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ART. I. REVES SOCIALISTES

Minimum de travail. — Maximum de jouissance — Les merveilles de l'alternance et des inventions mécaniques. — La fraternité universelle. — L'agriculture. — L'instruction harmonienne — Lere nouvelle

Ceux qui se font les organes du Socialisme promettent monts et merveilles à leurs adhérents. ]\Iinimum de travail et maximum de jouissance, telle est la vraie quintessence du Socialisme. C'est ce que prouve abondamment, pour ne citer qu'un exemple, le livre de Bebel intitulé "■ La Femme ».

A en croire ce tribun du peuple, le travail dans le Socialisme grâce à l'alternance et aux excellentes installations mécaniques, devient presque un délassement : « on se livre à la plupart des occupations comme en se jouant. »> En outre, par suite de la réglementation unitaire et du sage emploi des moyens, le travail

sera si productif, que deux ou trois heures tous les jours suffiront pour subvenir parfaitement à tous les besoins. Dans le Socialisme, l'égoïsme et le bien général s'harmonisent et <( se font équilibre •• (i\ Il n'y a point de paresseux. Toute l'atmosphère morale excite les hommes à « se montrer pleins de prévenance les uns pour les autres. » (2)

Une foule « de goûts et de talents •• qu'on ne soupçonnait pas et que le système capitaliste de production étouffait, apparaîtront au grand jour. (3) >- Les crimes et délits politiques ou sociaux seront inconnus. " (4) Les casernes et autres édifices militaires, les palais de justice, les prisons, tous les locaux de l'administration devenus inutiles, attendront une meilleure destination. Les nations ne se regarderont plus comme des ennemies, mais « elles s'uniront par les liens de la fraternité la plus tendre ». Le temps de la u paix perpétuelle " est venu. Les dernières armes seront transportées dans les musées d'antiquités. Alors, grâce aux bienfaits de la paix, les peuples marcheront de progrès en progrès

(i) Die Fraù, p. i56. — (2) Ibid., 163-164. — (3j Ibid., p. 160. — (4) Ibid., p. 179.

Mais les transformations opérées par l'agriculture attireront surtout les regards. Les travaux de canalisation, le dessèchement des marais, le défrichement des bruyères, l'établissement d'admirables voies de communication changeront toute la terre en un vaste jardin et la population des villes émerveillée émigrera en foule vers la campagne. Elle y trouvera d'ailleurs des musées, des théâtres, des salles de jeu et de concert, des salons de lecture, des bibliothèques, des bureaux d'affaires, des écoles, {i) des parcs, des promenades, des bains publics, des laboratoires et des hôpitaux.

Le Socialisme s'occupera de plus à perfectionner parmi les hommes l'instruction harmonienne. On ne rencontrera partout que savants et artistes en tout genre. (2) Il n'y aura plus, il est vrai, ni musiciens, ni comédiens, ni savants, ni artistes de profession, puisque tous les citoyens devront prendre part au travail de la production, mais l'inspiration et la verve naturelle suffiront pour donner au génie son essor et faire arriver les

(i) DieFraù. p. 177 et 186. — (2) Ibid., p. 161.

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talents les plus brillants à leur entier épanouissement.

Une ère nouvelle, comme le monde n'en aura jamais vu ni connu, se lèvera pour les arts et les sciences dont les créations dépasseront tout ce que l'imagination peut rêver de plus merveilleux, (i) Chacun trouve l'occasion de satisfaire son goût pour la nouveauté. Chacun peut faire son petit ^ tour de vacances », visiter les pays et les continents étrangers, s'associer aux expéditions et aux colonisations de tout genre — et elles ne feront pas défaut — à la seule condition de se rendre utile à la Société. (2) Dis, mon cœur, que te manque-til encore ? L'âge d'or de Saturne va reparaître sur la terre et la félicité sera le partage de tous les hommes.

ART. II. — l'activité AU TRAVAIL ET l'ÉPARGNE DANS LE SOCIALISME.

Les conditions actuelles de la production. — Critique de l'organisation du travail préconisée par Bebel. —

(1) Die Fraù, p i&5. — (2) Ibid., p. 188. Tout comme Bebel, Stern se donne libre carrière dans ses descriptions fantaisistes du futur paradis socialiste. Avec un peu d'imagination, tout le monde peut se procurer ce plaisir.

