397 000 en 1856. Victoria devient et reste dès lors la colonie relativement la plus peuplée de l'Australasie.
L'aristocratie des squatters est débordée par les nouveaux venus. Elle lés boude, elle essaie de leur refuser tout droit politique, de leur imposer des taxes exorbitantes. Mais les immigrants s'agitent, font une émeute à
LE PASSÉ ET LE PRÉSENT DE l'AUSTRALASIE H
Ballarat pour la suppression des droits sur la recherche de l'or et re'clament des parlements élus. Plusieurs d'entre eux avaient pris part en Angleterre au mouvement chartiste pour le suffrage universel et à l'agitation ouvrière pour le droit d'association et la journée de huit heures : ils apportaient en Australie les projets de réforme qu'ils n'avaient pu réaliser chez eux. De la période de l'or datent la lutte contre les squatters et les grands propriétaires l, le mouvement ouvrier -, enfin les institutions parlementaires et démocratiques.
L'autonomie avec des assemblées élues a été accordée à toutes les colonies dès 1855 sauf Ouest-Australie qui l'attendit jusqu'en 1890. Chaque parlement comprend un Conseil législatif ou Chambre haute et une Assemblée législative ou Chambre basse.
La Chambre haute se compose de membres nommés à vie en Nouvelle-Galles et au Queesland, élus par des censitaires dans les autres Etats : aussi est-elle conservatrice et par conséquent mal vue des partis démocratiques. Les ouvriers et les radicaux demandent partout qu'elle soit élue au suffrage universel. 11 est vrai que le pouvoir du Conseil législatif n'est pas considérable. Lorsque ses membres sont nommés à vie, les premiers ministres y déplacent la majorité par des fournées. Dans tous les cas la Chambre haute, suivant l'usage anglais, ne vote pas le budget.
L'Assemblée législative est le véritable dispositaire du pouvoir. Les membres sont élus au bulletin secret (ballot)
(1) Voir chapitre n.
(2) Voir chapitre iv.
lou- les trois ans. Le suffrage universel a été partout adopté pour leur élection. Les femmes ont obtenu le droit de vote pour les élections législatives en Nouvelle-Zélande (1893) puis en Sud-Australie (1895). La Constitution fédérale, appliquée depuis 1901, ayant reconnu le droit de vote aux femmes pour les élections fédérales. Ouest-Australie, Nouvelle-Galles, ïasmanie et enfin Victoria leur ont accordé ce même droit pour les élections d'Etat. Seul, Queensland n'a pas encore suivi pour son Parlement local l'exemple donné par le Commonwealth, mais sans doute il y viendra à son tour.
Electrices pour les Chambres fédérales et pour l'Assemblée législative dans cinq Etats ainsi qu'en Nouvelle-Zélande, les femmes restent inéligibles sauf pour le Parlement fédéral et pour deux assemblées locales celles de Sud-Australie et de Tasmanie 1.
Après avoir élargi le corps électoral, les démocrates parlent d'augmenter ses attributions; on a déjà employé le référendum pour des questions d'intérêt considérable, comme celle de l'enseignement laïque en Sud-Australie,
(1) Il existe dans les colonies, particulièrement en Nouvelle-Zélande,
un mouvement féministe important. Les féministes ont demandé des lois de protection en faveur des servantes, des ouvrières, des vendeuses, et en général des femmes employées dans le commerce et l'industrie. Elles réclament encore le droit de vote et l'accès à tous les emplois pour les femmes dans toutes les colonies, l'interdiction de la vente des alcools et boissons alcooliques, des réformes dans les méthodes d'éducation. Elles sont en général d'origine bourgeoise et s'inspirent delà morale chrétienne. La plus importante de leurs associations est la Wometis Christian Tempérance Union, dont le nom est caractéristique.
Voir National Councii of the Women of New-Zealand, 4th Session, Auckland. 189!', in-8°. — Wolstenholme, le Mouvement féministe en Australie; — André Siegfried, La démocratie en Nouvelle-Zélande, pp. 251-265. •
celle de la Fédération politique dans toutes les colonies. Peut-être son usage sera-t-il généralisé.
