ET AU MOYEN-AGE
L'ile de Crète. — Institutions de Sparte. — Le communisme de Platon. — Communauté de biens établie â Jérusalem. — Son caractère passager et libre. — Sectes hérétiques. — L'Utopie de Morus. — Conspiration de Babœuf.
Le socialisme n'est pas né d'hier. On le retrouve, sous des aspects différents et avec son organisation plus ou moins variée, aux époques les plus reculées de l'histoire. Dès le XII 1^ siècle avant l'ère chrétienne, l'ile de Crète possédait des cités populeuses où le communisme était pratiqué sur une vaste échelle. Lycurgue y chercha plus tard les principes fondamentaux des institutions de Sparte, Platon^ à son tour, semble s'inspirer de ces institutions dans son livre de la République idéale et dans ses Lois. Le plan de société parfaite tracé par le philosophe ne fut pas du
goût de ses concitoyens : aussi les Lois exposent-elles ses idées de communisme avec un peu plus de restrictions et de ménagements. Entre autres points dont il propose l'adoption, mentionnons la communauté des biens, l'instruction égale et commune pour tous, garçons ou filles, et la table toujours dressée où les citoyens sont nourris aux frais de l'Etat. Aristote (i) qui examine en détail tous les systèmes susdits n'eut pas de peine à en démontrer l'inanité. D'après lui — et il insiste fortement sur ce point — le communisme est une théorie irréalisable de sa nature.
Dans l'antiquité — on feint parfois de l'ignorer — l'esclavage des masses était le complément nécessaire, la condition indispensable de ce communisme d'Etat. Tous les essais en font loi. C'est à Jérusalem, à l'aube du christianisme, que surgit, pour la première fois, un communisme d'un ordre plus relevé, fondé sur la charité et l'égalité véritables. Mais, il ne faut pas l'oublier, cette communauté de biens, établie entre les premiers chrétiens, était purement volontaire. Chacun
(i) Politique II, 2.
était libre de vendre ou de garder son patrimoine et c'était de plein gré que la plupart de ceux qui possédaient des champs ou des maisons, les vendaient et en mettaient le prix aux pieds des apôtres pour qu'il tut distribué selon les besoins de chacun (i). Cette pauvreté volontaire, inspirée par le désir de se consacrer tout entier au service de Dieu et du prochain, constituait un état de choses essentiellement transitoire. Jamais il n'eût convenu de l'étendre à l'humanité considérée en général. C'est ce que ne comprirent pas les Apostoliques, les Circoncellions, les Albigeois et les Anabaptistes, hérésiarques qui. refusant de reconnaître le droit de propriété individuelle, se séparèrent dans la suite des siècles du sein de l'Eglise.
Nous ferons grâce à nos lecteurs de l'examen peu intéressant de leurs erreurs. Nous ne nous arrêterons pas non plus aux plans de communautés inspirés à quelques communistes par la lecture du fameux livre de Thomas Morus : l'Utopie. Les conceptions merveilleuses de ces Eldorados relèvent plutôt du roman que
(i) Act. apost. V, 4.
•de la philosophie (i). Passons également sur le complot communiste de Gracchus Babœuf (1796) et venons-en immédiatement à l'examen du communisme et du socialisme : deux erreurs d'invention essentiellement moderne (2),