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les instraments de travail seraient la propriété collective de l'Etat ou de tous les membres de l'Etat. La production s'effectuerait par le travail productif et public de tous « dans des •établissements de production et de débit -socialement organisés avec le capital collectif. Les rapports de gain (pour les capitalistes) et de salariat (pour les ouvriers) seraient abolis. Les travailleurs seraient, pour ainsi parler, à la soLie de la collectivité qui distribuerait à chacun une part du produit collectif social en raison de sa participation au travail collectif. La somme des besoins relativement à chaque genre de produits devrait être fixée par une enquête officielle et continue des administrations de débit et des -comités directeurs de la production : l'industrie sociale se réglerait sur ces déterminations. Le déficit ou excédant occasionnel des produits réalisés pour faire face aux besoins de chaque période prévus par le plan d'exploitation, serait périodiquement balancé par une mise en réserve dans des magasins publics qui remplaceraient les entrepôts particuliers d'aujourd'hui. »

Ces applications sont en parfait accord avec les principes fondamentaux posés par Marx

dans le " Kapital •• et avec les revendications du programme de Gotha. Les mêmes pensées «e font jour en toute occasion dans presque tous les écrits des démocrates- socialistes. Ainsi, dans une brochure (i) que les démocrates-socialistes répandent depuis des années parmi les ouvriers les jours d'élection, on lit entre autres : « A bas le système du salariat! voilà le cri de ralliement de la démocratie socialiste. Au travail salarié, avec son aristocratie de classes, doit succéder le travail corporatif, l'association (la production coopérative). Les moyens de travail doivent cesser d'être le monopole d'une classe et devenir le bien de tous... Réglementation de la production et distribution des produits, conforme aux intérêts de la généralité. ^Abolition tant de la production actuelle que du commerce actuel fondé uniquement sur la fraude. Sous le régime de l'égalité, les travailleurs devront accomplir les travaux nécessaires à la collectivité de tous les membres de l'Etat... Le travail étant pour tous un devoir, n'est une peine pour personne...

(i) Was die Socialdemokraten sind und was sie wollen. Zurich, Herter.

Et comment réaliser ce programme ? par le Goiiverjiement populaire — gouvernement de tous en faveur de tous, gouvernement qui n'est autre chose que la société organisée selon la raison et la justice, la banque d'assurance universelle du bonheur et de la civilisation^ la communauté fraternelle des hommes libres et égaux en droits »

Telle est brièvement esquissée l'idée fondamentale du socialisme. Pour démontrer l'exactitude du tableau que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs, nous pourrions encore invoquer le témoignage d'Auguste Bebel (i), de J. Stem (2) et autres socialistes de marque. On verrait que leurs conceptions concordent de point en point avec les idéesexposées ci-dessus. Bebel, il est vrai, affirme ne parler qu'en son nom personnel mais, vu le crédit incontestable dont il jouit dans les

(i) Bebel expose ses idées sur le socialisme dans deux de ses principaux ouvrages : « Unsere Ziele » 5« édit., 1875 ; « Die Frau in der Gegenwart Vergangenheit und Zukunft. » Zurich 6« édit., 1887. Eug. Jaeger nous fait aussi connaître les teniances qui caractérisent les « social-démocrates n dans son livre fort instructif : « Der moderne Socialismus. » Berlin, 1873 Vr-ir par ex. page 334.

(2) Thesen iiber den Socialismus. Stuttgart, 1890

cercles socialistes, on peut considérer les idées qu'il émet comme l'expression de sentiments partagés par le grand nombre des socialistes. L'examen critique du Socialisme nous ramènera souvent aux théories de Bebel. Nous nous abstiendrons donc d'en parler ici de peur de tomber dans des redites qui fatigueraient inutilement le lecteur (i).

(i) Quoique dans toute la suite de ce travail nous nous en tenions surtout à l'exposé des théories des « social-démocrates » allemands, il est bon de remarquer que leurs idées fondamentales sont partagées par la plupart des socialistes-progressistes de tous les pays. Citons par exemple : le « Protocole du Congrès international des ouvriers à Paris (14-20 Juillet 1889) » dont il existe une traduction allemande avec un avant-propos par Wilh. Liebknecht. Nuremberg, 1890. Quant à l'Amérique, on consultera spécialement Ely, The Labor Movement, p. 366 et suivantes. New-York. Le développement tout récent qu'a pris le Socialisme français est très bien esquissé dans Zetkln, Der Socialismus in Frankreich ; Berlin, 1889. Les collectivistes français (marxistes) sont en parfaite communauté d'idées avec les « social-démocrates » allemands ; les possibilistes, un peu plus modérés, différent de la « social-demokratie » allemande moins dans le but poursuivi que dans des questions de tactique. (Note de l'auteur.)

C'est aussi l'opinion de l'abbé Winterer (Le socialisme international p. 2. Lecoffre, 1890) : << Une question de tactique a séparé les deux groupes (marxistes et possibilistes) qui admettent l'un et l'autre la théorie de la propriété collective de Karl Marx. Reconnaissant que nous sommes encore loin de la propriété collective possédée par l'Etat ou par la société, l'un des deux groupes pense qu'il faut d'abord arriver à la propriété collective possédée par la

commune; il veut avant tout atteindre ce qui lui paraît ^055/6/^. De là le nom de Possibilistes qu'on a donné aux membres de ce groupe. Les Possibilistes, à leur tour, ont reproché aux membres du groupe opposé d'être trop dépendants de Marx et de son système; ils les ont appelés, en conséquence, les Marxistes. » (Note du Tr.)

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