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Schâffle et le système des primes et des amendes. — Nécessité, de prolonger la journée de travail dans l'Etat futur. — La surveillance et le contrôle réciproque. — Un exemple classique.

Chose regrettable, entre le rêve et la réalité il y a un abîme. Et point de pont pour le franchir ! Il est incontestable que dans les pays où la population est fort dense et la civilisation fort répandue, la terre ne nourrit ses habitants qu^ati prix (Tiin travail assujettissant et d\ine grande épargne dans l'emploi du capital. L'ordre social actuel est bien fait pour nous contraindre à cette activité et à cette parcimonie. Un simple coup d'œil sur le monde nous en convaincra. L'intérêt personnel, la nécessité où chacun se trouve de pourvoir par lui-même à son entretien et à son avancement^ condamnent la plupart des hommes à un labeur opiniâtre et continuel. L'activité industrielle, la concurrence et l'àpre soif du gain produisent des crises d'abondance plutôt que de disette. Quant aux moyens de travail (capital), il semble impossible d'en user avec plus de parcimonie. On arrive à tirer parti des moindres choses; on multiplie à l'infini les manières d'utiliser les matières premières, les outils.

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les machines, les fabriques, les moyens de transport et autres instruments de travail. De ces détails précisément dépend dans la plupart des cas la réussite d'une entreprise.

Augmenter le plus possible le nombre de produits recommandables par leur bonne qualité et la modicité de leur prix, en diminuant dans la même proportion la dépense de forces, de matière et de temps : tel est le problème que tout entrepreneur privé est sans cesse appelé à résoudre. Evidemment, il se rencontrera toujours dans le nombre des charlatans et des chevaliers d'industrie, mais ils ne peuvent se flatter de rester longtemps impunis. Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, la fraude se découvre et si elle réussit parfois, cela n'arrive pas d'ordinaire sans le concours d'acheteurs crédules et avides. Plus souvent encore il faut rejeter la faute sur les vices de la législation commerciale ou la coupable inertie d'un gouvernement qui ferme les yeux sur ces entreprises véreuses, alors qu'il serait de son devoir de les empêcher.

^'eut-on savoir maintenant ce que deviendrait dans l'Etat socialiste cette activité soutenue au travail et la sage épargne des moyens

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de production? Demandons-le à Bebel : les belles promesses ne lui coûtent guère. Pour lui c'est une vérité qui « saute aux 3^eux » : une telle organisation du travail fondée sur la liberté et l'égalité parfaites, où chacun répond de tous et tous de chacun — éveille le plus vif sentiment de solidarité, provoque un esprit de joyeuses inventions et une émulation dont on n'a pas d'idée dans le système économique actuel.... Cet esprit réagit sur la productivité du travail et le perfectionnement du produit, (i) X De plus, chacun travaillant de son côté pour les autres, l'intérêt de chacun en particulier et de tous en général ne demande plus seulement que l'on s'efiorce d'atteindre dans la confection des produits toute la perfection réalisable ; il exige en outre que ces produits soient livrés le plus promptement possible, soit dans le simple but de gagner du temps, soit pour utiliser ce temps en confectionnant de nouveaux produits destinés à répondre à des besoins d'un ordre plus relevé <• . (2) Mais ce sont là de belles paroles vides de sens. Quel intérêt l'ouvrier socialiste a-t-il

(i) Die Fraù, p. 154. — (2) Ibîd. p. 154.

donc à accomplir consciencieusement sa tâche journalière et à ménager les moyens de travail mis à sa disposition? Il ne retirera qu'une part bien minime du fruit de son activité au travail. Représentons-nous une république socialiste d'un million de - compagnons ", où chacun ne reçoit que la millionième partie du produit de son travail. Un tel est paresseux; qu'y perd-il? A peine un millionième de ce que son activité aurait produit.