Enfin l'indemnité aux représentants — qui, en Angleterre, n'existe pas plus que le suffrage universel, — a été instituée en Australasie après de longues résistances de la part des Chambres hautes (1873-1889). Les Assemblées de deux colonies, après plusieurs échecs devant le Conseil législatif, ont imaginé de faire passer l'indemnité comme un article du budget qui n'est pas soumis à la Chambre haute.
L'Assemblée législative est donc, dans toutes les colonies, élue au suffrage universel et formée de membres payés. Ces conditions ont été très favorables à la constitution des partis ouvriers.
Les ministres sont généralement pris dans l'Assemblée législative. Ils exercent le pouvoir exécutif dans toute son étendue. Il est vrai que le gouverneur, nommé parle roi, les désigne, mais la tradition est qu'ils doivent être pris dans la majorité et qu'ils démissionnent quand ils sont mis en minorité. Le gouverneur a également le droit de suspendre l'exécution des lois nouvelles qui lui paraissent dangereuses et de les soumettre à l'approbation royale; en fait, il n'use guère de ce droit, et les ministères australasiens ont pu élever des tarifs douaniers contre la métropole et faire passer des lois ouvrières et foncières très avancées, sans que le gouverneur y mit opposition.
Ouest-Australie a reçu l'autonomie beaucoup plus tard que les autres, en 1890, à la suite de la découverte de mines d'or qui, à partir de 1886, attirèrent chez elle une masse d'immigrants. Sa population passa de
30000 habitants en 1881, à 171030 en 1900. C'est une colonie dont toute l'activité est absorbée par les mines, les entreprises commerciales et industrielles.
En 1899, les colonies d'Australie et la Tasmanie ont adopté, à la suite d'un référendum dans chaque État, un plan de Fédération politique (Commonwealth), qui se réalisa en 1901.
Ce plan ressemble beaucoup à celui du Dominion of Canada, mais les pouvoirs du gouvernement central y sont moins étendus. En voici les principaux traits : le pouvoir exécutif est confié à un gouverneur général nommé par le roi et à un ministère pris dans la majorité du parlement fédéral : gouverneur et ministres résident provisoirement tantôt à Sydney tantôt à Melbourne. Le parlement se compose d'une Assemblée législative, élue dans des circonscriptions taillées suivant le nombre des habitants, et d'un Sénat représentant les États. Ces deux Chambres sont nommées au suffrage universel avec vote des femmes. Le parlement fédéral siège provisoirement à Melbourne.
La capitale définitive sera construite sur le territoire de la Nouvelle-Galles, la « colonie-mère », mais elle devra être située à 160 kilomètres au moins de Sydney. Cette dernière clause est considérée comme une victoire remportée par Melbourne sur sa rivale.
Les parlements et ministères, la constitution intérieure de chaque État continuent à subsister comme par le passé. Tout ce qui concerne la question agraire, la législation ouvrière, les chemins de fer et les travaux publics dans les limites de chaque État reste soumis exclusivement à l'action du gouvernement.
Sous la* courte administration du cabinet ouvrier Watson, le gouvernement fédéral fit voter en 1904 la résolution suivante :
« L'une et l'autre Chambre estiment qu'elles devront accepter, si les Etats veulent bien la leur octroyer, l'autorisation qui peut leur être accordée aux termes de la Constitution, de faire des lois pour le Commonwealth portant sur les salaires, les heures et les conditions de travail. »
Quand cette motion leur fut communiquée, les Etats ou ne répondirent pas ou déclarèrent qu'ils n'accepteraient pas un tel empiétement sur leurs droits.
D'ailleurs, sans qu'il soit besoin de l'interpréter ou de le torturer, le texte de la Constitution donne au gouvernement fédéral plusieurs attributions qui lui ont permis d'intervenir en matière sociale l. Il a le droit de faire une loi d'arbitrage et de conciliation pour les conflits industriels qui ne se limitent pointa un seul État; il s'en est servi en 1904, comme on le verra au chapitre vu.
Il a le droit de légiférer en ce qui concerne les retraites pour la vieillesse et il en a usé en 1908, comme on le verra au chapitre ix.
Tout ce qui concerne l'émigration, l'immigration, la naturalisation lui appartient exclusivement et il en a profité pour assurer « l'Australie aux Australiens » plus étroitement encore, s'il est possible que le faisaient avant lui les gouvernements d'État.
