Revue Socialiste, 15 mai 1911, p
professionnel toute l'énergie des prolétaires et ne concevant la conquête du pouvoir que par la grève gêné raie, non par le triomphe d'une majorité parlementaire ou d'un coup de main insurrectionnel. Ensuite surgit le phénomène tapageur de 1' « hervéisme », mélange confus d'un internationalisme qui ne voulait rien savoir de la « patrie bourgeoise » et ne voulait connaître que la « guerre so^ale », d'un pacifisme sans onction et d'un « insurrectionnalisme » verbal qui, en dépit de ses prétentions, ne se rattachait par aucun lien assignable à la tradition d'Auguste Blanqui. Certains « réformistes » ou « révisionnistes » impénitents, rendus prudents, mais non convaincus par les anathèmes fulminés à Amsterdam, continuaient à caresser le rêve d'une alliance avec les radicaux, d'un retour au Bloc de 1903 et de 1904 : la brochure d'Albert Thomas, parue peu avant la guerre, et inti tulée, non sans présomption, Politique socialiste, est le témoignage de cette tendance et la confession de: cette nostalgie.
Le guesdismen'a. jamais présenté aucune originalité,— il a toujours vécu des formules marxistes, non sansj| un apport considérable de formules lassalliennes mal accordées avec les premières : la pensée de Guesde, plus homme d'action d'ailleurs que théoricien, s'est formée à l'école de la Sozialdemokratie allemande avant que celle-ci eût, au Congrès d'Erfurt, éliminé de son programme les idées de Lassalle.
Jean Jaurès avait, avant le Congrès d'Amsterdam, tenté un effort pour construire une doctrine de socialisme républicain et réformiste, pour la rattacher à la tradition de la démocratie française, et pour y incorporer, dans une certaine mesure, certaines formules rendues familières par le marxisme : de cette période constructive de sa carrière intellectuelle et politique les Etudes socialistes, l'introduction aux
Discours parlementaires, et surtout les volumes de V Histoire socialiste consacrés à la Révolution française portent le témoignage durable. Dans les années qui suivirent le Congrès d'Amsterdam, l'effort de Jaurès fut détourné et dispersé : pourtant, dans V Armée nouvelle, on retrouve des traces de l'inspiration d'autrefois.
Le persistant « révisionnisme » d'une fraction importante du parti socialiste unifié est un phénomène curieux, qui pourtant s'explique aisément. La tendance qui a toujours poussé beaucoup de socialistes à rechercher le contact avec les partis « bourgeois » de gauche et à considérer la rupture de tout lien avec eux comme une erreur dangereuse et regrettable, a, en dehors des considérations de tactique électorale, des raisons profondes. Le fait essentiel est le rôle joué par la bourgeoisie française : « la classe moyenne n'a pas partout la même importance : en France l'histoire de ses progrès est l'histoire même du pays qu'elle a émancipé avant de le gouverner. En Angleterre elle demeure constamment sur le second plan ; ce n'est pas la bourgeoisie, c'est la noblesse qui prend le commandement du peuple pour le conduire à la liberté. L'affranchissement des communes sous Louis le Gros et la Grande Charte arrachée à Jean sans Terre, deux faits presque contemporains, ne diffèrent pas moins dans leur principe que dans leurs conséquences... H faut partir de l'inégalité comme d'un principe universel pour comprendre l'Angleterre ; de même que, pour comprendre la France, il ne faut jamais perdre de vue les exigences de l'égalité^ ».
