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Pour mettre dans tout son jour l'origine

libérale du Socialisme, il faut se rappeler ici la théorie de la valeur. En effet, si l'on s'accorde avec les socialistes pour ne reconnaitre entente valeur d'échange que le produit du travail ou du travail accumulé, on ne peut en aucune façon approuver une distribution des revenus industriel où l'ouvrier n'a presque aucune part Par conséquent, pour être logique, on devra appuyer les revendications ouvrières, et se jeter en plein dans le socialisme. Mais d'où la théorie socialiste de la valeur tire-telle son origine ? Où a-t-elle trouvé son premier défenseur ? Est-elle peut-être d'invention socialiste ? Nullement : c'est un legs du libéralisme. Adam Smith, Ricardo, Jean-Baptiste Say,en un mot les classiques de l'économie politique, tous partisans déclarés du libéralisme ; voilà les hommes qui les premiers ont fixé en principe, comme unique base d'appréciation de toute valeur, la somme de travail qu'elle représente. Lassalle pouvait donc à bon droit, ainsi que nous l'avons vu plus haut, invoquer en faveur de sa théorie de la valeur un nombre respectable d'écono mistes libéraux. Mais avec le temps la lumière se fit. Aujourd'hui cette théorie ne trouve plus

guère de défenseurs chez les libéraux. Les: uns la rejettent absolument; les autres ne l'admettent plus sans des restrictions qui la modifient essentiellement. On s'est aperçu mais trop tard qu'elle était devenue une arme redoutable aux mains du socialisme. Le mal était fait. Les libéraux ont beau se. récrier: on ne supprime pas d'un trait de plume un fait accompli à la face du monde et il reste à présent acquis que le libéralisme a forgé l'arme la plus dangereuse dont se serve aujourd'hui le Socialisme pour le renversement de l'ordre existant.

4. Mais ce n'est pas seulement par ses théories que le Libéralisme a préparé le terrain au Socialisme : il s'est fait dans rordre pratique son plus infatigable champion. C'est le pionnier qui a ouvert la voie à l'armée des prolétaires. Ce sont, en effet, les libéraux qui ont prôné partout inconsidérément la concurrence économique illimitée avec toutes les libertés, qui s'en suivent. Laissez faire, laissez passer, tel fut toujours leur mot d'ordre. Je me trompe, il y avait une exeption à la régie.: c'est quand il s'agissait des véritables libertés populaires et des droits sacrés de l'Eglise.

Alors la foixe et la violence étaient permises. C'est ainsi que les corporations, les corps de métiers, toute les institutions protectrices nées clans la suite des siècles -non d'un cerveau malade en quête de théories nouvelles, mais des besoins réels de la société, furent supprimés par la force au nom de cette même liberté. Les lois prohibitives de l'usure mettaient des bornes à la rapacité des capitalistes : on les abolit, toujours dans l'intérêt de la liberté. La suite se devine : nous ne faisons d'ailleurs que résumer l'histoire. Le corps social se désagrégea insensiblement ; l'individualisme succéda au collectivisme des corporations. Les plus faibles sous le rapport économique, atomes perdus dans la société , tombèrent peu à peu dans l'isolement et devinrent une proie facile, pour le despotisme du capital qu'une concurrence sans frein rendait toutpuissant.

Ajoutez à ces désastreux résultats, l'influence des nouvelles inventions techniques et les découvertes de la science dont généralement le capitaliste est à peu près seul à profiter ; la désagrégation toujours plus sensible des classes moyennes qui formaient autrefois le plus

ferme appui de l'ordre existant ; la scission de la société en deux classes rivales : d'une part, la riche bourgeoise avec sa haine invétérée de l'Eglise et de la noblesse, son insatiable cupidité, son méprin pour la classe inférieure des ouvriers qu'elle croit encore toujours tailJables et corvéables à merci; d'autre part, la foule innombrable de gens sans fortune composée principalement d'ouvriers des fabriques, avec leurs sourdes rancunes et leurs convoitises inassouvies, leurs colères impuissantes contre le capital dont ils se croient les victimes, leurs sombres désirs d'une revanche prochaine; et vous devrez reconnaître qu'en vérité, jamais terrain plus favorable ne fut offert aux entreprises de la démocratie-sociale. Restait à trouver des agitateurs. Ceux-ci sont venus. Nous pouvons déjà juger de leur force, car c'est en plein jour qu'ils manœuvrent ; c'est en rase campagne qu'ils veulent l'emporter. Ils s'en vont par les villes et les campagnes, appelant à eux tous les déshérités de la fortune et distillant goutte à goutte dans ces cœurs ulcérés, le venin des perfides conquêtes de la science moderne. A l'heure qu'il est, ils n'attendent plus que le moment propice

pour jeter au sein des masses les torches incendiaires de la révolution sociale. Ce sera le signal d'une guerre à mort entre le Capital et le Travail. Oui sera vainqueur? Le doute n'est pas possible: ce sera la force et le nombre; ce sera la démocratie.

Voilà un discours bien dur à entendre. Mais sachons-le reconnaître : il n'y a que la vérité qui blesse. Du reste, en mettant sous les yeux du Libéralisme ces amères vérités, en l'accusant d'avoir donné naissance au Socialisme et contribué à son développement, nous ne prétendons nullement vouloir justifier, ni même excuser ce dernier. Notre exposé n'avait d'autre but que de montrer l'intime parenté du libéralisme et du socialisme et l'absurdité de ceux qui chercheraient dans le premier un rempart contre le second. Ne cherchons pas à bâtir sur le sable : ce serait travailler nous-mêmes à notre ruine et nous réserver pour l'avenir d'amers regrets. Le Libéralisme n'a qu'une seule arme contre le Socialisme : la police. Dès qu'il recourt à d'autres moyens il trahit sa faiblesse et fait ouvertement preuve d'inconséquence. Quiconque veut opposer à la démocratie-sociale une digue solide, quiconque veut

réellement contribuer à l'amélioration de la société, doit commencer par renoncer au libéralisme. Ce pas fait, qu'il vienne grossir les rangs des catholiques et lutter franchement avec eux sur le terrain du vrai christianisme.

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