Schaffle lui-même, malgré sa grande sympathie pour le socialisme, parle comme suit : « Il ne suffit pas encore dans une communauté de production où entrent des millions d'hommes que le producteur sache que son revenu de travail social dépend de l'égale application de ses 999,999 coopérateurs. Cette connaissance purement théorique n'éveille pas encore l'idée du contrôle nécessaire ; elle ne réprime pas le penchant à la paresse et à la malhonnêteté, n'empêche pas dans l'emploi du temps de travail les abus préjudiciables à la communauté, ne détruit pas l'égoïsme et la ruse qui se manifestent par la taxation injuste et exagérée des travaux isolés. Le socialisme devrait amener chaque individu en particulier

à prendre part aux travaux de la communauté, en alléchant son intérêt privé au moins aussi puissamment que dans le mode de production libérale actuel; il devrait savoir récompenser chaque section isolée pour les travaux collectifs extraordinaires et faire subir à chacun la peine de ses négligences dans l'économie des capitaux; il devrait également et mieux encore encourager par des distinctions matérielles certains progrés techniques et récompenser équitablement tout service rendu par l'individu à la société. Il devrait aussi savoir diriger les nombreuses forces de travail en les utilisant toujours de la manière la plus productive, non pas par l'autorité du commandement, mais par le puissant stimulant de l'intérêt personnel. " (i)

Mais ce puissant stimulant de l'intérêt privé fait complètement défaut au socialisme. D'un autre côté, celui qui voudrait avec Schaffle introduire un système de distinctions et de récompenses assez influentes pour déterminer les individus à produire pendant tout le cours de l'année sans s'accorder ni repos ni délai,

(i) Quintessenz, p. 3i.

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doit s'attendre à voir bientôt reparaître de grandes inégalités dans les conditions d'existence et avec elles les jalousies, les rivalités et les mécontentements qui en sont la suite inévitable. Ajoutons que la théorie socialiste de la valeur ne comporte en aucune façon de telles distinctions.

Dans ces conditions, nous croyons que le Socialisme, bien loin d'arriver à produire le superflu avec moins de travail, serait bientôt forcé, pour prévenir la misère, de prolonger encore le temps de travail actuel. D'après Eiigel (i), la Prusse, en 1881, avait pour une agglomération de 26,716,701 personnes, un revenu total de 9,530.706,262 marks. Dans ce calcul, tous les revenus avaient été surfaits d'un quart; en effet, d'après l'évaluation officielle, il ne montaient qu'à 7,889,547,862 marks. Répartie également entre tous les habitants, cette somme eût fait environ 357 n^arks pour chacun. En comptant en moyenne quatre membres par famille, on obtient pour chacune 1438 marks. Si aujourdhui donc que la production met en œuvre toutes les forces de travail,

(i) Der Werthdes Menschen, 1 383 (La valeur de l'homme, iS83j.

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on arrive à produire une si faible moyenne de revenus, il faudrait certainement s'attendre à voir cette moyenne baisser d'une façon plus inquiétante encore dans le socialisme. Qu'on vienne encore nous parler à présent de deux ou de trois heures de travail par jour? Les socialistes ont beau crier sur tous les toits que les fainéants d'aujourd'hui devront tous prendre part à la production dans l'Etat futur; cela signifie tout au plus que le collectivisme n'admet pas la liberté des professions mais il n'en résulte aucunement que la tâche individuelle s'en trouvera amoindrie. Dans tous leurs beaux plans d'avenir, les socialistes partent d'une supposition mianifestement fausse à savoir que, une fois la société organisée à leur guise, tout le monde sera animé d'un même zèle et d'un même esprit de sage et judicieuse épargne dans l'usage des biens communs.

Nombre de socialistes parmi lesquels nous retrouvons encore Schâfifie, se promettent monts et merveilles de la surveillance et du contrôle réciproques. Mais cette surveillance est impossible dans bien des cas, notamment celui où plusieurs paresseux feraient cause com-

mune. Fùt-elle même efficace, elle conduirait à un vrai système d'inspection tracassière et d'espionnage. Un exemple classique confirme notre ihèse. Nous voulons parler des ateliers nationaux fondés à Paris en 1848 avec l'appui du gouvernement à l'instigation de Louis Blanc. Dans une grande maison de confections, on avait introduit au lieu du travail à la pièce le travail à la journée. On espérait ainsi que la surveillance mutuelle exciterait le zèle des compagnons ouvriers. Mais bientôt cette surveillance dégénéra en un espionnage jaloux et mesquin, qui donna lieu à tant de reproches amers et de chicanes qu'on dût revenir au travail à la pièce pour rétablir la concorde et la paix, (i)

ART. III. — DU PROGRÈS DANS l'ÉTAT SOCIALISTE.

