ART. IV. - LES SOCIÉTÉS PAR ACTIONS
Différences essentielles entre les sociétés par actions et l'organisation collective socialiste.
Un mot encore sur les sociétés en commandite par actions. Ce genre d'associations rapporte souvent de gros bénéfices au capital en dehors de toute collaboration directe de la part des propriétaires d'actions; aussi a-t-on cru pouvoir en tirer un argument favorable à l'établissement du collectivisme.
Cette appréciation repose sur un simple malentendu. Dans ces vastes entreprises industrielles, commerciales ou minières, comme dans l'exploitation des chemins de fer et autres moyens de transports, les gérants et
employés semblent, il est vrai, être personnellement désintéressés dans les profits des actionnaires. Toutefois ce défaut d'intérêt personnel n'est qu'apparent. Il faut se rappeler ici les remarques faites plus haut relativement aux entreprises privées de production et aux exploitations par les États modernes. Ces mêmes remarques s'appliquent parfaitement à la position des personnes employées dans les sociétés commanditées. En effet, les directeurs de ces sociétés sont regardés par leurs ouvriers et leurs commis comme des propriétaires personnellement intéressés au succès de l'entreprise. Le plus souvent même, les directeurs sont choisis de fait parmi les principaux actionnaires ou tout au moins on leur accorde, à eux et aux autres chefs subalternes, un tantième dans le bénéfice net. Ils jouissent d'ailleurs, dans la nomination ou le renvoi des ouvriers et des contre-maîtres, d'une autorité pour ainsi dire illimitée. On comprend dès lors que malgré l'abandon apparent que les commanditaires font de leurs capitaux, ces sociétés puissent véritablement prospérer. Il n'en reste pas moins vrai que les sociétés par actions sont bien en dessous des entre-
prises privées pour ce qui concerne l'épargne des matériaux et des outils. C'est là un fait notoire confirmé par l'expérience quotidienne et ce fait explique la ruine de la plupart des sociétés par actions qui ne disposent pas de capitaux considérables. Dans les grandes sociétés de ce genre, ces désavantages étant compensés par des profits d'autre nature, les catastrophes sont sans doute moins fréquentes mais non moins désastreuses.
Une autre différence essentielle entre les sociétés par action et l'organisation collectiviste rêvée par le socialisme, se manifeste dans la position des directeurs. Dans toutes les entreprises à long terme, la stabilité des directeurs simpose comme condition préalable et nécessaire de réussite. Autant de têtes autant d'avis, dit le proverbe. Si donc les chefs changent trop souvent, les plans d'exécution changeront aussi et l'entreprise avortera faute d'unité dans la direction. Or, quelle garantie de stabilité présente le socialisme qui permet au peuple de nommer et de révoquer à son gré les modérateurs de la production et qui défend, au nom de l'égalité parfaite, de laisser longtemps un même individu en possession d'un
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emploi élevé capable de lui donner de Tinfluence sur ses compagnons. Ces essais de direction nouvelle et ces métamorphoses continuelles du personnel dirigeant, auraient vite mis le trouble et la confusion dans l'exploitation nationale de la production. D'un autre côté, si les directeurs ne sont que des prêtenoms et des hommes de paille, si l'on peut en appeler à la majorité du peuple de chacune de leurs décisions, on les prive par le fait même de l'autorité nécessaire pour exercer efficacement leur charge.