La Révolution de 1789 qui, pour presque tous les socialistes français, est l'événement essentiel de
1. Faucher, Etudes sur l'Angleterre, iSo^, t. II, p. 105,186, 193.
l'Histoire de France; qui, à leurs yeux, partage en deux époques l'histoire universelle, a été l'œuvre avant tout des classes moyennes, particulièrement de la petite bourgeoisie. Or, c'est cette œuvre que les socialistes français ont prétendu maintenir et continuer. Il n'y a point en France, il n'y a jamais eu de ligne tranchée entre la démocratie proprement dite et le socialisme. Babeuf et les babouvistes étaient des survivants du Jacobinisme, des dévots de Robespierre en révolte contre la réaction thermidorienne qui détruisait l'œuvre de la Convention : en lisant la Co7ispiration pour régalité de Ph. Buonarrotti^ on sent bien que le babouvisme a été surtout un épisode tardif de la Révolution française. Le socialisme de 1840 et de 1848 est en étroite liaison avec les fractions avancées de la démocratie bourgeoise et républicaine : « démoc-soc » et radicaux que les tenants du libéralisme orthodoxe réunissent alors sous le vocable « d'école sociale ». En France, et dans les pays qui subissent directement l'influence française, en Belgique, en Suisse, les démocrates avancés, sont tous nourris de pensée socialiste : dans le Simple Récit de la révolution du Canton de Vaud en 1845 2 on lit : <v Les radicaux et communistes avaient dans nos principales villes leurs bibliothèques publiques, leurs journaux et leurs chefs. On trouvait dans ces bibliothèques les Mémoires de Robespierre, de Saint-Just, de Marat... On trouvait là ce que les communistes les plus marquants ont écrit depuis Babeuf jusqu'à Cabet et Proudhon, et beaucoup vivent parmi nous qui ne possèdent d'autre instruction que celles qu'ils ont puisées dans ces livres ».
Les noms de Blanqui, de Barbes, de Quinet, de
1. Bruxelles, Librairie Romantique, 1828. — 2. ParVuillemin, Lausanne, 1845.
Louis Blanc appartiennent indivisiblement à l'histoire de la démocratie et du socialisme en France ^. Il en 5st de même de la Commune : parmi ses dirigeants il y avait des jacobins comme Delescluze, vétéran des journées de juillet 1830, des émeutes de 1832 et de la Flévolution de 1848 ; des socialistes de nuances et de formations diverses, comme Maion, Tridon, Vermoreî, \rnould, et ce Lefrançais que Karl Marx poursuivra l'une haine tenace. Même chez Delescluze des formules proprement socialistes affleurent. Le programme de la Commune, publié le 20 avril 1871, est démocratique, fédéraliste, nettement tributaire du proudhonisme : Paris sera commune libre; la « grande administration centrale sera composée de la délégation des communes fédérées » ; la Ville se réserve « à la faveur de son autonomie, d'opérer comme elle l'entendra chez elle, les réformes administratives et économiques que réclame sa population et qui tendent à universaliser le pouvoir et la propriété ».
Que l'on remarque cette formule: on la retrouvera, presque textuellement, dans le programme du parti qui, d'une manière bien significative, prendra le nom de « parti radical et vaidical-socia liste ». Après 1871 comme avant, la démocratie « bourgeoise », dans ses éléments les plus avancés, — et c'est-à-dire, chose importante, dans la multitude de ses petits propriétaires paysans, de ses petits commerçants, de ses artisans, — porte en elle beaucoup d'idées et de formules socialistes.
Les radicaux veulent la République « pour les réformes sociales qu'elle permet et qu'elle contient en germe ». Leur programme, défini aux élections de 1876 par Georges Clemenceau, c'est « \a.réorganisation démocratique et sociale de la société française » ; c'est
1. Cf. E. Laskine, La démocratie française et IcRJiin^ 3« partie.
« délivrer l'homme des chaînes de l'ignorance, l'affranchir du despotisme religieux, politique, économique, et, l'ayant affranchi, régler par la seule justice la liberté de son initiative * ». Pendant de longues années, M. Clemenceau, radical, fut à la Chambre française l'unique représentant de la pensée socialistes.
La philosophie soUdariste dont plus tard M. Léon Bourgeois dota le parti radical-socialiste s'inspirait, plus ou moins consciemment, du garantisme de Fourier, du droit au travail de Considérant et de Louis Blanc. Le programme social du radicalisme français, qui se résume dans la formule : « maintien et extension de la propriété privée ; abolition du salariat » est essentiellement d'origine fouriériste.
