SAINTE CATHERINE RECEVANT LES STIGMATES
(Eglise San Domcnico, Sienre.)
Sanf A/isano a plus de charme; celte <louce figure déjeune homme hlond, qui tient d'une main déhcatement modelée la bannière de Sienne et baptise les fidèles, possède une réelle séduction (p. 97). On a signalé une certaine ressemblance entre ce visage allongé, terminé par un menton étroit, ces yeux baissés, cette bouche dont les coins sont légèrement retroussés, et le type de beauté cher à Léonard. Il faut remarquer que la physionomie de Sant' Ansano n'exprime qu'une gravité pleine de douceur, sans rien du sourire mystérieux du saint Jean, de la sainte Anne ou de la Joconde (1). Au reste, Raphaël a introduit dans sa Dispute du Saint Sacrement^ au premier plan à gauche, un jeune homme drapé de bleu dont il serait plus juste de rapprocher le Sauf Ansano du Sodoma.
La décoration des fausses niches est remarquable, non seulement par sa richesse, mais surtout par un raffinement curieux dans la recherche des effets de trompe-l'œil : les deux jolis anges qui se tiennent aux cotés de saint Victor, celui qui joue avec l'eau contenue dans un beau bassin de cuivre, ainsi que le catéchumène baptisé par Sant'Ansano, et les deux fidèles qui attendent leur tour dans une attitude de ferveur si intense, paraissent marcher sur une saillie du mur, grâce à laquelle ils peuvent circuler en avant de
(1) Les mêmes lèvi'es retroussées caractérisent un des plus charmanis personnages féminins de la Descente de Croix (p. 13) sans aucune indication de sourire. La même expression, mais maladroite et grimaçante apparaît dans un personnage de la fresque du Sodoma à San Gimignano, Saint Yvon rendant la justice (1507).
la niche : le pied d'un de ces personnages dépasse ce point d'appui figuré, et semble pendre dans le vide. De même l'arcade soutenue par des colonnes torses, sous laquelle se tient Bernardo Tolomei, est surmontée d'une bande d'enfants joueurs destinés à produire des effets analogues; les peintres de la génération suivante abuseront de ces exercices de virtuosité. L'art du Sodoma accuse une orientation déjà très nette en ce sens.
On n'en est que plus heureux d'admiier, au rez-de-chaussée du môme palais, la magnifique Résurrection (jue Bazzi y exécuta un peu plus lard, vers 1535 sans doute (p. 101): c'est une de ses plus belles inspirations, et des plus sobrement réalisées. Le Christ s'élance hors de son tombeau, ou plutôt il bondit d'un élan sûr et fort, que fait bien sentir la jambe fine et nerveuse posée sur un petit tertre en avant du sépulcre: il va s'envoler en pleine lumière, tandis qu'au premier plan, deux soldats, plongés dans l'ombre, sont accablés d'un lourd sommeil, et qu'un troisième brusquement réveillé, se soulève avec peine (1). Les raccourcis de ce groupe sombre forment avec la glorieuse attitude du Ressuscité un contraste beaucoup plus saisissant (jue celui des apôtres endormis au pied du tertre où prie Jésus, dans le fragment du Musée de Sienne.
(1) Le Sodoma a exécuté une autre Résurreclion, sans doute contemporaine, et conservée aujourd'liui au musée de Naples : le Christ y apparaît en plein ciel, ce qui donne moins de vérité à son mouvement; les variantes adoptées dans l'attitude dos soldats sont également moins heureuses ; seuls les petits anges sont plus agréablement rendus.
Cliché Alinai'i.
SANT ANSANO.
(Palais public, Sienne.)
Deux Madones de l'artiste ornent encore le Palais public; l'une, peinte à fresque au-dessus d'une porte du rez-dechaussée, ne se distingue guère des travaux lestement exécutés, auxquels le peintre associait ses aides dans une large mesure. Au contraire, le panneau, jadis au Dôme, qui décore l'étroite chapelle contigiie à la grande salle du premier étage, est une des œuvres les plus parfaites du Sodoma dans ce genre. La couleur s'est légèrement obscurcie, comme dans beaucoup de ses tableaux, mais non au point de rendre moins attrayante l'extrême finesse d'exécution de cette belle peinture. Devant un fond clair de paysage — des montagnes abruptes et des ruines romaines
— la Vierge est assise entre saint Joseph et saint Léonard vers qui l'Enfant, échappant à sa mère, se porte d'un mouvement plein d'affection (p. 105). Cet enfant nU
— un garçonnet déjà vigoureux — fait penser à quelques-uns des plus beaux qu'aient peints Raphaël et Andréa del Sarto ; mais le charme de cette Sainte-Famille réside surtout dans l'exquise physionomie de la Vierge, jeune, pure, et digne, avec ses traits fins et allongés, son nez droit, son menton fermement dessiné et ses yeux largement fendus, dont le blanc s'aperçoit toujours distinctement: c'est la perfection du type, plus idéal que réel, auquel se ramènent à peu près toutes les Madones du Sodoma. A vrai dire, il était déjà plus qu'esquissé dans la délicieuse Vierge de la Nativité au Musée de Sienne, si clairement influencée par le style florentin. Le Sodoma n'en a varié qu'assez rarement l'expression.
En prësence de cette continuité dans la conception du type de Marie, on est au moins surpris de voir attribuer au même artiste la charmante madone lëonardesque, acquise en 1891 par la galerie Brera, à Milan : ces paupières gonflées, ces yeux noyés d'ombre, ces pommettes saillantes, ce nez arrondi à l'extrémité, ces lèvres plissées et ce menton fuyant, pour ne rien dire de la coiffure, nous présentent un idéal artistique tout différent. Le point d'appui de cette attribution est assez plaisant : la Madone de Brera ressemble comme une sœur à la Léda de la Galerie Borglièse! La ressemblance est indéniable, en effet; admettons donc qiie les deux peintures sont de la même main; cette main ne saurait être celle du Sodoma.
\J Adoration des Mages qui surmonte l'autel de la chapelle Piccolomini, à Sant'Agostino, est, après la Descente de Croix du Musée de Sienne, la plus grande peinture sur bois que nous ayons de Bazzi; elle est aussi, malg^ré le noircissement des couleurs, une de ses œuvres les plus brillantes. Un poème publié à Sienne en 1333 prouve que, dès cette date, le tableau était en place et très vivement admiré; mais la maturité du style ne permet pas de supposer qu'il ait été exécuté un grand nombre d'années plus tôt. Le personnage le moins satisfaisant est le saint Joseph dont le bras s'adapte fort mal à l'épaule. On regrette aussi l'encombrement du premier plan à droite, par suite du rap prochement excessif des groupes; mais les personnages^ considérés un à un, sont d'une parfaite beauté, chacun avec l'expression ((ui lui convient, et l'exécution des dra-
Cliché Alinari,