L'administration du commerce extérieur lui est confiée;
(1) A. Inglis Clark, étudies in Australian Constitutional Law, Melbourne.. 1901, in-8° avec table alphabétique.
sous ce régime, les tarifs protecteurs ont été étendus à tout le territoire fédéral et fortement élevés. De telles mesures servent, suivant leurs partisans, à défendre la législation ouvrière australienne en empêchant la concurrence des pays où les ouvriers travaillent à des conditions inférieures : elles constituent, suivant l'expression du ministère fédéral « la Nouvelle Protection », conception pratique, comme toutes celles des Australasiens ; je vais l'expliquer en donnant quelques exemples1.
Les droits d'entrée votés en 1906 rendent très difficile l'importation des machines agricoles américaines. Le marché intérieur demeurait donc assuré aux fabricants australasiens, mais le gouvernement ne les en laissait point maîtres. Dans l'intérêt du public, il fixait un maximum aux prix de vente. Dans l'intérêt des ouvriers, il imposait par une loi spéciale (Excise Tarif Act, 1906) aux fabricants protégés une taxe de 150 francs par moissonneuse-faucheuse, de 10 à 12 p. 100 de la valeur sur les autres machines en promettant d'exempter du paiement tous ceux qui donneraient « un salaire juste et raisonnable ». Sur ce point, la décision appartenait aux Conseils des salaires ou aux Cours d'arbitrage qu'on étudiera aux chapitres vi et vu.
La même loi spéciale de 1906 établissait un droit de 0,30 sur chaque litre d'alcool produit à moins que le distillateur, dans le délai d'un an après la promulgation de la loi, n'assurât « des salaires justes et raisonnables », n'instituât la semaine de quarante-huit heures et n'établit
il) Cf. Deschars, dans Rev. pol. et pari., sept. l'J08; Officiai Ybk of Lhe Commonwealth, p. 1068-70.
« une proportion raisonnable » entre le nombre des ouvriers et celui des apprentis.
Déférées à la Cour suprême par les patrons, ces deux dispositions furent déclarées inconstitutionnelles, comme usurpant sur les droits fiscaux réservés à chaque Etat.
Il convient pourtant de noter ces tendances et de les rapprocher des mesures fédérales déjà suivies d'effet. Toutes marquent un effort vers la centralisation et l'unification des lois sociales, une combinaison de la protection ouvrière et de la protection douanière qu'on retrouve également en Nouvelle-Zélande.
Bien que Commonioealth d'Australie et Dominion de Nouvelle-Zélande demeurent deux États distincts, on ne saurait étudier leurs législations sans les comparer : elles se développent parallèlement et influent l'une sur l'autre, l'acte initiateur venant le plus souvent de Nouvelle- Zélande, État le plus démocratique de tout le monde anglais.
Le développement économique '-
Dans son ensemble l'Australasie est un pays d'affaires où les capitalistes viennent pour augmenter leur fortune
(1) Le service statistique de chaque État oucolonie publie annuellement des tableaux statistiques (Statistical Register, in-4°) à l'usage du parlement.
On trouvera des renseignements plus commodément et sous un format plus maniable dans les différents annuaires officiels, in-8», surtout : The Seven Colonies of Australasia, publié à Sydney par M. T. À. Coghlan, chef du service statistique de Nouvelle-Galles, remplacé aujourd'hui par Officiai Year Book of Ihe Commonwealth of Aus- Iralia, publié- à Melbourne par M. G. H. Knibbs, statisticien du Commonwealth. : The Officiai Yearbook of New South Wales, publié à Sydney ; Victoria?} Yearbook, publié à Melbourne : The New Zealand
et les ouvriers pour trouver un salaire plus élevé qu'en Europe. Même dans les lois démocratiques et ouvrières, on trouve souvent le sens de l'intérêt immédiat plus que le souci de préparer l'avenir. Ce n'est point de théories que se soucie la population de ce pays; elle pense à l'exportation, à la rémunération du travail, et cette préoccupation constante domine d'un bout à l'autre l'histoire de l'Australasie. Aussi le développement économique de ce pays a-t-il commencé dès les débuts de la colonisation et a-t-il progressé avec une rapidité merveilleuse.