Pour ces raisons doctrinales le socialisme français ne peut être opposé à la « démocratie bourgeoise ». Il ne le peut pas non plus en vertu de causes qui tiennent à la structure sociale de la France, pays de petite propriété, de démocratie rurale, de démocratie financière, et non point seulement de démocratie politique; où la doctrine de la lutte des classes, importée du dehors, est sans racines profondes. Il ne le peut pas, enfin, en raison des conditions mêmes du recrutement du parti socialiste dans un pays possédant une telle constitution économique et démographique : « Une très grosse fraction de la clientèle électorale de notre parti, écrivait un de ses meilleurs théoriciens s, est faite de petits propriétaires, de petits commerçants, de fonctionnaires et d'intellectuels... Quand on sait que plusieurs de nos députés ont autant de miliers de voix qu'il y a de centaines
1. Clemenceau, programme de Marseille, 20 octobre 1880. — 2. Cf. E. Laskine, Georges Clemenceau socialiste français^ Vie politique et littéraire, octobre 1918. — 3. J.-B. Séverac, A/owycment Socialiste, septembre-octobre 1913, p. 135, 157-8.
d'ouvriers dans leurs circonscriptions, que beaucoup d'autres ont un grand nombre de voix non ouvrières, et qu'il n'en est peut-être joas un qui puisse se dire relu de In seule classe ouvrière, on comprend mieux que le parti socialiste ait de la peine à se mouvoir entre les formules de ses principes et les exigences électorales. Il a eu beau essayer de se germaniser en apprenant quelques formules de disciples — peu renseignés d'ailleurs — de Marx, et en prenant pour modèle la socialdémocratie allemande, le socialisme français est resté tout imprégné de cet idéalisme démocratique, rationaliste et laïque que la pensée française a longtemps mûri, que de nombreuses générations ont partiellement introduit dans la réalité sociale... Mais le socialisme et le parti socialiste ne sont pas le seul courant de pensée et le seul groupement politique qui se rattachent ainsi à notre passé national. D'autres doctrines et d'autres partis se sont abreuvés aux mêmes sources, et si tous n'en ont pas tiré exactement les mêmes inspirations, du moins existe-t-il quelque chose de commun à tous, qui vient de là et qui les rapproche, en dépit des divorces nés des circonstances politiques et des bouleversements économiques... Le socialisme français dans ses traditions intellectuelles a quelque chose qui le rapproche singulièrement du radicalisme ».
En montrant les affinités qui existent entre le socialisme et la démocratie en France, nous avons rendu compte de ce réformisme qui persiste en dépit des formules impératives d'un programme purement marxiste.
Mais il semble que par là même nous ayons rendu plus difficile notre tâche en ce qui concerne le syndicalisme révoluiionnaire. Car si le réformisme apparente ie socialisme et la démocratie, fait du premier le prolongement naturel et nécessaire de la seconde,
le syndicalisme révolutionnaire, oppose violemment les deux notions de « socialisme prolétarien » et de « démocratie bourgeoise ^ » et mène, avec une vigueur qui n'est égalée que par les théoriciens monarchistes du « nationalisme intégral », le procès de la démocratie 2.
Le syndicalisme révolutionnaire, tel qu'il a été formulé en France, en Italie, en Espagne, — les seuls pays où il ait acquis une importance — est avant tout la critique passionnée de la « démocratie sociale » et du « socialisme démocratique ».
