Gonnolly, Labour in Ireland
De ces legs du passé national le plus précieux es le principe celtique de la propriété commune. Connollj en concluait que « la question irlandaise est une question sociale; toute la lutte séculaire du peuplt irlandais contre ses oppresseurs se résout en dernièn analyse en une lutte pour la propriété des moyen? d'existence, des moyens de production. Quiposséderc le sol? Le peuple ou les envahisseurs? »
Dès lors tout le programme social peut se résumei en deux mots : reconquérir l'Irlande. « La conquête de l'Irlande a signifié la servitude politique et sociale des masses. La reconquête de l'Irlande signifiers donc l'indépendance sociale aussi bien que politique de chaque homme, de chaque femme et de chaque enfant », la République coopérative.
Le socialisme irlandais serait sans doute resté une' théorie abstraite si, vers le même moment, l'Irlande n'avait donné naissance aux deux mouvements co vergents du Sinn Fein et du syndicalisme larkinie
Les mots celtiques de Sinn Fein signifient pai nous-mêmes : les adhérents de ce parti protesten contre les méthodes prudentes des députés qui repré sentaient l'Irlande au parlement de Westminster ils prêchent le boycottage économique et l'action directe contre l'Angleterre. Ils sont essentiellement uniiparlemeniaires et antipoliticiens.
Le syndicalisme larkinien aboutissait, sur un autre terrain, aux mômes conclusions. Etroitement appa rente d^n syndicalisme révolutionnaire français, il était AUX antipodes du trade-unioniswe anglais et du Labour Pariy : il condamnait comme stérile la participation aux débats politiques; les travailleurs devaient déser ter tous les partis, y compris celui qui prétend être le « parti du travail », pour concentrer toute lei|| activité dans leurs syndicats; tous les politiciens; même socialistes, étaient des parasites qui retar-
aient l'émancipation des travailleurs dont le seul istrument serait la grève générale.
Larkin avait longtemps vécu en Angleterre, et il y vait eu de vifs démêlés avec les Trade-Unions. Sa onception de l'action syndicale avait paru absurde ux grands syndicats anglais : ils forgèrent pour la airactériser le nom propre de Larkinisme, Peut-être ans l'espoir de détacher en Angleterre même les lasses ouvrières des chefs trade-unionistes, Larkin, evenu secrétaire deVIrish Transport Workers Union, éclencha en août 1913, à Dublin, une grève d'une xtrême violence : elle commença le jour de l'ouverjire de la foire aux chevaux pour se prolonger penant de longs mois. Elle fut au moins autant une îvolte du syndicalisme révolutionnaire contre le ade-unionisme officiel qu'une lutte de salariés contre urs employeurs 1.
; Le 31 août 1913, il y eut à Dublin de sanglantes incontres entre les grévistes et la police. Et Larkin, )mpromis en outre par des discours d'un , ardent jitionalisme irlandais, fut mis pour quelques maines en état d'arrestation.
jLe 27 janvier 1914 s'ouvrait au City Hall de Glasgow grande conférence annuelle du Labour Party brinnique. Elle refusa d'entendre James Larkin, conumnant ainsi l'initiative des ouvriers de Dublin : la ■ison de ce refus était l'opposition entre le sijndica- [me et le irade-unionisiae tel que l'entendent les Jiglais. Et pour la mieux préciser, la Conférence ^ta presque à l'unanimité une motion réprouvant le ^ndicalisiiie des travailleurg irlandais 2.
. Cf. Knight. Gi'eat Britain. A democractj at war, p. llîi. 2. L'incompatibilité d'Liuraeur entre ouvriers irlandais et ?lais ne date pas d'aujourd'hui : Karl Marx la notait en rsl870 dans une circulaire adressée au comité de Brunswick : .e feu révolutionnaire de l'ouvrier celte ne se combine pas
Mais VIrish Transport Workers ^nion resta le cenln d'une agitation révolutionnaire à la fois nationaliste et syndicaliste qui devait aboutir, pendant la guerre, à l'insurrection de Dublin^. Connolly avait été en 1913, avec quatre membres du Traders Council (Bourse du Travail), Daly, Partridge, O'Brien, Thomas Lawlor, un des principaux lieutenants de Larkin. 11 fut en avril 1916 le généralissime donné aux insurgés par le « gouvernement provisoire de la République Irlandaise ». Il fut pris les armes à la main, condamné et fusillé.
Avait-il pu croire un instant au succès de cette folle équipée? Beaucoup de ceux qui l'ont connu ne le pensent pas; l'un d'eux a écrit : « Quelques-uns dj chefs de la révolte étaient dominés par l'idée à dei mystique que c'était le devoir de chaque génératij d'Irlandais de verser leur sang pour l'Irlande jusque' ce que leur pays fût libre. Ils craignaient que nation irlandaise ne pérît s'il n'était versé pour ell|| par chaque nouvelle -.génération, un sang rédemj teur^ ».
Le « fervent enthousiasme celte » qu'avait célébra' Connolly lui-même devait faire de cette idée une idéeforce. « Les Irlandais ne sont point en général de: philosophes : ils vont [trop vite de la pensée à l'action*'^ ». Dans ce trait j;de psychologie nationale, 1< socialiste irlandais avait d'avance livré le secret di sa tragique destinée.
avec la nature solide, mais lente de Vouvrier anglo-saxon. ï\ a au contraire dans les grands centres industriels de l'Angle terre un antagonisme profond entre le prolétaire irlandais ( le prolétaire anglais ».
1. Cf. Warre B. Wells et H. Marlowe, A Uistory of ihe Iris rébellion of 4916, Dublin, Maunsel, 1917. — 2. Robert Lyn( préface au livre de Connolly, Labour in Ireland, p. xi. - 3. Ibid, p. 109
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