‹ Le socialisme suivant les peuplesChapitre 22 sur 37 · Dolléans, Robert Owen, Paris, 1907, p · texte numérisé non relu

Dolléans, Robert Owen, Paris, 1907, p

n'aura plus aucune .influence, où la pauvreté sera' inconnue; où tous les biens seront produits avec abondance et où tous pourront jouir de cette abondance ; où l'esclavage et la servitude n'existeront plus, mais où la plus grande liberté se conciliera avec l'union la plus étroite, union tissée par les liens puissants de l'intérêt et les fils de soie de l'amour ». La liberté et l'amour soutenus et cimentés par l'intérêt, n'est-ce pas là une formule bien anglaise ?

Le socialisme d'Owen est un socialisme solidariste et anii-révoluliomiaire. Il résume toute sa philosophie en une phrase lorsqu'il dit aux ouvriers de New-Lanark pour concilier leurs querelles : « Désormais employezvous à faire, pour vous rendre heureux et satisfaits les uns des autres, les mêmes efforts que vous avez faits jusqu'à présent pour vous rendre malheureux. »

« A tous les républicains rouges, à tous les socialistes et communistes d'Europe » Ovven crie : « Vous pensez que la violence est le meilleur moyen dea parvenir à vos fms ; pour moi je suis obligé de croire* que la persuasion et la bienveillance sont, non seulement les armes les plus légitimes et les plus raisonnables pour combattre l'erreur, mais encore les plus puissantes et les plus efficaces pour déterminer les hom^les à modifier leur jugement et leur conduite. »

Le 'socialisme ne se réalisera pas par un mécanisme d'Etat, mais par l'association libre. Toute contrainte exercée sur la volonté des hommes est mauvaise et stérile. La seule révolution féconde est celle qui se fait dans les esprits et dans les mœurs ^ : « Le passage de l'ignorance, du manque d'organisation, de la misère du présent, à un avenir ensoleillé, attrayant, organisé et heureux, ne peut s'effectuer ni par la

I, The Révolution in ihe mind and practice of the human race, 1850.

iolence ni par des sentiments de haine et d'envie à égard d'une partie de l'humanité... Non! cette grande évolution de toute la vie humaine ne peut vraiment 'accomplir que par la propagation des grandes vérités )ndamentales annoncées aux hommes dans un esprit e paix, de bonté et de charité et. développées avec un èle et une persévérance infatigables par ceux à qui

a été donné d'acquérir une connaissance pratique e la nature et de la volonté humaine. »

Le socialisme ne sera pas réalisé par l'Etat ; l'orgaisation sociale nouvelle n'aura pas l'Etat pour réguiteur. Les instruments de production n'appartienront pas à la communauté entière, mais au groupe e travailleurs qui les met en œuvre; les trade-unions associeront pour faire marcher les manufactures ; js mineurs, pour exploiter les mines ; les agriculteurs, our cultiver le sol. Chaque métier sera exercé par Union professionnelle correspondante, groupée en ne « grande loge ».

Ces principes ne restèrent pas seulement ceux 'Owen; tout le socialisme anglais des vingt et trente remières années du xix" siècle est basé sur l'idée oopéralive, en même temps que le mouvement oopératif est pénétré des idées socialistes : pour lieux dire, il n'y a là qu'une seule tendance orientée ers la constitution de communautés coopératives uionomes, vers la possession coopérative des moyens e production.

Les théoriciens 'et les praticiens de ce mouvement e se flattaient pas de pouvoir d'emblée atteindre le ut. W. Thompson* veut que les Trade-Unions se 'ansforment en associations d'épargne et de crédit ui emploieront leurs ressources à l'organisation

1. Labor rewarded. The daims of labor and capital conciated, 1827.

d'associations de production, d'abord pour les chô meurs, puis pour la masse des ouvriers.

Le programme de V Association coopérative londo4 nienne, qui se transforma ensuite en une Associatio britannique pour la propagation des connaissance coopératives et groupa les meilleurs ouvriers de Londres, les Cleave, les Watson, les Lovett, les Hetherington, prévoyait les étapes suivantes : société d'épargne, société de commerce, association de produc^ tion et enfin communauté coopérative.

Le Système social de John Gray parut en 1831 ; il esquisse toute une organisation sociale dont la cellule serait l'associaticii de production volontaire qui progressivement s'étendrait à toute la vie économique.

Ces idées trouvèrent leur réalisation dans les nombreuses coopératives qui se créèrent de 1827 à 1832 : dès 1829 il en existait 130 et près de 500 à la fin de 1830. Entre 1832 et 1834 fonctionna même à Londres le Magasin d'Echange du Travail [National Equitable Labour exchange) , hardie tentative pour combiner la coopération avec l'échange obligatoire des produits fabriqués par les producteurs indépendants, pour résoudre le problème social en conservant et garantissant la petite exploitation.

Le socialisme coopératif était ^hostile au principe de la lutte des classes. Owen écrivait au mois d'octobre 1833 dans le journal The Crisis : a Les intérêts des ouvriers et des employeurs sont le^ ' mêmes : mais cet intérêt commun, unique et réci- 1 proque n'est aperçu par aucune des parties. »

W. Thompson consacre son livre Labor reiuarded k:> la conciliation du capital et du travail et à la critique des méthodes de combat de Trade-Unions, qu'il juge stériles et auxquelles il oppose l'association de production comme une forme bien supérieure d'action sociale. La presse coopérative, les discours des

orateurs aux Congrès coopératifs sont nettement opposés à la guerre des classes et même aux grèves. Au troisième Congrès, tenu en 1832, un des leaders du mouvement, Thos. Hirt, dit : « Un des grands buts que nous voulons atteindra est de mettre fin aux luttes qui ont si longtemps existé entre patrons et ouvriers». Et son collègue W. Carson : « Les coopérati\*es n'ont aucun mauvais vouloir contre les entrepreneurs. » « Vous battre avec les patrons, écrivait le Cooperator, cela ne vous donnera jamais le capital, et de lui seul dépendent votre indépendance, votre émancipation, votre libération : travailler pour vous vous apportera-v des profits, donc le capital et l'indépendance. »

Le socialisme coopératif ne combattait pas les Trade-Unions ; s'il s'eftorçait de les pénétrer de son esprit, c'est qu'i\les considérait comme « représentant les classes ouvrières », et il appréciait hautement la « valeur de la solidarité, du désintéressement et de l'esprit de sacrifice des ouvriers des fabriques ».

La grande vogue des Associations de production ne se maintint pas; des échecs répétés découragèrent les ouvriers. En revanche les coopératives de consommation étaient appelées au plus magnifique avenir : Owen ne participa point personnellement à ce mouvement, mais son esprit y est resté vivant, car parmi les vingt-huit fondateurs de la fameuse Association des Equitables pionniers de Rochdale (1844) il comptait six disciples, parmi lesquels les promoteurs mêmes de cettegrandiose initiative, William Cooper et Charles Howarth.

Aujourd'hui la coopération organisée selon le principe de l'association des consommateurs « constitue en Angleterre la plus importante, de beaucoup, de toutes les organisations ouvrières au point de vue ûnancier^. » Le mouvement commencé parles tisse-

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