Cette critique porte à la fois sur la méthode et sur le but final du mouvement socialiste. Sur la méthode : la démocratie sociale se propose la conquête du pouvoir par l'action parlementaire; on s'attache à l'action parlementaire, puisqu'on l'a rendue obligatoire pour tous les membres de l'Internationale ; on est hypnotisé par la conquête des mandats ; pour être élus les politiciens socialistes sont obligés de faire de multiples concessions à la masse des électeurs qui ne sont ni des prolétaires ni des socialistes ; une fois élus, ils sont plongés dans un milieu bourgeois, subordonnés aux règles du jeu parlementaire, soumis à toutes les tentations, depuis les menues faveurs ministérielles jusqu'à l'escalade des ministères euxmêmes. Un parti politique peut prétendre être un « parti de classe » : en vérité les mots jurent d'être . accouplés ; un parti réunit, sur une opinion^ c'est-àdire une idéologie, des hommes provenant de diverses classes, c'est-à-dire relevant de réalités sociales distinctes et opposées. Le socialisme politique soumet l'élite, la minorité consciente et agissante, à la loi démocratique de la majorité, à la tyrannie des
1. Cf. Hubert Lagardelle, Le socialisme ouvrier, et la collection de la revue Le Mouvement Socialiste. — 2. Cf. G. Guy- Grand, Le procès de la démocratie.
nasses lâches et inertes. Il distend et abâtardit le groupement socialiste en y faisant pénétrer une foule ['éléments petits-bourgeois. Il hisse sur un piédestal m état-major d'intellectuels qui n'ont rien de proléarien, qui s'instituent les dictateurs des ouvriers et [ui, corrompus par leur vanité et leurs ambitions, ;orrompent à leur tour par une phraséologie meneuse les masses ouvrières et les détournent de la lévolution émancipatrice.
Seul le syndicat est une organisation de classe, )uisqu'il ne groupe que des producteurs; seul il est ine organisation naturelle, puisqu'il réunit pour 'action sociale les hommes que rapproche la réalité lu travail quotidien ; seul il maintient le contact itroit entre tous les militants, les fonctionnaires des yndicats étant constamment soumis au contrôle aloux de leurs mandants. Si les syndicats savent se léfendre contre les infiltrations corruptrices du sociaisme politicien et contre l'égoïsme corporatif qui ransforme les ouvriers en petits bourgeois ; s'ils avent coordonner leur action révolutionnaire pour la jrève générale, ils détruiront du môme coup la ociété capitaliste et l'Etat.
Car il ne s'agit pas, continuent les syndicalistes
évolutionnaires, de détruire l'Etat bourgeois pour
nettre à sa place l'Etat socialiste. Tout Etat est
nauvais ; Etat signifie autorité, domination, pouvoir
jle certains hommes sur la masse. Le danger du
iociaflsme politicien est qu'il confie la direction de
action révolutionnaire à des leaders, qui, au jour de
a Révolution triomphante, se trouveront tout natu-
ellement à la tête du gouvernement nouveau : de
orte que l'Etat subsisterait, et avec lui l'inégalité,
exploitation et l'oppression. Le syndicalisme révolu-
ionnaire substitue, suivant la formule saint-simo-
ienne « l'administration des choses au gouvernement
des hommes », l'économie à la politique, la libre association des producteurs à toute organisation de contrainte.
Telle est l'essence du syndicalisme révolutionnaire, tel qu'il vit et agit dans les milieux ouvriers : les théories subtiles d'intellectuels ^ nourris de bergsonisme, à qui le syndicalisme réel servit quelque temps de prétexte à des fantaisies philosophiques comme le « mythe » de la 'grève générale et la métaphysique de la violence, ne nous intéressent pas
Le syndicalisme apparaît comme le point de convergence de traditions socialistes distinctes. Par l'accent qu'il met sur l'idée de classe et de lutte de classes, il relève du marxisme ; l'antipatrotisme, l'antirnihtarisme militants qu'il affiche ne sont point conséquences d'une idéologie pacifiste, mais corollaires de la doctrine de la lutte des classes portée à l'absolu 2. En revanche il s'oppose catégoriquement au marxisme dans la mesure où il se désintéresse de la conquête du pouvoir politique donnée par Marx comme but aux efforts du prolétariat; où il condamne Comme stérile l'action parlementaire préconisée et imposée par la Sozialdemokratie allemande à toutes les fractions de l'Internationale ; où enfin il rejette comme abusives toute autorité, toute centralisation alors que Marx e1 les Marxistes les ont jugées indispensables d'unt manière permanente même après la Révolutior sociale.
