The people in power, p
2. Socialism, p. 207. Le Guild Socialism, actuellement en ande faveur dans la jeune génération des labourisles anglais, qui a été brillamment exposé dans les ouvrages de Gole et )bson, manifeste nettement ce souci d'échapper au mécanisme ipressif du socialisme d'Etat et du pur collectivisme. Par là il rapproche du syndicalisme français, mais il représente surtout le renaissance du socialisme coopératif et associationniste de première moitié du xix^ siècle.
Le rôle des Celtes d'Irlande dans l'histoire du socialisme britannique. — Les Fenian, la Land League et le socialisnMU agraire. — Le communisme des clans et la tradition socmHi liste nationale. — Jim Larkin et le Laridnisme. — Sinn Fein et syndicalisme révolutionnaire. — Les émeutes de Dublin (avril 1916) et la mystique révolutionnaire.
Le socialisme irlandais n'a fait l'objet jusqu d'aucune étude; on ne saurait s'en étonner : l'I lande ne présente à l'historien du socialisme ni mouvement fortement constitué ni théories savantes. Il n'est pourtant pas de terrain où l'on puisse mieu.x observer l'influence du caractère ethnique sur la formation et révolution des doctrines sociales. Rie n'est plus instructif que la comparaison du socialis irlandais avec le socialisme anglais.
Le socialisme anglais contemporain est comme l'efflorescence tardive du mouvement syndical ; il tendance à faire prévaloir les applications pratique sur les affirmations théoriques ; dans la doctrine' comme dans l'action il se fixe sur la « voie moyenne» et accepte volontiers les compromis.
Les Celtes d'Irlande, au contraire, sont doués d'u tempérament impressionnable, d'une vive imagina tion ; ils ont le goût des luttes politiques, des formuler
Tanchantes et absolues^. Ce ne sont pas seulement es conditions de l'existence dans leur île natale qui eur imposent telle forme d'action : car ils montrent lilleurs les mêmes qualités et les mêmes défauts. Vux Etats-Unis d'Amérique c'est l'élément irlandais jui est le plus remuant, le plus passionné pour les îébats de la vie publique ; il fournit une proportion îxtraordinairement forte de politiciens et de bosses professionnels. Le plus grand homme d'Etat de race rlandaise a été John Galhoun, qui fut pendant de ongues années le chef des démocrates du Sud à ^"ashingtou, et vice-président des Etats-Unis : oraîeur passionné, d'une logique intrépide, poussant les principes jusqu'à leurs conséquences ultimes, il a beaucoup contribué à rendre irréductible Tantagoaisme entre les Etats du Nord et ceux du Sud et par là inévitable la Guerre de Sécession qui éclata après sa mort.
Les Irlandais portent dans le socialisme la même fougue et la môme intransigeance. Il est remarquable que, pendant la première moitié du xix^ siècle, ce sont en Angleterre même des Irlandais qui prêchent les doctrines socialistes sous leur forme la plus révolutionnaire'^. L'action du milieu se montre moins forte que les impulsions du tempérament national. Mais les agitateurs irlandais ne sont que difficilement suivis par les masses populaires anglaises auxquelles ils s'adressent sans tenir assez compte de la différence des caractères ethniques.
Les noms suffisent à indiquer l'origine celtique des premiers propagandistes du socialisipe en Angleterre : Hugh qui introduit le fouriérisme et publie à
i. Cf. Jonh Patrick Gannoii, A review of Irish history, London, F. Unwin, 1900. — 2. Jaraes ConnoUy, Labour in Ireland, Dublin, Maurisel, 1917, p. 193.
Londres la Phalanx ; John Doherty, de Lame, secr taire général de la Fédération des tisserands qui dan la Voice of ihe People parle de révolution sociale e un pays où les plus hardis réformateurs ont le cuit de la légalité; et surtout les deux grands tribuns d Chartùme, James Bronterre O'Brien et le fameu Feargus O'Gonnor.
Socialiste par les tendances et les idées, O'Brien été dans le mouvement chartiste le théoricien, le doc teur, et à peu près la seule tête pensante : ses com pagnons de lutte l'appelaient le « maître d'école ». avait publié en 1836 une traduction du célèbre ouvrage de Buonarotti sur la Conspiration de Babeuf et ui^ enthousiaste Vie de Robespierre. Ses articles du No thern Star sont d'une rare violence : il fut l'un des partisans les plus ardents de ce que l'on appelait, dans le jargon de l'époque, la physical force, c'est-àdire la révolution. Après l'échec de l'agitation chartiste, il revint à la théorie, préconisant l'instilutio d'une « monnaie symbolique », de « banques d peuple », et la nationalisation du soH,
Feargus O'Gonnor, « le lion de la Liberté » — q prétendait descendre de Roderic O'Gonnor, roi d'Irlande— élu en 1832 député nationaliste dans sa patrie, à Cork, s'était, dès son arrivée en Angleterre, jeté dans l'agitation socialiste : en 1833 il prenait! parole dans un meeting organisé contre le gouvern ment whig par V Union nationale des classes ouvrière. C'est lui qui le premier énonça « les cinq points ca dinaux du radicalisme » qui allaient bientôt deveni « les six points de la Gharte » et le programme même des démocrates les plus avancés ; son journal le Nor" thern Star fut en fait l'organe officiel du Ghartisme,
1. Cf. Gammage, Jlistory of Chartism, 1854, p. 280: E. Dolléans, le Chartisme; art. O'Brien du Dict. of National Bit graphy .
,;t c'est lui qui, à la grande conventioii du 4 février 1839, ipparut à tous comme le leader incontesté. La frélésie de son langage le faisait compter, malgré lui )eut-être, dans le parti de la phijsical force. Il a inticipé de plus d'un demi-siècle l'extrême syndicaisme de nos jours lorsqu'en 1838, dans une controœrse avec Lovelt et d'autres dirigeants de VAsjsocinion des ouvriers^ il leur reprocha d'être des artisans ]uali[iés, et par conséquent des aristocrates plutôt ]ue de vrais travailleurs, et lança un appel retentissant « aux mentons non rasés, aux mains calleuses, ït aux vestes de futaine^ ».
Les historiens du Ghartisme estiment, non sans •aison, que les violences et les excentricités du tri- )un irlandais ont beaucoup contribué à l'échec du nouvement. Il n'est pas douteux que la société anglaise tout entière, y compris les ouvriers, n'était lullement préparée par son caractère et ses tradiions à suivre avec sympathie l'agitation d'O'Connor.
Il faut tenir compte aussi de la division qu'introiuisit dans le mouvement la rivalité d'O'Connor et rO'Brien. C'est là encore un trait de la psychologie lationale : de tout temps, en dépit des nécessités de a lutte contre un commun adversaire, les Irlandais )nt été déchirés par les querelles politiques : ni 3'Connell, ni Butt, ni Parnell, ni Redmond, n'ont pu ivoir derrière eux l'unanimité de leurs concitoyens.
Le mot que la légende attribue au vieux chef jodfrey O'Donnell, reste vrai aujourd'hui comme au àn° siècle : « ùo mlradha domhcni fein ag gachfer\ ihaque homme a besoin d'avoir son monde à lui ».
C'est ce qui explique l'abâence d'un parti socialiste )rganisé dans un pays où l'idée socialiste est au fond les revendications nationales. La tendance à la géné-