Le progrès dans l'Etat social actuel. — Impossibilité des inventions et des perfectionnements dans le socialisme. — Les savants et les artistes. — Difficultés insurmontables auxquelles donnerait lieu l'introduction des réformes jugés nécessaires.

Si, dans l'état actuel de la civilisation, la

(i) Leroy-Beaulieu. Le coîlectivisme, p. 354.

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production socialiste serait impuissante à satisfaire tous les besoins : encore moins serait-elle susceptible de quelque progrès. Au contraire, que l'économie privée fondée sur la propriété personnelle contribue puissamment à ce progrès, c'est un fait que chacun peut constater. Quels gigantesques progrès n'a-t-on pas fait depuis quelques dizaines d'années ? Il suffit de rappeler la navigation à vapeur, les chemins de fer, le télégraphe, le téléphone, le phonographe et les dernières conquêtes dans le domaine de l'électricité. Presque chaque jour nous amène quelque nouvelle découverte, quelque perfectionnement inattendu. De plus, chacun se sent excité par le stimulant de l'intérêt personnel à se rendre utile à la société et à devancer ses rivaux. C'est à qui trouvera des applications plus commodes, plus utiles et plus avantageuses et celui qui a le bonheur de réussir dans ses recherches laisse bientôt derrière lui tous ses concurrents.

Qu'adviendrait-il du progrès dans le socialisme? Avec sa témérité habituelle, Bebel n'hésite pas à afhrmer que dans l'Etat socialiste tous travailleront de concert à améliorer, à

simplifier et à accélérer le procès du travail (i). L'ambition d'inventer, de découvrir sera excitée au plus haut point. On cherchera à se surpasser l'un l'autre en fait de conceptions et de projets nouveaux •• (2). Ce ton déclamatoire trahit seulement l'agitateur du peuple, x^insi donc tout le monde s'occupera constamment d'améliorations et de découvertes? Mais (;uand bien même nous accorderions que les travailleurs, grâce au degré égal de formation socialiste (3), seront à même de faire de nouvelles inventions, ce dont nous cloutons fort ; quel intérêt les poussera donc à ces décou^'ertes

(i) Voici d'après Karl Marx, les éléments dans lesquels \e procès du travail se décompose: inactivité personnelle de l'homme ou travail proprement dit.; 2° objet sur lequel le travail agit ;- 3" moyen par lequel il agit Quant au mot procès, pour désigner un développement considéré dans l'ensemble de ses conditions réelles, Marx observe qu'il appartient depuis longtemps à la langue scientifique de toute l'Europe. En France, on l'a d'abord introduit d'une manière timide sous sa forme latine processus. Puis il s'est glissé, dépouillé de ce déguisement pédantesque, dans les livres de chimie, de physiologie, etc., et dans quelques œuvres de métaphysique. Il a fini par obtenir droit de cité, ou plutôt par le récupérer car, ainsi que le remarque Littré, ce mot était souvent employé dans ce sens dans l'ancienne langue.

(Note du Tr.)

(2) Die Fraù, p. 154.

(3 Op. cit., 163-164, i83.

et à ces peifectionnements? Et lors même que le stimulant de l'intérêt ne ferait pas défaut, comment l'ouvrier trouvera-t-il moyen de faire des découvertes, lui qui sera sans cesse occupé au travail de la production des richesses ? Les découvertes et les inventions présupposent, au moins dans le domaine économique, la propriété personnelle de biens productifs qu'on puisse employer librement à toutes les expériences et à toutes les recherches jugées nécessaires. Il importe aussi que l'ouvrier ait une connaissance approfondie d'un métier dont il fasse son gagne-pain. A cet effet, on devra soustraire l'ouvrier à l'obligation de se laisser « diriger « — au gré d'un modérateur, d'un Conseil de production, d'une décision de la majorité ou parce que c'est son « tour " — d'un métier dans un autre sans autre espoir que d'arriver finalement à connaître superficiellement tous les métiers sans exceller dans aucun. Schaffle{i) parle, il est vrai, des savants, des artistes et des penseurs que le socialisme pourrait reconnaître, mais Bebel, qui s'était d'abord rallié à cette idée, nie à présent que

(i) Quintessenz, p. 5.

de tels états de vie soient compatibles avec le socialisme (i). Tous devront concourir " physi(|uement ■> à la production et l'on ne pourra s'adonner à des études favorites que dans ses « heures de loisir >. {2]. Pour notre part, nous doutons fort que les travaux généraux de la production laissent encore beaucoup de temps libre à l'activité scientifique et artistique, et il nous parait encore plus douteux que les compagnons emploient ce temps à des études sérieuses et suivies, plutôt qu'à la jouissance et au repos.

