CHAPITRE III
Le socialisme en face du libéralisme.
Le socialisme est une évolution naturelle et nécessaire du libéralisme athée et matérialiste. — Les libéraux, défenseurs-nés des principes de la révolution française. — La théorie socialiste de la valeur est une création du libéralisme — Les pionniers du socialisme. — Le catholicisme seule force capable de lutter victorieusement contre le socialisme.
On connaît à présent les principes fondamentaux du socialisme. C'est le moment d'aborder la solution d'un problème qui préoccupe vivement tous ceux qui s'intéressent à l'avenir de la société : nous voulons parler de la situation du socialisme vis-à-vis du libéralisme moderne.
Les socialistes sont les premiers à se prévaloir en toute occasion des principes posés par les libéraux : ils ne font, disent-ils, qu'en tirer les conséquences logiques. De leur côté, les catholiques attribuent fréquemment au libéralisme la paternité du socialisme. Les libéraux, au contraire, désavouent énergiquement cette
parenté. Le libéralisme, à en croire ses adhérents, veut l'affranchissement de la propriété et non sa suppression. Rien de plus opposé à ses vues qu'une organisation servile de la production. Liberté illimitée pour tous, voilà sa formule!
Malgré ces énergiques protestations et quoi qu'il en coûte aux libéraux de reconnaître une paternité gênante, nous n'en persistons pas moins à voir dans le Socialisme tin fils légitime du libéralisme. La question est simplement de savoir si, oui ou non, les principes libéraux conduisent logiquement au socialisme. Or, à notre avis, l'affirmative s'impose.
I. Le Socialisme — et c'est là un vice radical — conçoit le monde à un point de vue athée et matérialiste. Ce n'est pas à dire que tous les incrédules se glorifient d'être matérialistes. Le nom répugne à plusieurs. On préfère se déclarer simplement partisan du Mottisme : c'est de meilleur ton. Au fond, cependant, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Qu'on élève la matière jusqu'à la confondre avec Dieu ou qu'on abaisse Dieu au point de l'incorporer dans la matière; en pratique, cela revient au même. Dans l'une et l'autre hypo-
thèse, le socialisme apparaît caché comme la plante en son germe.
Germe de mort hélas! car comment une semence gâtée pourrait-elle produire un fruit
sain?
Tout, selon nous, finit avec la vie et le sort de rhomme ne diffère en rien de celui des autres mammifères (i) qui se vautrent dans la fange? Fort bien; mais n'exigez pas alors que les pauvres et les opprimés, dont la vie es< une lutte continuelle pour l'existence, supportent avec patience et résignation le joug de l'adversité et assistent de loin, spectateurs muets et impassibles, à vos fêtes joyeuses et à vos somptueux festins. — Nous n'avons tous qu'une même nature capable d'égales jouissances et le véritable bonheur consiste à jouir le pins possible des biens d'ici-bas? — Encore mieux; mais pourquoi dès lors, Dieu n'existant pas, trouverais-je juste et équitable
(i) « L'homme est un animal mammifère, de l'ordre des pri- « mates, famille des bimanes, caractérisé taxinomiquement par • une peau à duvet ou à poils rares, etc. » (Littté. Dictionnaire des sciences médicales, Art. Homme.) D'après ces philosophes, tout se réduit donc chez l'homme à la matière organisée, au jeu des organes matériels. Ame, esprit, idée, jugement, amour, entendement, raison, soci.jté, M. Littré matérialise tout. (Note du Tr.)
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que les uns traînent ici-bas les haillons de la pauvreté et de la misère, tandis que les autres, revêtus de pourpre et de soie, nagent dans l'or et l'abondance? De quel droit les biens de la terre appartiendraient-ils aux uns plutôt qu'aux autres? Il est facile à *des hommes gorgés de nourriture de prêcher aux autres l'abstinence. Mais est-ce justice? Dans sa logique inexorable le socialiste répond au matérialiste : Non, cela n'est pas juste; non, cela ne sera plus. Nous allons changer tout cela. A chacun sa part égale de biens et de mauxî Plus de palais magnifiques pour le riche ni de bouges infects pour le pauvre! On ne verra plus, chez nous, le capitaliste opulent se prélasser à l'aise au sein de faciles plaisirs alors qu'un peuple de prolétaires, dont ces plaisirs représentent les travaux et les sueurs, ne trouvent souvent, après une journée laborieuse, pour toute nourriture qu'un morceau de pain et pour abri qu'un réduit humide ou une mansarde froide et nue sous un toit en ruine.
Or, répondez. Qui a prêché l'athéisme sous toutes ses formes? Qui l'a vulgarisé parmi les masses? Qui a combattu, par tous les moyens
et de toute manière, l'inHuence chrétienne toute-puissante jadis au foyer de la famille, dans les écoles publiques et dans toutes les manifestations de la vie sociale ? Qui a érigé en dogme le darwinisme le plus absolu et en a rendu le poison accessible à l'intelligence des faibles et des petits ? Quels sont ceux qui, aujourd'hui encore, par leurs discours et par leurs écrits, dans l'enseignement professionnel et dans les réunions politiques, se posent en partisans déclarés de l'athéïsme le plus grossier? Quels sont ceux qui, du haut de la tribune parlementaire, se sont glorifiés de ne croire ni à Dieu ni au diable ? Ne sont-ce pas les adeptes du libéra Usine ? Oui ce sont eux qui, depuis les Encyclopédistes jusqu'à nos modernes professeurs d'universités, n'ont jamais cessé de combattre et de ridiculiser la cro3'ance en Dieu et au Christ Rédempteur des hommes. Ils ont tourné en ridicule la foi du charbonnier : ils se sont moqués des charrues croyant en Dieu : ils ont ravi aux classes souffrantes l'espérance d'une vie meilleure; et voici qu'à pjrésent ce peuple qu'ils ont armé se retourne contre eux en réclamant sa part de richesses et de jouissances. C'est le cas de le
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dire : on n'est jamais puni que par où l'on a péché, (i)