A ce point de vue l'inspiration dominante dans h syndicalisme révolutionnaire est celle même qu( Marx abhorrait et qu'il voulait éliminer du socialisme celle du proudhonisme, continuée par Bakounine e
1. Notamment MM. Georges Sorel, Edouard Berth, et plu sieurs de leurs collaborateurs du Mouvement Socialiste. — 2. Voi les textes cités dans E. Laskine, Le socialisme national, chap. :
parles libertaires. Le secrétaire général de la G. G. T. a très nettement marqué les origines lointaines du mouvement* : « Le parti socialiste, selon les données iu Manifeste communiste de Marx et d'Engels, poursuit la conquête des pouvoirs publics. Son action aboutit à renforcer l'autorité de l'Etat, en le faisant apparaître comme le seul dispensateur des améliorations sociales : pour lui la conquête politique doit précéder la transformation sociale. Le syndicalisme, au îontraire, s'inspirant des idées de Proudhon, de. Bakounine, et de la première Internationale, affirme que seule une révolution économique peut réaliser l'expropriation capitaliste et permettre la socialisation les moyens de production ».
Les raisons du succès du syndicalisme révolutionlaire en France ne sont pas difficiles à démêler, impossible de ne pas rattacher cette doctrine ou cet 3nsemble de tendances au tempéram,ent même du militant ouvrier français : il est bien significatif qu'en ^.ngleterre, aux Etats-Unis et en Allemagne, où le mouvement syndical est pourtant si puissamm.ent Drganisé, le syndicalisme révolutionnaire n'a jamais :onquis les esprits comme dans la Confédération jénérale du Travail française : celle-ci se trouA^ait solée dans les Congrès de l'Internationale syndicale orsqu'avant la guerre elle y venait présenter ses brmules, la grève générale-, l'action directe, les :< minorités conscientes » etc. Même à l'intérieur de a G. G. T. on a pu discerner une certaine opposition 3ntre un syndicalisme « de type germanique » ou inglo-saxon, étroitement apparenté aux méthodes et lux doctrines des Gewerkschaften allemandes ou des Trade-unions anglaises, et représenté, notamment
\. Revue socialiste, 15 mars 1913, p. 210. — 2. Cf. Edouard ierihf Les méfaits des intellectuels, Paris, Rivière, 1914, p. 195.
dans le nord de la France, et un syndicalisme « type latin », fort proche du syndicalisme anarchisani des ouvriers italiens et espagnols, et qui apparaît presque comme un phénomène social méditerranéen.
Les hommes qui, à l'étranger, ont étudié le syndicalisme révolutionnaire français avec sympathie et intelligence — ils ne sont pas nombreux — ont été frappés par ce qu'il porte en lui de caractères proprement français, ou en tout cas latins. Sombart^, qui très justement remarque l'incompatibilité entre la théorie de 1' « action directe » et la doctrine marxiste de la dictature du prolétariat, estimequeTon se rendra bien moins compte de la genèse du syndicalisme en recherchant rinfiuence de tel ou tel penseur français ou étranger qu'en analysant le milieu psychologique et social où il s'est manifesté : ce milieu, c'est un pays de culture raffinée et subtile, où seules des impressions fortes peuvent mettre les âmes en mouvement ; un pays d'artistes où l'on a horreur de tout ce qui est « bourgeois » et « philistin », de tout ce qui « sent la boutique » ; au point de vue économique, un pays où dominent encore l'entreprise individuelle, la petite industrie, l'atelier moyen, et où le « maître ouvrier » n'est point passé encore à l'état de souvenir historique.
Ajoutons que les tendances antipoliticiennes et antiparlementaires du syndicalisme français ne se comprennent que par' une réaction naturelle à la fois contre la préoccupation exclusive de l'action politique et contre certains abus du parlementarisme : dans un pays où le régime parlementaire n'aurait pas régné à l'état pur comme eu France, à plus forte raison dans des pays où, comme dans l'Allemagne