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Northern S/ar, 24 février

LE socialisai: suivant les peuples

ralisation et à Fabstraction, si étrangère à l'esprî anglais, pousse les Irlandais à ôter aux problèmei de leur vie nationale leur forme concrète et particulière pour s'élever d'un bond aux questions fondamentales de la vie sociale. Le problème agraire qu: domine leur existence devient le problème même de la propriété.

Gela non seulement chez des révolutionnaires, mais chez des hommes modérés et des conservateurs : en 1866, dans son Plaidoi/er pour la race celtique, Isaae Butt, après avoir décrit la situation de la paysannerie irlandaise, n'hésitait pas à donner à ses griefs cette forme absolue : « Si le droit de propriété doit être exercé pour la destruction du peuple, il ne faudra pas s'étonner si le peuple commence à penser que son unique espoir de salut est dans la destruction de tous les droits de propriété sur le sol »^.

C'est surtout dans la Land league, fondée en 1879, que le nationalisme irlandais apparaît lié à un programme de guerre de classes. Michael Davitt, alors qu'il était ouvrier dans une usine du Lancashire, avait essayé d'y fomenter une insurrection parmi les travailleurs d'origine irlandaise ; plus tard le programme georgiste de nationalisation du sol l'avait conquis, et il fut l'un des premiers à le propager, non seulement en Irlande, mais en Angleterre même. Sous l'action de Davitt et de John Devoy, l'ancienne « plate-forme » du Home Rule, de l'autonomie législative et administrative, fut abandonnée pour un principe plus social que politique, à savoir que « le srol doit appartenir au peuple ».

Un adversaire de Davitt, Frank Hugh O'Donnell, a prétendu à la vérité^ qu'en dépit de son origine Da-

1. Butt, Plea for the Celtic race, p. 65. — 2. A history of the Irish parliamentary party.

litt n'avait rien d'irlandais, qu'il était « un pur radial du Lancashire, un composé de Chartisme et de .évolution française ». Mais le mouvement de la Land .eague était sorti, pour ainsi dire sans chefs, de cette aysannerie celtique d'Irlande à laquelle Davitt a édié son principal ouvrage i. Les formules mêmes de i League étaient nationales autant que sociales : les irands propriétaires fonciers, les landlords, étaient ionsidérés comme « la véritable garnison britannique ui maintenait la domination anglaise dans le pays», lais en même temps comme des usurpateurs « exieant du peuple des fermages pour le sol que Dieu a onné au peuple » . La lutte pour la propriété du sol evenait la base de la lutte pour l'autonomie ; la irande propriété foncière apparaissait comme expression et le symbole de l'injustice sociale repoint sur la domination étrangère 2.

Ce qui facilitait la constitution de cette doctrine impie dans sa structure et complexe dans son oriine, c'était l'image, toujours vivante dans la popu- Ltion rurale, de ce qu'avait été l'Irlande avant la Dnquète. Que cette image fût exacte dans tous ses étails, les historiens ont beau jeu à le contester, ais il n'importe : une erreur agit autant qu'une érité, si elle est l'objet d'une forte croyance. Les tioses ne sont pas ce qu'elles sont, mais ce que l'on roit qu'elles sont.

Comme un paradis perdu se dessinait dans les sprits l'Irlande celtique, où le sol n'était point proriété des individus, mais de la tribu, chaque clan ossédant une portion du territoire : de cette portion i part de beaucoup la plus grande restait bien indivis e la tribu ou était soumise à des redistributions ériodiques, tous les deux ou trois ans 3. Le sol non

1. M. Davitt, The f ail of feudalism in Ireland, London, Har- T. 1904. — 2. Ibid, p. 120. — 3. Brehon Laws, III, 17, 53.

arable, montagnes, landes, forêts n'était l'objet d' cune appropriation. Quant au sol cultivé, lorsqu' paysan, occupant une partie du territoire de la trib' venait à mourir, sa ferme et son champ ne passaier pas à ses enfants, mais revenaient au clan pour êtr distribués entre tous les hommes du clan, y compri les fils adultes du défunt; cette répartition, dit « par Gavelkind », ne s'opérait qu'à l'intérieur d clan, ce qui montre bien que celui-ci était le véritabl titulaire de la propriété^.

Sans doute le système des clans s'eifritait bie avant la conquête anglaise. Mais il n'en avait pa moins survécu jusqu'au moment où Cromwell en cor somma la destruction; jusqu'en 1646 avait subsisté 1 propriété communale ou tribale. Alors seulement 1 terre avait été confisquée par le conquérant, donné à une aristocratie toute entière d'origine ennemie, i l'on excepte quelques familles qui avaient déserté 1 cause nationale pour se rallier au maître étranger.

Ainsi se résumait, pour les révolutionnaires d'Ir lande, l'histoire de la patrie : par une associatio d'idées toute naturelle, la propriété privée du sol s présentait comme l'ennemie même du peuple celte.

Ces idées ne disparurent pas avec l'organisation la Land League ; elles se précisèrent au contra dans l'ardente prédication de James Connolly, qu devait être en 1916 le héros et la victime de la trist échauffourée de Dublin. Originaire du nord de l'Ir lande, présentant le type physique des hommes d' rUlster, mais catholique de religion, Connolly sou tint, dans le journal The ffarp, dans des pamphlet comme le Travail en Irlande, et dans l'organisatioi du Cumannacht nah Eireonn (Parti socialiste d'Ir

1. Cf. P. W. Joyce, A social history of ancient Ireland, Lon don, Longmans, Green, 1903, t. I, p. 185.

ande), une doctrine qui peut être considérée comme 'expression la plus complète du socialisme irlandais, l cite parfois Marx, mais il pense que les travailleurs mt à résoudre dans chaque pays leurs propres pro- )lèmes et doivent être organisés sur une base natiolale; le socialisme irlandais ne doit point être une mportation du continent, mais le développement des neilleures traditions de la race. 11 doit reconstruire a vieille civilisation gaélique, celle qui régna en Erin ivantles Danois, les Normands et les Anglais.

On voit dans les écrits de Gonnolly et de ses com- )agnons se mêler étrangement, aux thèmes tradiionnels des révolutionnaires Fenian, le vocabulaire narxiste hâtivement assimilé. Les véritables déposiaires de la tradition nationale sont, dans ce sysème^, les prolétaires irlandais, héritiers des clans; 'étranger représente le capitalisme. Les vrais leaders lationaux n'auront donc pas été les home rulers, mais es révolutionnaires et les socialistes; non pas un jrattan ou unO'Gonnell, mais les William Thompson, es Fintan Lalor, les John Mitchell, les Michael )avitt, et aujourd'hui, ajoutait Gonnolly, des hommes ;omme James Larkin auquel sont alliés, sans peutlitre s'en douter, les apôtres du mouvement coopératif et ceux de la renaissance gaélique.

Les politiciens bourgeois, les capitalistes, les eccléiastiques, ont travaillé à créer un type d' « Irlanlais hybride, adoptant un système social étranger, un angage et un caractère étrangers ». La vieille langue ;aélique, méprisée par les classes possédantes, a herché et trouvé un asile dans les cœurs et les matons des « basses classes » : pour parler comme 'bornas Meagher, « des cabanes misérables ont été

arche sainte où les traditions et les espérances de Irlande ont été conservées ».

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