Mais soit. x\dmettons qu'un socialiste ait fait quelque découverte importante. Il s'agit maintenant d'en estimer pratiquement la valeur. Sous le régime de la propriété privée, rien de plus facile. L'inventeur possède-t-il des capitaux ou parvient-il à trouver du crédit chez un bailleur de fonds, l'invention fera bien vite son chemin dans le monde si l'expérience en démontre l'utilité. Il en va autrement dans l'hypothèse socialiste. Ici tout inventeur doit premièrement s'adresser

(i) Unsere Ziele, p. 32.

(2) Die Fraù, p. i6i.

soit au Conseil supérieur de production, soit directement au peuple souverain et chercher à gagner à sa cause la majorité des électeurs. Ce ne serait pas toujours chose facile. Les grandes corporations n'admettent pas aisément l'utilité des nouvelles inventions surtout si les membres de ces corporations, loin d'y rien gagner personnellement, devaient en conséquence entreprendre de nouveaux travaux. S'il s'agit, par exemple, de nouvelles machines, d'appareils de chauffage ou d'éclairage, de routes carrossables, de canaux, de tunnels et d'autres entreprises de ce genre, il est certain que ces innovations ne pourront s'introduire sans augmenter notablement la tâche du travail national. D'un autre côté, si l'on veut maintenir partout l'égalité des conditions de travail et d'existence, il faut, dès qu'une réforme est décidée, qu'elle ait force de loi dans toute l'étendue de la société socialiste.

Or, nous le demandons, l'accord pourra-t-il jamais se faire sur l'opportunité de ces réformes? N'est-il pas plutôt bien à craindre qu'on ne puisse réaliser dans la pratique les inventions mêmes qui a priori assureraient les

plus beaux bénéfices? Que sera-ce donc de ces perfectionnements mille fois plus nombreux dont on ne parvient à démontrer l'utilité qu'au prix de recherches patientes et d'essais longtemps infructueux mais cent fois répétés ? (i)

Il est un autre point qu'il ne faut pas perdre de vue. De nos jours, plusieurs inventions ou améliorations de même nature peuvent surgir à la fois dans la pratique et donner lieu à des expériences comparatives qui en déterminent exactement la valeur. Grâce à cette concur-

(i) Dans un état social où la production collective dts richesses serait réglée d'après un plan général et unitaire, il faudrait naturellement que la tâche annuelle de travail fût fixée par le gouvernement et répartie ensuite entre les citoyens. Or, si le gouvernement après avoir déclaré d'utilité publique l'introduction de quelques nouveaux procédés plus parfaits de production, voulait en conséquence augmenter la tâche de travail national et que d'autre part le peuple, n'étant pas à même d'apprécier de prime abord à leur juste valeur les modifications projetées en considérât l'adoption comme inutile et refusât de se soumettre à ce surcroît de travail, le gouvernement se trouverait sans aucun moyen de faire prévaloir sa volonté contre la majorité de la population et ses tentatives de progrès échoueraient complètement. En un mot, dans cet état social, un progrès économique quelconque ne serait réalisable qu'au cas où la majorité du peuple en aurait reconnu l'opportunité. C'est là, assurément, prendre le plus long chemin pour arriver au but. (Khùiwachter citô da.ns Schônbergs tiandbuch der polit. Oekonomie, v. I, p. 260.)

rence, ceux qui l'emportent ne sont pas redevables du succès à l'appréciation isolée et arbitraire de quelques théoriciens mais à des avantages réels que leurs compétiteurs euxmêmes sont forcés souvent de reconnaître. Mais dans l'Etat de l'avenir, les expérimentations simultanées seraient impraticables, vu l'augmentation de travail à laquelle le peuple chercherait sans cesse à se soustraire et le résultat parfois très problématique de ces essais pour le bien-être de la collectivité.

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