L'Australasie dispute à l'Argentine le premier rang pour la production de la laine qui a fourni jusqu'à 1/2 des exportations australiennes, 1/3 des néo-zélandaises, — plus que les métaux précieux. Depuis 1882, on a appris à congeler la viande, les œufs, le beurre, le miel, de façon à les transporter jusqu'en Angleterre sans qu'ils perdent autre chose qu'une partie de leur saveur : cette industrie, née en Nouvelle-Zélande, se développe de plus en plus en Australie. Enfin le blé, le vin commencent à être produits en assez grande quantité, surtout dans Sud-Australie et
Officiai Year Book, publié à Wellington. Ces trois annuaires sont excellents et réguliers.
The Queensland Officiai Yearbook, Brisbane (résumé ilans A. B. C. of Queensland Statistics, broch., Brisbane, 1908) et Western Australia Yearbook. Perth, ne paraissent pas aussi régulièrement que les précédents.
Les autres colonies ne publient régulièrement que le Statistical Begister.
Le gouvernement de Sud-Australie a lait publier : Handbook of South Australia, Adélaïde, 1908. — La bibliographie de tous les documents officiels publiés périodiquement par la Fédération et par les Etats est donnée dans Officiai Ybk ofthe Commonirealth, 1909, p. 5-10.
Parmi les annuaires publiés par des particuliers : The Year Book of Australia, Sydney; The Australian Handbook (incorporât i ng New- Zealand, Fiji and Neiv-Guinea), Londres, ce dernier surtout à l'usage des commerçants et gens d'affaires.
Victoria, pour pouvoir être exportés. La surface consacrée à l'élevage s'étend de plus en plus vers l'intérieur; celle des cultures a été poussée, grâce à des travaux d'irrigation, dans des régions qu'on croyait à jamais désertes.
La partie septentrionale du Queensland, dont le climat est tropical, a des champs de canne à sucre. Mais les principales ressources du pays sont les moutons, le bétail et les céréales introduites par des Européens. Sud-Australie, Tasmanie et Queensland demeurent presque entièrement agricoles.
Dans les autres colonies, l'industrie s'est développée à la suite de la première découverte des métaux précieux. La production de l'or avait baissé après 1867 ; mais elle a remonté en Victoria, et de nouveaux gisements ont été découverts depuis 1882 en Queensland et surtout en Ouest-Australie. L'Australie produit aujourd'hui 350 à 400 millions de francs d'or, la Nouvelle-Zélande plus de 50, ce qui met l'Australasie au troisième rang des pays aurifères, après le Transvaal et les États-Unis. Plus de 69 millions de francs d'argent sont tirés de Broken Hill en Nouvelle-Galles, 6 à 7 de Tasmanie. Plus de 8 millions de tonnes de houille sont extraites chaque année en Australie, pour les 3/4 àNewcastle en Nouvelle-Galles, plus de 1 million 1/2 en Nouvelle-Zélande. Une partie du combustible extrait est vendu aux navires, le reste consommé dans le pays. Des usines à vapeur ont commencé à s'installer pour la fabrication du suif, la filature, la métallurgie. Mais l'industrie ne s'est véritablement développée qu'autour de Melbourne, de Sydney et des villes néo-zélandaises. Les usines travaillent pour la consommation locale, mais
ne suffisent pas à l'alimenter; leurs produits doivent être protégés par des droits de douane contre la concurrence anglaise et étrangère.
La population de l'Australasie est très peu dense. Victoria, la colonie relativement la plus peuplée n'a guère plus de o habitants au kilomètre carré, Nouvelle-Zélande qui vient ensuite, n'en compte pas 3,5. Les campagnes surtout sont peu peuplées, car la plus grande partie des habitants sont concentrés dans les villes. C'est le cas des 3/5 de la population de Victoria. Melbourne, capitale de cet Etat, renferme plus des 2/5 de sa population, Adélaïde, près de la moitié de celle de Sud-Australie, tandis que les habitants de Paris représentent seulement 6,97 p. 100 du total des personnes résidant en France. La moitié au moins des habitants de la Nouvelle-Galles et de ceux de Sud-Australie, colonie pourtant agricole, vivent en agglomérations de plus de 5000 habitants.
Voici le tableau de la population des États et de leurs capitales avec les faubourgs au 31 décembre 1907 :
Nouv.-Gallesd.Sud Victoria ....
Queensland . - Sud-Australie .
Territoire-Nord.
Ouest-Australie Tasmanie . . .
Commonwealth Nouvelle-Zélande
SUPER- FICIE
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