Berne, Ilaller, 1795, pp
en arrière de son principe, de Tavoir insuffisamment ^ dégagé et réalisé. Les Saint-Simoniens opposent I bien aux « périodes critiques » comme le xyiii*^ siècle les grandes « époques organiques » comme le Moyen- Age, mais ce n'est point pour réclamer la restauration d'un régime militaire, ni d'une théocratie cléricale. Ils font une âpre guerre au parti libéral, mais c'est précisénent parce que celui-ci considère la Révolution con;me terminée une fois pour toutes par l'établissement de la monarchie constitutionnelle. Les Fouriérises manifestent une certaine indifférence pour les controverses purement politiques et ils I acceptent même « la forme constitutionnelle avec un Monarque héréditaire et une chambre élective* », mais c'es, à la condition que la royauté reprenne contre la nouvelle féodalité industrielle l'ancienne utte des Communes et des rois capétiens contre les barons féocaux, à la condition que le principe démocratique soit d'abord posé comme intangible, car « le droit des scciétés modernes est le droit commun ^ leur principe, le principe chrétien de l'unité spécifique des nées dans l'humanité, d'où est sorti le principe pol tique de l'égalité du droit des citoyens dans l'Etat. Leur esprit est l'esprit démocvalique. L'époque de ^9 a marqué dans l'histoire de l'humanité la grande séparation entre l'ordre ancien et l'ordre nouveau, entre le droit de la force et le droit du travail, entre le droit aristocratique, le droit de la conquête perpétué par la naissance, et le droit commun, h droit de tous à tout, le droit démocratique... Lœuvre révolutionnaire est accomplie, Vu'UDre démocratique est à peine entamée'^ ».
Certes eicore, Louis Blanc écrit que « le droit considéré l'une manière abstraite est le mirage qui
1. Considcant, Manifeste de la démocratie au À7X« siècle^ Paris, Librai'ie phalanstérienne, 1847, p. 69. — 2. Ibid, p. 2, 4.
depuis 1789 tient le peuple abusé* » ; mais ce n'est , point pour nier le droit ainsi défini, c'est pouri demander qu'il ne soit point seulement « proclamé] dans les chartes », mais qu'il passe dans les faits et devienne pour le peuple une « protection vivante ». Certes enfin, on trouve dans l'œuvre de Pr(/udhon plus d'une boutade contre la démocratie, o^ d'une malédiction contre la tyrannie jacobine. Miis quel contre-sens de parler d'un Proudhon « aitidémocraie » et d'en faire un des « maîtres de la contrerévolution au XIX® siècle » ! Le principe de la philosophie proudhonienne, c*est l'individualisîne de la Révolution française : « ce que je respecte en mon prochain, c'est sa qualité d'homme » ^ ^ l'innéité, l'immanence de la justice, c'est pour Proudhon l'essence même de la Révolution. « J'appaftiens à la démocratie, écrit-il formellement dans \d Justice, ]& ne me sépare point d'elle, et nul n'a le drl)it de m'en exclure ». Le socialisme est le terme forinsl, l'expression complète de la République ''^. /
La dialectique par laquelle les socialMes de tradition française font sortir le socialisme|de la Révolution de 1789 se retrouve identique des Saint- Simoniens à Jaurès. On presse la formjile « liberté,* égalité, fraternité » et l'on demande :, pourquoi le citoyen, libre politiquement est-il serf! économiquement ; et que peut valoir la liberté d'unêtre asservi? Pourquoi les citoyens, égaux devant h loi, sont-ils inégaux dans la réalité, et l'inégalité économique ne menace-t-elle pas, jusqu'à la rendre illusoire, l'égalité théorique proclamée par la Déclaration (ks Droits de rHomme"! Et quelle fraternité peut-il y jivoir entre l'opulence et la misère, entre le riche quiméprise le pauvre, et le pauvre qui envie le richel Dans les
1. Organisation du travail, 5« éd., 1848, p. 49. U- 2. Justice dans la Révolution, I, p. 185. — 3. Mélanges II, ri 132.
livres des théoriciens, dans les discours des tribuns, dans les chansons des bardes populaires de 1848 ces idées très simples reviennent sans cesse.
Plus profondément, c'est à la conquête fondamentale de la Révolution française, à la souveraineté nationale que l'on s'attache. La nation, souveraine dans l'ordre politique, ne Test point dans l'ordre économique ; sa souveraineté est incomplète, arbitrairement limitée. Et le domaine où elle est sans application, c'est la vie économique, la base même de l'existence de toute la communauté. La puissance publique s'arrête là : c'est le domaine du droit privé des patrons capitalistes; ils détiennent de leur propre chef, du fait de leur richesse, et le plus souvent héréditairement, ce pouvoir sur un grand nombre de leurs concitoyens et sur la vie de la société. Depuis la Révolution, aucune fonction n'est plus exercée que par délégation de la nation souveraine et dans l'intérêt général : seules les fonctions de direction économique, de toutes les plus importantes, sont exercées par des hommes que la nation n'a point choisis et dans leur intérêt privé, l'intérêt général n'étant servi que par surcroît et par occasion, quand il n'est point compromis par les appétits individuels. L'état social actuel est féodal, puisque le capitaliste d'aujourd'hui comme le baron d'hier possède les choses^ et par leur intermédiaire domine les Jiommes,
C'est l'idée que le fouriériste Considérant développe dans le fameux Manifeste de la démocratie jjacifique^. « La Révolution.. . n'a manifesté le droit nouveau que sous sa face négative et sous sa face abstraite. Elle a renversé les derniers débris de l'ordre féodal fondé sur la guerre et sur les privilèges nobiliaires de la naissance; elle a inscrit en tête de la loi le principe