‹ Le socialisme suivant les peuplesChapitre 17 sur 37 · Dû à M. L. Variez · texte numérisé non relu

Dû à M. L. Variez

profits à tirer de toute une série d'œuvres d'éducation, de mutualité et d'art; c'est lui enleyer son caractère mercantile pour lui donner un but social et éducatif ».

Ce mélange de réalisme économique et de mysticisme social a trouvé une expression pittoresque dans la bouche d'Edouard Anseele, l'âme du Vooruit de Gand. Ecoutez-le « faire l'article » pour le pain de sa coopérative : « ce pain à des qualités que ne possède aucun autre pain. Il a bon goût, il a tout son poids, et il est vendu au meilleur prix, mais il a encore une meilleure et plus belle qualité : ce paùi est cuit sans entrepreneur. C'est son principal mérite ! » Et encore : « Nos coopératives sont les citadelles d'où nous pourrons un jour bombarder la société capitaliste à coups de pommes de terre et de pains de quatre livres ! ».

I Les coopératives sont en Belgique, suivant le mot de Vandervelde « l'épine dorsale .du socialisme ». Mais ce ne sont pas les seules organisations économiques incorporées au Parti Ouvrier.

Les sociétés de secours mutuels^ sont fort anciennes en Belgique : dès le viii® siècle on retrouve la trace de fjhildes avec des caisses pour les malades et les infirmes. Ces associations n'ont jamais cessé d'être en faveur : il y en avait en 1851 plus de deux cents, reconnues par l'Etat et faisant l'objet d'une législation spéciale. Le Parti Ouvrier a encouragé la mutualité socialiste comme la coopération socialiste. A la fin de 'année 1896, dans la région charbonnière de Charleroi, 33 sociétés de secours mutuels réunissant 5666 membres socialistes se sont réunies et ont fondé

1. Cf. Louis Bertrand, Histoire de la démocratie et du sociaiiajne, t. II, p. 610 sq.; Destrée et Vandervelde, Le socialisme en Belgique, p. i5 sq.; v. Steffens-Frauweiler, Der Agrarsozialismus iii Belgien.

des sections dans les communes rurales de la région. La Fédération mutuelliste du Centre^ créée dès 1869 dans le Hainaut, s'est rapprochée de plus en plus di Parti Ouvrier et la grande coopérative Le Progrès d< Jolimont en est devenue le point de ralliement. Enfîj toutes les sociétés de secours mutuels socialistes son1 groupées en une vaste fédération qui est un deî rouages du Parti Ouvrier.

Les rapports entre les syndicats ^ et le Parti onl revêtu une forme originale. Au lieu d'être la base di Parti, et le milieu où il se recrute, les organisations"^ professionnelles ont été mises sur pied par le Parti. Au momentoù celui-ci se constitua, en 1885, il n'y avait en Belgique qu'un petit nombre de syndicats dix-neuf à Bruxelles, un à Anvers ; les tisserands, les fîleurs de lin et les cigariers étaient organisés à Gand/l les verriers à Charleroi, les tisserands et les mécaniciens à Verviers. C'est le Parti Ouvrier qui a poussé à la création de nouveaux syndicats « afin de se procurer des ressources pour la propagande » : la Commission syndicale instituée par lui, et qui n'était qu'une section du Conseil général du Parti, avait pour mission de travailler au groupement professionnel des travailleurs beiges, d'étudier les questions ouvrières dans le pays et à l'étranger, d'aider les syndicats à nouer des relations, de convoquer les Congrès syndij eaux. Cette commission comprenait des membres nommés par le Parti et d'autres désignés par les syndicats, les délégués des syndicats 7ieutres étant, par une nouvelle singularité, admis à la fois à h. Commission et aux Congrès. Depuis le 8 févo^ier 1907, la Commission svndicale du Parti Ouvrier est devenue

1. Destrée et Vandervelde, op. cit., p. 24 sq.; Louis Bertrand, op. cit. t. II, p. 617 sq. ; Paul Louis, Le syndicalisme européen, p. 79 sq.

« Commission syndicale du Parti Ouvrier et des Syndicats indépendants ».

Le tableau du socialisme belge serait très incomplet si l'on négligeait les œuvres multiples et vivantes qui s'y rattachent : universités populaires, cercles d'enfants du peuple, jeunes gardes,- sociétés de chant et de gymnastique « qui rehaussent l'éclat des fêtes socialistes et des manifestations populaires », harmonies, fanfares. Les statuts du Vooruit de Gand prévoient que lasociétépossédera un corps de musique, des cercles dramatiques, des groupes d'athlètes et de choristes qui participeront à toutes les cérémonies socialistes.

Louis Bertrand compare* le Parti Ouvrier à l'Eglise catholique, qui prend l'homme dès sa naissance pour lui donner le baptême, le catéchise enfant, bénit son mariage, et prie sur sa dépouille mortelle. Le parallèle peut être poussé fort loin : « à Gand une initiation socialiste remplace pour les enfants la première communion ; un peu partout des sociétés funéraires offrent au camarade mort la dernière fête d'une musique et le luxe d'un étendard ; dans certaines localités de la Wallonie les ouvriers appellent leur Maison du Peuple VEglise : ils disent : « je vas à l'Eglise ».

Le socialisme belge est fils do la terre des ghildes, des confréries, des ducasses et des kermesses, 'de la terre où l'esprit d'association et la sociabilité se sont toujours épanouis en institutions pittoresques animées d'une vie bruyante. Les socialistes n'ont eu qu'à adapter à leurs fins ces antiques tendances de la nation ; les catholiques en ont fait autant : ils ont multiplié les coopératives, les mutuelles, les syndicats, les chorales, les fanfares catholiques : on assure 2 qu'il existe une ligue catholique contre la

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